Un massacre
Lors de la proclamation des résultats, fin août 2016, nombre de personnes descendent dans les rues des principales villes pour exprimer leur colère et sont confrontées à une forte répression. À Libreville, la capitale, les manifestants convergent vers le QG de campagne de Jean Ping.
Dans la soirée, un hélicoptère survole le QG, situé à quelques encablures de la base militaire Charles-de-Gaulle des Éléments français au Gabon (EFG). Il allume son projecteur et ouvre le feu sur les personnes présentes. Dans le même temps, les soldats de la Garde présidentielle enfoncent la porte et tirent à bout portant avec des armes de guerre.
Au petit matin, la gendarmerie arrête les survivants. La plupart seront emprisonnés et subiront de mauvais traitements et des actes de torture. De cet épisode sanglant, les ONG de défense des droits humains font état de dizaines de morts et de blessés.
Dix ans plus tard, les familles et les amis des victimes exigent la vérité. Celle-ci se fait toujours attendre, d’autant que le nouvel homme fort du pays, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, n’est autre que l’ancien responsable de la Garde présidentielle.
La France impliquée
La France ne pouvait ignorer ce qui se tramait, compte tenu de ses fortes connexions avec les autorités gabonaises. En 2016, c’est un ancien officier qui fait office de conseiller militaire d’Ali Bongo. Certains font également référence au système d’écoute mis en place par la France.
Plus grave encore, des témoins affirment que des Français étaient présents lors de cette fusillade, notamment le pilote de l’hélicoptère. Le journal Marianne donne les noms de Français ayant appartenu à l’armée ou à la Légion étrangère et qui étaient intégrés à la Garde présidentielle à cette époque.
Une plainte a été déposée en France. L’enquête a été confiée aux magistrats de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH). Ces derniers ont demandé au ministère des Affaires étrangères tous les documents liés à cette affaire. Il y en aurait 315, mais Xavier Bigot, un ancien de la DGSE chargé du bureau Afrique au Quai d’Orsay, aurait donné l’ordre, par e-mail, de ne fournir que les pièces en lien avec des victimes françaises, soit seulement 35, entravant ainsi délibérément la justice.
La France a fermé les yeux sur cet épisode sanglant qui a empêché une alternance démocratique au Gabon. Elle a avalisé les grossiers trucages électoraux pour préserver sa mainmise sur ce pays. Il n’aura échappé à personne qu’en 2016, la présidence française était occupée par un socialiste : François Hollande.
Paul Martial
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