Édition du 19 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Formation de la main d’œuvre, Harper complète son tableau au service des entreprises

Avec les modifications qu’il apporte à la formation de la main-d’œuvre, le gouvernement Harper vient compléter un volet des attaques anti-ouvrières amorcées dans la réforme de l’assurance emploi, particulièrement en ce qui concerne la mobilité de la main d’œuvre.

Le ministre des finances affirme vouloir jumeler les Canadiens aux emplois disponibles. « Au Canada, la formation professionnelle n’est pas suffisamment liée aux compétences dont les employeurs ont besoin ou aux emplois disponibles. [...] Pour renverser cette tendance, il est essentiel d’assurer la concordance entre les besoins des employeurs et la formation que reçoivent les Canadiens ». ( communiqué de presse du ministre des finances)

Le but avoué, selon la secrétaire parlementaire Kellie Leitch est de retirer les décisions concernant la formation de la main-d’œuvre des mains des gouvernements pour les remettre à l’entreprise privée.
La formation de la main d’œuvre devient donc un domaine privatisé, 300 des 500 millions prévus pour ce fonds seront dorénavant conditionnels à la contribution des provinces mais surtout des entreprises. Le projet de loi rend donc impératif l’adhésion des provinces à ce modèle de privatisation de la formation pour avoir droit aux subventions fédérales. Le gouvernement Harper fera en sorte que le privé (et plus seulement le gouvernement) dicte ses choix en matière de formation professionnelle.

La réforme de l’assurance-emploi imposée par le même ministre Flaherty place dorénavant des familles et des régions entières devant le choix de devenir prestataires de l’aide sociale, ou de changer de région afin de pouvoir survivre. À la précarité salariale, les conservateurs ont ajouté la mobilité d’une main-d’œuvre bon marché, vers des secteurs dont ils veulent promouvoir l’expansion : comme ceux présents en Alberta. La privatisation de la formation de la main d’œuvre vient compléter le tableau, les travailleurs et travailleuses mis au rancart à cause des politiques de délocalisations ou encore des politiques budgétaires de déficit zéro des gouvernements tant fédéral que provincial, seront maintenant prisonniers d’un nouveau volet de la privatisation. Les nouvelles règles feront en sorte de privilégier la formation spécialisée s’adressant principalement à des employéEs déjà au travail afin de répondre aux besoins des grandes entreprises de pointe actuellement en expansion comme celle du pétrole, au détriment des programmes de formation qui visent à offrir des compétences de travail générales à des chômeurs et chômeuses chroniques sous-qualifiéEs qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi.

De surcroit cela ajoutera une pression supplémentaire afin de contraindre les sans-emplois à se déplacer là où sont les besoins, indépendamment des effets néfastes sur les familles ainsi que sur le développement économique régional.

Éliminer la résistance

Dans la même foulée de ces lois antiouvrières, le gouvernement conservateur présentait en décembre 2012 le projet de loi C-377 obligeant les syndicats à rendre compte publiquement de leurs états financiers mais également du pourcentage de temps et d’argent consacrés aux activités politiques et de lobbying. En plus des lois spéciales qui se sont abattues contre les principaux syndicats représentant les employées d’Air Canada et de Postes Canada en 2011, niant ainsi totalement leur droit à la libre négociation, ce gouvernement s’en prend maintenant à l’essence même du syndicalisme. Ce projet de loi est une négation du droit des membres de décider démocratiquement des moyens à utiliser, dont les campagnes politiques, pour mener à bien une campagne de pression qui servira ultimement à établir un rapport de force en négociation. Le paradoxe est que ce même rapport de force syndical en négociation est complètement paralysé par les lois spéciales et les injonctions. Harper veut maintenant empêcher les syndicats de les combattre dans l’arène politique.

De façon plus insidieuse ce projet de loi remet également en question la formule Rand. « On pense qu’au-delà de la prétention fiscale se cache quelque chose de beaucoup plus troublant, qui est carrément une charge en règle contre les organisations syndicales », expliquait Jacques Létourneau, président de la CSN « L’idée serait de faire germer dans la tête de la population le doute que les cotisations pourraient être utilisées à mauvais escient et ultimement, on l’a vu dans certains États américains (1) ce qui vient après, c’est tout le débat sur la pertinence de payer sa cotisation syndicale ».

Reprendre l’offensive

On ne peut s’empêcher de faire un lien entre les politiques économiques au service de l’oligarchie et des grandes entreprises et les offensives antisyndicales. Le résultat est un enrichissement accru et accéléré de la classe dirigeante et un appauvrissement de la population. À titre indicatif, selon les économistes Carola Frydman et Raven Saks, le revenu moyen des trois principaux dirigeants d’une centaine des plus grandes firmes des États-Unis était de quarante fois le revenu moyen pendant soixante ans jusqu’en 1980.De 1980 à 2000 il est passé à plus de trois-cents fois. (2)

Cette accélération de l’accumulation de la richesse et l’ampleur des mesures antisociales et antisyndicales nous placent devant le défi d’organiser une riposte unifiée des mouvements sociaux et syndicaux maintenant. L’enjeu ne peut être posé simplement en termes de retrait compensatoire pour le Québec ou de rapatriement. Il s’agit d’une offensive orchestrée antiouvrière à laquelle il faut répondre par une mobilisation orchestrée et unifiée.

(1) Le Michigan a voté une loi en décembre dernier applée « Right to work » qui dispense les employéEs de l’obligation de payer une cotisation syndicale. Le Michigan est le 24e État américain à adopter une telle loi.

(2) Hervé Kempf, Pour sauver la planète sortez du capitalisme, p.27

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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