Tiré du blogue de l’autrice.
Comme l’écrivait fort bien Denis Lecat « L’extrême droite génère ‘un monde miroir’, qui singe même les codes de la culture progressiste[1] » – ainsi des photographies de Trump en révolutionnaire poing levé[2]. Selon Lecat l’omniprésence de ce « monde miroir » dans le discours de l’extrême-droite traduit son désir « non pas de détruire la culture mais de la remplacer ».
Je voudrais montrer que l’extrême droite trumpienne va encore plus loin, elle qui ne vise pas seulement à détruire pour remplacer, mais à remplacer pour détruire. Remplacer le récit de l’histoire pour mieux détruire celui de la démocratie. Et elle avec.
Dans ses discours comme dans ses décisions qui court circuitent le plus souvent les instances législatives, judiciaires et administratives régionales et/ou nationales, le président et ceux qui l’entourent – J.D. Vance, le vice-président, Marco Rubio, ministre des affaires étrangères, Scott Bessent, ministre des finances, Pete Hegseth, ministre de la défense pour ne nommer que les plus visibles – invoquent le passé pour légitimer une politique qui bafoue publiquement droit américain et histoire américaine, souvent concomitants – faire la guerre à l’Iran sans passer par le Congrès au bout de soixante jours comme l’exige la loi, couler dans les mers Caraïbes des bateaux qualifiés de narcotrafiquants sans en fournir la preuve contrairement aux exigences du droit de la guerre – statut des bateaux, ici civils, avec vérification de la cargaison et principe de proportionnalité, au minimum.
En violation multiple du droit international et de la Charte de l’ONU, Nicolàs Maduro, successeur de Hugo Chavez et président du Venezuela depuis 2013, est ainsi enlevé le 3 janvier 2026 au cours d’une puissante opération américaine – 150 avions au-dessus de Caracas –, au nom de sa politique « narco-terroriste », au demeurant jamais démontrée.
L’opération, montée par la CIA à la demande de celui qui avait centré sa campagne électorale de 2016 sur un « America First » impliquant le non-interventionnisme, sublimait ainsi sa main mise sur les ressources énergétiques vénézuéliennes, convoitées depuis 1914, date de la découverte du pétrole au Venezuela : l’exécutif luttait bien sûr contre la diffusion de la drogue qui portait atteinte à la sécurité des États-Unis. Complice ou pas, la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, a accordé sa signature aux dirigeants américains auxquels elle a concédé gestion des finances, des ressources et du gouvernement, avec législation favorable aux royalties et à la fiscalité de l’industrie des hydrocarbures. Chevron, au Venezuela depuis 1923, et la North American Blue Energy Partners assurent désormais l’exploitation du pétrole et son exportation aux États-Unis.
Selon Trump, cette opération a bel et bien garanti « la sécurité et la sureté du peuple américain... la liberté par la force. » On le voit, remplacer pour détruire passe par brouiller pour embrouiller le sens des mots qui disent l’histoire.
Dans les textes qui désormais défont les lois par executive orders (décrets), il s’agit d’effacer l’inscription de réalités dites passées, dé-passées et dépassables comme les civils rights, les accords sur le commerce / GATT, NAFTA et, recourant au langage d’un XIXe siècle triomphal – démocratie, liberté, développement – d’invalider historiographie et histoire jusqu’à dissoudre ce passé.
Réduit à l’état de déchet, il devient jetable et avec lui ceux qui s’en estiment et s’en croient les légataires. Les exemples fournis à ce propos, loin de s’appuyer sur des données précises, puisent dans un sac de termes codés relevant de l’invective – « wokisme » qui en bon anglais dit la notion de « vigilance », est devenu une multi-insulte – et de l’incantation falsificatrice – l’« énergie verte » est une « arnaque » (scam), le « changement climatique » une « escroquerie » (con job)... Avec le trumpisme, la foire au tir dégomme l’histoire par rafales sémantiques.
Cette stratégie létale vise à faire Grand Remplacement de l’histoire validée, enseignée et transmise avec ses concepts – Révolution américaine, Guerre de Sécession, esclavage, Amérindiens, culpabilité de Nixon, élection de Joe Biden pour ne citer que les plus courants. Quant à l’attentat du 11 septembre, il serait le résultat d’un projet de « l’état profond ».
Ce terme, utilisé pour la première fois aux États-Unis par l’historien Peter Dale Scot[3], fait depuis partie du lexique américain, l’extrême-droite – QAnon, Steve Bannon, Alex Jones entre autres – qui jongle sans fin avec cet attrape-tout conspirationniste renvoyant aux ennemis, masqués bien entendu, de Washington. Donald Trump en use à gogo contre le parti Démocrate, le fonctionnement du pouvoir fédéral, judiciaire en particulier. L’histoire passe alors par la trappe du complot ramifié.
Ainsi des commémorations officielles, revues et modifiées. Ainsi de l’Indigenous Peoples Day ou Journée des Peuples autochtones, célébrée en lieu et place du Colombus Day de 1937, d’abord à partir des années 1990 par certains états, puis par une majorité d’entre eux et finalement officialisée par Joe Biden en 2024. Aussi le 9 octobre 2025, Trump a-t-il choisi de « sauver Christophe Colomb des pattes des gauchistes incendiaires qui essaient de détruire son nom et de déshonorer sa mémoire » et a de nouveau proclamé le deuxième lundi du mois d’octobre Columbus Day. Il a, à cette occasion, consacré son discours au pourquoi de cette guerre intestine sur les origines de l’histoire américaine, dont Christophe Colomb serait le fondateur :
« ...Columbus est un Titan de l’Âge des Découvertes... son voyage a porté de l’autre côté de l’Atlantique et jusques en Amérique des milliers d’années de sagesse, de raison et de culture, ouvrant la voie au triomphe ultime de la civilisation proclamé le 4 juillet 1776, soit moins de trois siècles plus tard... Christophe Colomb a été... victime d’une récente et immonde campagne pour effacer notre histoire, médire de nos héros et attaquer notre héritage... »
Alors, honneur aux Italo-Américains et célébrons Columbus Day nationalement le 12 octobre 2026.
Dans le même ordre d’idée – protéger l’héritage historique américain –, Donald Trump avait interdit dès mars 2025 aux services fédéraux l’utilisation de quelques 350 termes, désormais inacceptables sur leurs sites web et dans leurs documents. C’est ainsi que, pour honorer l’histoire américaine, les écoles, musées, agences publicitaires ainsi que la presse papier et la presse en ligne doivent expurger leurs textes des vocables nuisibles au pays, comme « changement climatique », « vaccins », « diversité », « équité », « inclusion », « avortement », « LGBTQ+ » ; et le nom du B-29 « Enola Gay[4] ».
Une manière de dystopie orwellienne au service d’un capitalisme financier patriotique et pieux en lutte contre l’utilisation par les juristes, chercheurs, journalistes, enseignants, étudiants, scientifiques et par les serviteurs de l’état d’un vocabulaire qui provoquerait l’anéantissement du pays.
Autre exemple. Le 26 avril 2026, le président a approuvé l’idée, lancée sur les réseaux sociaux par une influenceuse, de changer le nom de l’agence fédérale en charge de l’immigration, l’Immigration and Customs Enforcement, connue pour ses initiales (ICE) qui disent la « GLACE » et de la rebaptiser d’un National Immigration and Customs Enforcement qui fait... NICE, ou « AGRÉABLE » : les médias seraient au moins contraints au compliment.
Mais « ICE ne nous protège pas. ICE terrorise nos communautés, détient des citoyens américains et laisse des gens mourir en détention » écrit Pramila Jayapal, députée démocrate de l’état de Washington qui demande en 2025 l’abolition de cet instrument de terreur fédérale[5].
Pour Donald Trump pourtant, une légère modification de ses initiales suffirait à ripoliner cette institution féroce. Relevant depuis 1789 de la Sécurité intérieure des États-Unis et des douanes, ce service a d’abord été chargé de la lutte contre la criminalité et, au XIXe siècle, contre l’immigration irrégulière également. Puissante et tentaculaire, l’agence est désormais présente dans les principales ambassades américaines et veille à l’application d’environ quatre cents lois fédérales.
Depuis 2018, ses deux branches collaborent pour les expulsions, dont celles des immigrés en situation irrégulière, y compris en certaines situations et en certains espaces – hôpitaux, églises, tribunaux, funérailles et mariages – où leur sécurité avait été garantie par le président Obama. Sous couvert de chasse à ces immigrés, le ciblage ethnique – Latinos, Africains –, est censé d’une part viser la « concurrence déloyale » ; d’autre part « l’insécurité » des quartiers de drogués et enfin « le terrorisme » pratiqué par leurs fournisseurs. Dès juillet 2025 et grâce au One Big Beautiful Act (sic) consacré à l’impôt, on assiste alors à la construction de nombreux centres et camps de détention, essentiels à la massification de ces expulsions (les forces de ICE ont doublé – 22 000).
En janvier 2026, ces policiers (toujours masqués de noir et de noir vêtus) abattent à Minneapolis Alex Petit, 34 ans, trois semaines après avoir liquidé dans la même ville Renée Good, 37 ans – cas de « légitime défense » contre une « terroriste » selon la version du gouvernement fédéral. Là encore, les mots font munitions en cette guerre, « terroriste » signifiant preuves inutiles, « légitime défense » droit de tuer. Le responsable de l’assassinat de Renée Good a invoqué la « tentative d’une terroriste d’écraser un agent de ICE », falsification prouvée par vidéo.
La décision du ministère de la Justice de ne pas poursuivre l’auteur du tir mais d’enquêter sur la veuve de la victime provoqua la démission de plusieurs procureurs et suscita de très importantes manifestations à Minneapolis. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump écrivait : « La raison de ces incidents est que la gauche radicale menace, agresse et cible quotidiennement les forces de l’ordre et les agents de la police de l’immigration. » Monde miroir qui, renversant le récit, impute à la victime la cause de son assassinat.
Rappelons que, historiquement, Minneapolis constitue avec Saint Paul, sa jumelle, une conurbation qui fait capitale du Minnesota et du centre nord du pays. Prise de force après la Guerre de Sécession sur des terres indiennes, elle est devenue au début du XXe siècle la plus grande minotière de la région. Très vite, elle s’est agrandie en capitale ouvrière, artisanale et intellectuelle, avec une importante population africaine-américaine, puis latino, arabe et africaine au tournant du XXIe siècle.
Dès la première campagne électorale de Trump – 2015 –, des manifestations sont lancées. C’est que dans la foulée avait commencé de s’organiser une « coalition », mouvement de solidarités nouvelles entre syndicats d’ouvriers (AFL-CIO), de personnels de ménages, d’enseignants, d’étudiants, d’employés de cadres et des groupes de gauche – Democratic Socialists of America par exemple – ainsi que des associations de chômeurs.
En mai 2020, l’assassinat de George Floyd asphyxié par un officier de la police de Minneapolis et filmé par un passant déclenche alors d’énormes manifestations, localement puis dans le reste du pays, exigeant justice pour Georges Floyd, des réformes contre les brutalités policières et contre l’injustice raciale – Black lives matter !
Cinq ans après, ICE s’en prend à l’immigration illégale de Somalis surtout, suscitant là encore nombre de protestations – dont celle du maire de la ville et du gouverneur de l’état – contre ces incessantes atteintes aux droits civiques. Puis ce sont les manifestations de 2026 contre ICE. Renée Good avait été abattue à environ un kilomètre de l’endroit où George Floyd avait été étouffé.
On comprend mieux la version trumpienne des évènements. Dans cette ville, connue depuis le début du XXe siècle pour ses traditions de luttes sociales, ouvrières en particulier, les journées George Floyd puis de résistances à ICE et à son ministère furent largement diffusées par les médias locaux, régionaux et internationaux. C’est que la résistance s’installait, forte de ce front impensable jusque-là entre classes, ethnies, travailleurs et chômeurs, femmes comprises. Si bien que ICE dut finalement quitter Minneapolis, que personne n’est passé de ICE à NICE et qu’on s’est inquiété en hauts lieux. À l’évidence, l’histoire de Minneapolis dit sa complexité sociale et raciale, politique et économique, souffrances, échecs et victoires compris. Et avec elle, une part de celle des États-Unis[6].
Le monde miroir s’est braqué vers les militants de Minneapolis, ces « gauchistes radicaux » qui défendent, entre autres, des droits civiques remontant pour partie à l’Indépendance américaine – all Men are created equal – afin de retourner comme un gant le vocabulaire d’un passé à projet démocratique contre ses défenseurs, disqualifiés par substitution des valeurs. Il s’agit de faire de cette histoire un jadis enfoui sur lequel aurait poussé un grossier monde de narco-trafiquants et de radicaux ligués contre le peuple américain.
Autre exemple, celui du plus célèbre centre de détention d’immigrés à expulser et baptisé Alligator Alcatraz. Cette appellation renvoie à un épisode clef de l’histoire américaine des années Soixante ainsi vidé de sa substance par une bouffonnerie cynique et efficace.
En 1934, un pénitencier avait été construit sur l’île d’Alcatraz, située dans la baie de San Francisco. Le plus dur et le plus violent des pénitenciers américains, Alcatraz devint vite célèbre, son régime, les conditions faites à ses pensionnaires renommés (Al Capone) et une série d’évasions spectaculaires ayant inspiré de nombreux films, romans et jeux. Fermé trente ans plus tard en raison de ses coûts tous azimuts, le voilà occupé en novembre 1969 par une centaine d’activistes amérindiens qui revendiquent les lieux au nom des « Indians of All Tribes », propriétaires de la terre américaine.
Ils sont bientôt plusieurs centaines, principalement sous l’égide du Red Power et de l’American Indian Movement (AIM), des étudiants de Berkeley les rejoignent peu après et, durant deux ans, font de cette prison désaffectée un centre culturel avec cours d’histoire, de langues, d’écologie, de cuisine. Des médecins offrent leurs services, la presse vient y voir de plus près, partout aux États-Unis et dans le reste du monde circulent à la Une les photos de jeunes gens en jeans et coiffés de parures de plumes. Ils remettent l’histoire américaine à l’heure de la pré-Conquête tout en reprenant les exigences d’égalité qui traversent le pays en plein « Movement » des Sixties – contre la pauvreté et la discrimination, ils exigent l’accès à l’université, au logement, à la santé. Et à la souveraineté effective des Autochtones sur leurs terres. Américains certes, mais toujours Indiens.
Si le Président Nixon soutint leur revendication à l’autodétermination, il fit expulser en juin 1971 les occupants d’Alcatraz. Désormais illustre, cet épisode de l’histoire américaine a été enseveli avec la transformation de l’île en un parc national dont la vocation est la protection des oiseaux. L’occupation de l’île par des Amérindiens et des étudiants du Mouvement ? Jamais entendu parler.
Mais alors, quid de ce camp qualifié d’Alligator Alcatraz ? Situé en plein marécages de Floride où grouillent les crocodiles, tout simplement impossible ne serait-ce que d’imaginer s’échapper d’un enfer pareil. Et d’en réchapper. En deux mots, absolue, l’incarcération. Selon un rapport d’Amnesty International de fin 2025 intitulé « Torture et disparitions dans l’état du soleil », ils y sont, avec l’accord du Gouverneur de Floride, enchaînés une partie du temps et enfermés l’autre partie dans des lits cages. Si leurs femmes sont rarement envoyées dans des camps, celles qui ont des enfants à charge sont réduites à la mendicité, au travail mal payé, à la vie dans la rue, à la prostitution, voire à quitter le pays sans les enfants. Quant à ces derniers, séparés de leur famille, ils sont expédiés dans d’autres camps dont on ignore où ils se trouvent.
En avril 2026, on comptait 1 400 détenus à Alligator Alcatraz. Certains ont des parents américains, ou une épouse américaine, 95 % d’entre eux viennent d’Amérique centrale ou du Sud. Pour détenir ou expulser ces étrangers, souvent d’origine plus ou moins noire et indienne et dont certains sont américains par alliance, Trump a eu l’astuce de recourir à l’Alien Enemies Act de 1798 qui lui permet (?) de déclarer son pays en guerre, en l’occurrence contre « les trafiquants de drogue, dont le gang vénézuélien Tren des Argua ... »
Les migrants strictement hispanophones sont éjectés au Salvador, au Honduras et au Paraguay, payés par les États-Unis pour les enfermer, maltraiter voire torturer. Aucune demande d’asile n’est prise en compte.
Ce type d’accords sonnants et trébuchants a aussi récemment été conclu avec l’Uganda, le Rwanda, le Liberia, le Costa Rica et le Panama contre les migrants d’Afrique et d’Asie. On le sait, expulser un migrant dans un pays qui n’est pas son pays d’origine n’est conforme au droit international que si le pays d’accueil ne le met pas en danger. Or ces États les enferment pour certains dans des pénitenciers de haute torture (Honduras) et/ou les expulsent vers leur pays d’origine, qu’ils ont fui – l’Afghanistan des Talibans particulièrement, d’où les Américains ont été chassés par les mêmes Talibans en 2021.
Alligator Alcatraz a été fermé en juin 2026.
Mais le monde miroir le plus spectaculaire que Trump a tourné vers ses électeurs et ses électrices date de son discours du 21 janvier 2025, annonçant comment « Mettre fin à la discrimination illégale et restaurer les bienfaits de la méritocratie. » Les deux premiers paragraphes, évoquant la promulgation du puissant Civil Rights Act de juillet 1964 par le président Johnson, dressent la liste de ses effets, dits toxiques :
« /.../ Au bout de soixante ans de droits civiques... toutes les institutions financières de la société américaine, ses entreprises les plus importantes, ses professions essentielles, ses responsables de l’enseignement et ses universités, tous et toutes ont adopté un système de préférences dangereux, humiliant et immoral, fondé sur la sexe et la race, au nom d’une soi-disant ‘diversité, équité et inclusion’ », cette DEI « qui viole non seulement l’esprit mais la lettre des lois fédérales en défense des droits civiques, mine l’unité nationale, l’excellence du travail, la réussite individuelle... Ceux et celles qui chez nous travaillent dur ont droit au rêve américain sans être pour autant stigmatisés, trainés dans la boue ou barrer de l’accès aux belles occasions qu’il offre... » Ennemi de la « méritocratie », le Civil Rights Act est donc devenu le porteur et le fauteur de « la discrimination illégale » et son abrogation est prévue par le Parti Républicain pour 2030.
Comme on le sait, cette loi correspond historiquement à l’aboutissement d’au moins trois siècles de résistance d’esclaves noirs, d’affranchis, d’Afro-Américains libres, d’Euro-Américains et d’Américains à leurs côtés contre l’esclavage. Résistance contre la ségrégation après l’abolition de l’esclavage, elle devient résistance pour l’égalité des droits grâce entre autres à l’appel, à partir des années Cinquante, d’églises, de pasteurs (Marin Luther King), de curés, de Démocrates, d’étudiants, dont le SNCC, des Freedom Riders, de petits partis, d’écrivains, d’artistes... Après beaucoup de puissantes manifestations, bien des blessés et des morts, la loi a officiellement donné droit à l’égalité sociale et politique américaine à tous les ressortissants américains.
Trump qualifie ce texte, devenu à l’époque un phare pour la planète, d’« humiliant, immoral... viole les droits civiques... mine l’unité nationale... » Il aurait en effet aboli « le mérite individuel » et contraint les hommes blancs à partager à leur détriment l’emploi et l’espace public avec des Américains noirs, basanés, métis. D’où la promulgation trumpienne de décrets et l’adoption de quelques lois supprimant tout texte lié depuis l’année 1964 à la mise en œuvre du Civil Rights Act. Avec cette batterie, censée réintroduire l’égalité sur laquelle elle tire, les Blancs « compétents » ne sont plus ravalés à un statut inférieur à celui des minorités dont ils souffrent depuis plus de soixante ans...
Dans le port de New York, dont Zohran Mamdani est le maire, le flambeau de la « Mère des exilés » « lance de ses lumières la bienvenue au monde entier... Envoie-les moi, les déshérités... » écrivait Emma Lazarus en 1883 dans Le Nouveau Colosse, vers aujourd’hui inscrits sur la Statue de la Liberté.
Trump n’a pas encore fait enlever la statue de la Mère des exilés, exilés qu’il réduits à des fraudeurs, tricheurs, voleurs, terroristes, drogués, islamistes. L’enrichissement hors codes qu’il s’offre – IA, cryptomonnaie, opérations financières personnelles et familiales, fabrication d’une histoire dépourvue de sa trame démocratique –, va de pair avec la persécution des étrangers, de leur production présente et passée, et avec l’appauvrissement des classes encore productrices... auxquelles il faut la compter belle.
Jusque de l’autre côté de l’Atlantique ?
« Miroir mon beau miroir... »
À nous de prévoir et de prévenir.
Notes
[1] Denis Lecat, « Un projet de spectacle son et lumière pseudo-historique en Vaucluse comme outil de propagande d’extrême-droite », en citant Naomi Klein, Doppelganger. A Trip into the Mirror World/Le Miroir, Actes Sud, 2024, in site du CVUH, 7 août 2025, https://cvuh.hypotheses.org/1927
[2] À Hershey, Pa., 15.12.2016/campagne électorale ; à Butler, Pa., après l’attentat du 24.07.2024 ; à Arlington Va., Journée du Souvenir, 15.05.2025 ; à Washington D.C, avec Emmanuel Macron, 24.07.2025, etc.
[3] Peter Dale Scott, The Road to 9/11. Wealth, Empire and the Future of America, Oakland, University of California Press, 2007.
[4] Le bombardier qui a largué la bombe nucléaire sur Hiroshima le 6 août 1945.
[5] 16 juillet 2025, devant le Sous-comité pour l’émigration, son intégrité et sa sécurité, réuni pour interdire à ICE d’arrêter et de déporter des citoyens américains.
[6] Une enquête conduite dans le Minnesota par des associations anti-ICE révèle une opération de manipulations et d’espionnages par la Sécurité intérieure contre divers membres de la coalition, qualifiés « d’organisation terroriste intérieure » et « d’émeutiers », The Guardian, 14 août 2026.











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