Un article de Socialist Action/Ligue d’action socialiste, traduit par Lucie Mayer
Plus de 112 000 emplois ont disparu cette année, dont quelque 91 000 au Québec. Pendant ce temps, les profits des entreprises continuent de grimper en flèche, tandis que les travailleuses et les travailleurs sont aux prises avec une hausse vertigineuse des dépenses d’épicerie, du loyer, de l’essence et des médicaments sur ordonnance. Ce sont là les conséquences prévisibles d’un système qui privilégie les profits des entreprises au détriment des vies humaines. La situation actuelle est aggravée par la politique tarifaire de Donald Trump. Celle-ci vise à forcer le monde entier à payer pour son empire en déclin. La classe dirigeante canadienne a découvert que son rôle confortable de partenaire subalterne de l’impérialisme états-unien était révolu. Dans la course effrénée aux ressources, notamment aux dépens des peuples autochtones et des travailleurs du Sud, l’exploitation et l’oppression ne manqueront pas de s’intensifier.
Les socialistes s’opposent vigoureusement à l’agression de Trump, mais n’accordent aucune confiance à Mark Carney, au gouvernement libéral ni aux capitalistes canadien·nes. En peu de temps, Carney est passé du statut de banquier « écologiste » de premier plan à celui de défenseur des pipelines ; de défenseur des services publics à celui de dépensier effréné en matière d’armement et de dépenses militaires.
L’attaque du gouvernement Carney contre le droit fondamental de grève est au cœur du problème. L’article 107 du Code canadien du travail permet au ministre fédéral du Travail d’ordonner le retour au travail des employé·es, d’imposer un arbitrage exécutoire et de prolonger les conventions collectives — un pouvoir qui a été exercé à huit reprises depuis juin 2024. Natasha Stea, représentante syndicale des agents de bord d’Air Canada, a expliqué que le chef de la direction avait déclaré ouvertement qu’il n’avait pas besoin de se préparer à une grève, car l’article 107 le protégerait. La désignation de « services essentiels » constitue une autre menace qui sape l’efficacité de la grève.
Néanmoins, la vague impressionnante de grèves qui a secoué le Canada en 2026 témoigne de l’ampleur et de la profondeur du militantisme de la classe ouvrière. Parmi celles-ci, mentionnons : les travailleuses et travailleurs de NAV CANADA, qui ont voté à 95 % en faveur d’une action syndicale ; 3 600 membres du SCFP en grève dans 36 établissements de soins de longue durée de la Nouvelle-Écosse, luttant pour des salaires décents ; les travailleuses et travailleurs du transport en commun de la région métropolitaine de Vancouver, qui ont voté à 99 % en faveur d’une grève ; les agents de bord de WestJet, qui ont obtenu une rémunération pour leurs tâches avant et après les vols ; les agent·es de sécurité de la Banque du Canada, qui se sont mis en grève pour défendre leurs droits liés à l’ancienneté et au congé de maternité ; les travailleuses et travailleurs d’Oxfam Canada, ceux de Saint-Gobain, les 175 000 travailleuses et travailleurs de la construction du Québec, les manutentionnaires de Métro et les employé·es de Siemens Electric, qui ont dû faire face à des injonctions des employeurs et au recours à des briseurs de grève. 4 000 travailleuses et travailleurs sociaux représenté·es par le SEFPO mènent une grève « sectorielle » historique contre des dizaines d’organismes sociaux sous-financés par l’Ontario.
La solidarité de classe qui unit les patrons et leur État contre les travailleuses et travailleurs conduit des juges complaisants à accorder systématiquement des injonctions antisyndicales, tandis que les tribunaux du travail ne font pas respecter les lois contre le recours à des briseurs de grève et infligent des sanctions dérisoires aux entreprises coupables.
Lors de son congrès tenu en mai 2026 à Winnipeg, le Congrès du travail du Canada a présenté son plan d’action intitulé « Nous luttons pour la dignité ». L’ Action socialiste doute fortement que les dirigeant·es syndicaux·les traduisent ces paroles en actes. Un groupe dit « Action Caucus » a tenté de faire pression pour obtenir un engagement plus militant, mais a échoué. Les travailleuses et travailleurs ne peuvent pas se permettre d’attendre que les dirigeant·es agissent ; ils et elles doivent mettre sur pied dès maintenant des organisations de base.
Les travailleuses et travailleurs devraient refuser de se laisser entraîner dans la guerre commerciale avec les États-Unis — un conflit entre puissances capitalistes rivales pour le contrôle des marchés et des profits. Les travailleuses et travailleurs devraient rejeter les appels nationalistes canadiens qui divisent la classe ouvrière à l’échelle internationale. Les patrons canadiens accapareront tous les gains obtenus au cours de cette lutte et nous feront assumer toutes les pertes. Nous devons défendre nos droits, peu importe qui sortira vainqueur de cette guerre commerciale.
Nous proposons cinq éléments clés pour bâtir un mouvement syndical puissant :
1. Organisation de la base – mettre sur pied des comités démocratiques, responsables et issus de la base, indépendants de toute bureaucratie syndicale.
2. Actions de solidarité – coordonner les grèves de solidarité, les grèves générales et le soutien aux piquets de grève, en s’appuyant sur un refus catégorique de franchir les piquets de grève.
3. Indépendance politique – rompre avec les partis au service du capital. Rejoignez le mouvement « Capitalism Can’t Be Fixed – Le capitalisme n’est pas réformable » et construisons un parti socialiste révolutionnaire de la classe ouvrière. Exigeons qu’Avi Lewis et le NPD mènent la lutte pour un programme en faveur des travailleuses et travailleurs. Opposons-nous au sommet des chefs d’entreprise organisé par Carney. Rassemblement : le 14 septembre à 18 heures, à l’hôtel de ville de Toronto.
4. Internationalisme – renforcer la solidarité à l’échelle mondiale. Exiger dès maintenant que « le Canada se retire de l’OTAN et du NORAD ». Annuler l’achat d’avions de chasse et de sous-marins. Fabriquer des avions-pompes, pas des missiles. Des logements, pas des drones. Mettons fin au génocide à Gaza et en Cisjordanie. Autodétermination pour le peuple palestinien. Boycott, désinvestissement et sanctions contre l’État sioniste d’apartheid. Défendons l’Iran contre les agresseurs états-uniens et israéliens. Fournissons une aide immédiate à Cuba, y compris des ressources énergétiques. Que les impérialistes laissent le Venezuela tranquille.
5. Action directe : piquets de grève militants, occupations, sit-in et résistance aux lois injustes.
Les salaires doivent suivre le rythme de l’inflation. Pour des logements décents et abordables, une assurance-médicaments et des soins dentaires universels, des transports en commun gratuits, une réduction des heures de travail afin de répartir la charge de travail et de lutter contre le chômage. Mettons fin à la spéculation sur les prix. Les patrons ont l’argent. Nous sommes nombreux. Les patrons contrôlent l’État. Nous avons le pouvoir de les vaincre. La victoire ne nous sera pas offerte. Nous devons la conquérir.
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