3 septembre 2026
https://www.democracynow.org/2026/9/3/gloria_steinem
Il s’agit d’une transcription préliminaire. Le texte n’est peut-être pas dans sa version définitive.
AMY GOODMAN : L’icône féministe Gloria Steinem est décédée à l’âge de 92 ans. Selon sa page Instagram, elle « s’est éteinte paisiblement à son domicile de New York, entourée de quelques-unes des nombreuses personnes qui l’aimaient », fin de citation.
Elle a été une défenseure infatigable de l’avancement social, économique et politique des femmes. En 1971, elle a cofondé le Ms. Magazine*, la première grande publication détenue, dirigée et rédigée par des femmes. Il mettait l’accent sur des enjeux rarement abordés dans la presse grand public, notamment les droits reproductifs, la violence faite aux femmes et les inégalités en milieu de travail. Gloria Steinem disait souvent, je cite : « Quand nous avons commencé, il n’existait même pas de terme pour désigner le harcèlement sexuel. » Elle a également contribué à la fondation du National Women’s Political Caucus avec un groupe de femmes comprenant Shirley Chisholm, Betty Friedan et Fannie Lou Hamer.
Pour le magazine Esquire, elle a mené une enquête sous couverture en 1963 en se faisant passer pour une « Playboy bunny » et a rédigé un article dénonçant les mauvaises conditions de travail endurées par les serveuses des clubs Playboy.
Avant de devenir une icône féministe, Gloria Steinem a occupé le poste de directrice de l’Independent Research Service, une fondation éducative à but non lucratif financée secrètement par la CIA.
En 2013, elle a reçu la Médaille présidentielle de la liberté des mains du président Barack Obama.
Je l’ai interviewée lors de la Marche historique des femmes à Washington, D.C., le 21 janvier 2017, un jour après la première investiture de Donald Trump.
GLORIA STEINEM : Je m’appelle Gloria Steinem. Je suis ici aujourd’hui parce que je ne serais nulle part ailleurs sur Terre. Nous reprenons possession de la démocratie. Je veux dire, regardons les choses en face. Au début de la Constitution, il n’est pas écrit « Moi, le président ». Il est écrit « Nous, le peuple ».
Et, en fait, j’ai vécu longtemps, mais je n’ai jamais vu un tel élan d’énergie. Vous savez, la guerre du Vietnam a été cruciale, mais elle touchait davantage les jeunes, parce qu’elle portait sur la conscription et, vous savez, sur des enjeux précis. À Washington, les mouvements ont toujours porté sur un enjeu particulier. Mais cela va plus loin et concerne davantage la question de savoir qui prend les décisions, en général.
AMY GOODMAN : Alors, qu’est-ce que cela signifie concrètement aujourd’hui ? Comment comptez-vous vous opposer à lui ? Il n’y a pas que Donald Trump. La Chambre des communes et le Sénat sont à majorité républicaine. Ils s’engagent à démanteler Planned Parenthood, à lui retirer son financement et à abroger la Loi sur les soins abordables. Comment comptez-vous vous y prendre ?
GLORIA STEINEM : Eh bien, un jour à la fois. Par exemple, s’ils retirent le financement de Planned Parenthood et de NPR, on peut prélever cet argent sur notre impôt sur le revenu, joindre une note à notre déclaration disant : « Désolé·e, je l’ai envoyé là où il devait aller. Venez me chercher. » Si suffisamment de gens font ça, il sera très difficile d’y faire quoi que ce soit. On l’a fait à l’époque de la guerre du Vietnam. Et là, on a simplement… c’était plus difficile, d’une certaine manière, parce qu’on se contentait de garder l’argent. Cette fois-ci, c’est plus positif, parce qu’on donne réellement l’argent là où il devrait aller.
AMY GOODMAN : Qu’est-ce que cela signifie de retirer le financement à Planned Parenthood ?
GLORIA STEINEM : Vous savez, Planned Parenthood est, bien sûr, indispensable à la santé des femmes dans ce pays. Une très… quoi ? Un pour cent de ses fonds est consacré à l’avortement. L’organisme offre toute une gamme de services, nous le savons — des examens des seins et tout le reste. Cela coûterait donc extrêmement cher à tous les services d’urgence du pays s’ils ne pouvaient plus offrir les mêmes services aux femmes et aux hommes. Par conséquent, s’ils lui retirent son financement, nous préleverons de l’argent sur notre impôt sur le revenu et nous l’enverrons directement.
AMY GOODMAN : Je m’entretenais avec Gloria Steinem lors de la Marche des femmes de 2017, le 21 janvier 2017, au lendemain de l’investiture du président Trump. La foule présente à la Marche des femmes était plus nombreuse que celle qui avait assisté à l’investiture. Elle a pris la parole depuis la scène.
GLORIA STEINEM : C’est un déferlement d’énergie et de véritable démocratie comme je n’en ai jamais vu de toute ma très longue vie. La foule est de tous âges, d’une grande diversité, et rappelez-vous que la Constitution ne commence pas par « Moi, le président », mais par « Nous, le peuple ».
PUBLIC : Nous, le peuple !
GLORIA STEINEM : Alors, n’essayez pas de nous diviser. N’essayez pas de nous diviser. Si vous obligez les musulman·es à s’enregistrer, nous nous enregistrerons tous et toutes comme musulman·es.
Je sais qu’il y a ici des femmes issues d’entreprises, des médias et de toutes sortes de milieux où il est quelque peu risqué d’exprimer ce qui vous tient à cœur, ce que vous ressentez et ce que vous soutenez. Et je sais qu’il y a ici des femmes qui ont survécu à une industrie du sexe, nationale et mondiale, qui tire profit de l’atteinte à l’intégrité corporelle. Nous sommes unies ici pour défendre l’intégrité corporelle. Si vous ne pouvez pas contrôler votre corps de l’intérieur, vous ne pouvez pas le contrôler de l’extérieur. Vous ne pouvez pas contrôler vos vies, nos vies. Et cela signifie le droit de décider si et quand donner naissance, sans ingérence du gouvernement.
AMY GOODMAN : Gloria Steinem, s’exprimant le lendemain de la première investiture du président Trump. Elle est décédée mercredi à l’âge de 92 ans. Gloria Steinem a dit un jour : « Les femmes ont deux choix : soit elles sont féministes, soit elles sont masochistes.
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