Mais un an plus tard, Amazon est loin d’avoir cessé ses opérations au Québec : il est toujours possible d’acheter en ligne et de se faire livrer la marchandise à domicile par les nombreux sous-traitants d’Amazon. Or, ce modèle de sous-traitance à outrance a entraîné plusieurs problèmes connexes, notamment une surprécarisation des conditions de travail pour des centaines de faux travailleurs autonomes, constate la CSN.
« Pour maintenir ses opérations sans avoir à respecter les mêmes obligations que n’importe quel employeur au Québec, Amazon embauche des sous-traitants et impose à ces derniers de faire à leur tour affaires à des sous-traitants », constate la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
« Ce modèle d’affaires a largement contribué à la précarisation des conditions de travail de ses employé-es, à savoir des centaines de faux travailleurs autonomes qui sont payés, à des prix dérisoires, en fonction du nombre de colis livrés. Le salaire minimum n’est pas respecté, ces gens n’ont pas droit aux avantages sociaux habituellement consentis et personne n’assume leur protection en cas d’accident du travail. C’est carrément le retour de l’économie informelle au Québec ! », se désole la dirigeante syndicale, qui n’est pas surprise par la hausse fulgurante du nombre de plaintes à l’endroit de la multinationale constatée en 2025 par l’Office de la protection du consommateur.
Le procès d’Amazon se poursuit
Après quatre journées d’audience consacrées au témoignage du président d’Amazon Canada Fulfillment Services, Jasmin Begagic, le procès de la multinationale intenté par la CSN se poursuivra à compter du 17 mars prochain devant le Tribunal administratif du travail (TAT). La juge qui préside les audiences, Irène Zaïkoff, sera notamment appelée à décider si elle accueille la demande d’ordonnance de non-publication demandée par les avocats d’Amazon, qui désire interdire toute publication notamment au sujet des plans opérationnels de la multinationale déposés en preuve par la CSN.
Pour la CSN, la décision d’Amazon de fermer ses entrepôts au Québec constitue un « vaste subterfuge » visant à se soustraire de ses obligations prévues à la loi et à éradiquer toute présence syndicale au sein de l’entreprise, soutient la centrale syndicale dans sa plainte déposée le 20 février dernier. « La multinationale ne cesse pas ses activités de vente en ligne sur le territoire. Elle choisit de réorganiser ses activités dans le but d’éluder ses obligations d’employeur en vertu du Code du travail », précise la requête déposée en vertu des articles 12, 13, 14 et 53 du Code.
« Illégale à plusieurs égards », la décision d’Amazon doit être infirmée par le tribunal, demande la CSN au nom de nombreux plaignants.
Puisque « les agissements d’Amazon s’attaquent à l’ordre juridique québécois [et] parce que cet employeur n’hésite pas à licencier des milliers de personnes afin de donner l’exemple », la CSN demande au tribunal d’ordonner la reprise des activités aux sept entrepôts visés par la plainte. Elle réclame également que chaque employé-e reçoive plus d’un an de salaire en guise d’indemnité, en plus de dommages moraux et exemplaires.
La plainte fait valoir que la décision de fermer ses entrepôts québécois est en contradiction directe avec le plan d’affaires mis de l’avant par la multinationale au cours des dernières années. Les quatre derniers centres de livraison au Québec, dont l’entrepôt syndiqué DXT4 à Laval, n’ont été établis que depuis trois ans, rappelle la CSN, à l’image des investissements massifs de la compagnie dans la stratégie du « dernier mile ».




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