Les politiques impopulaires, comme celle de la réforme du régime forestier, la négation de la crise du logement, la démission face à la crise climatique, le refus de reconnaître le caractère systémique des discriminations vécues par les nations autochtones, son double discours concernant à la lutte des femmes contre les violences et les féminicides, autant d’échecs politiques dont une majorité de la population lui impute la responsabilité.
Les réactions de la CAQ : faire diversion en pointant de prétendus boucs émissaires responsables de la situation se dégageant ainsi de toute responsabilité. L’immigration serait responsable de la crise du logement. Il serait inutile d’en faire plus pour lutter contre la crise climatique, puisque tous nos voisins ont abandonné ce combat. La « capacité de payer » de la population expliquerait pourquoi il est impossible d’en faire davantage dans la lutte contre la violence faite aux femmes.
Face à cette situation intenable, la CAQ choisit la fuite en avant afin de tenter de regrouper sa base électorale complètement désorientée : une confrontation avec les médecins, des coupures massives dans la fonction publique, un balayage des normes de protection environnementales et des moyens pour les faire appliquer, une réduction importante des seuils d’immigration. Un tour de vis vers une droite de plus en plus décomplexée, qui frise le trumpisme sous certains aspects. La CAQ a choisi d’affronter les organisations qui représentent un contre-pouvoir : les syndicats sont dans sa mire et son intention est d’affaiblir la capacité de ces organisations de modifier le rapport de force en faveur des classes populaires.
Les oppositions : surenchère ou naïveté
C’est un pari risqué : le PQ, en tête dans les sondages, reprend une bonne partie de son discours, tout comme le parti conservateur qui pousse le discours droitier encore plus loin et les libéraux qui reprennent la position de parti du grand capital canadien. Beaucoup de propositions pour un électorat particulièrement segmenté.
Le PQ et le PLQ veulent profiter de la chute de la CAQ dans les intentions de vote. Le PQ s’inscrit en continuité avec le discours de la CAQ à propos de l’immigration. Il propose une alternative résolument campée à droite et profite actuellement de l’incapacité des autres partis à se démarquer. Le PLQ souhaite reprendre son rôle de défenseur du Canada en surfant sur la vague d’impopularité de la guerre tarifaire de Trump contre les intérêts économiques canadiens. Mais il suscite toujours la méfiance d’une majorité de la population qui se rappelle la gestion austéritaire des libéraux au pouvoir. QS est traversé par une crise d’orientation alors que son aile parlementaire et sa direction ont toutes deux tenté de recentrer le programme et le discours du parti de gauche pour lui donner un air de « respectabilité » sans que l’appui au parti ne progresse, loin de là puisqu’il semble croupir dans les bas-fonds des sondages.
Enfin, la majorité des organisations populaires, les centrales syndicales en premier, tiennent un discours prônant la reprise du « dialogue » avec le gouvernement, appelant la CAQ à de meilleures dispositions. Une telle preuve de naïveté désarme les personnes qui souhaitent se mobiliser contre les politiques de la CAQ. Une telle illusion sur la possibilité de ramener la CAQ et les autres partis de pouvoir à de meilleurs sentiments risque de coûter cher lorsque viendra le temps de fixer des objectifs de mobilisation. Laisser croire que la CAQ pourrait modifier son approche alors qu’elle joue sa survie dans les prochains mois repose sur une mauvaise lecture de la situation. Tente-t-on de « sensibiliser » la CAQ ou bien de provoquer sa chute ? Si plusieurs souhaitent que la CAQ soit éjectée du pouvoir, par qui la remplace-t-on ? Les réponses à de telles questions viendront teinter les débats dans les prochains mois.
Des perspectives de lutte bien vivantes
Malgré cela, les possibilités de résistance sont toujours bien réelles : une vaste mobilisation syndicale est prévue pour le 29 novembre, la Marche mondiale des femmes a remporté un franc succès, le milieu étudiant a démontré son potentiel de mobilisation grâce à son engagement envers la Palestine, et la volonté de se remobiliser contre la crise climatique persiste, révélant un grand potentiel de luttes citoyennes.
La formulation de revendications et d’objectifs visant à définir une alternative aux politiques de la CAQ et des partis qui lui ressemblent devient un incontournable. Il faut profiter des quelques mois qui viennent pour mettre de l’avant un programme basé sur les intérêts des classes populaires et se donner les outils politiques nécessaires pour les porter lors de la prochaine campagne électorale afin de les mettre en application. Ni le PQ, ni le PLQ, ni les conservateurs ne doivent remplacer la CAQ au pouvoir. Ce serait blanc bonnet et bonnet blanc. Des ruines caquistes doit émerger une nouvelle alliance sociale et un programme fondé sur les communs, la coopération, la solidarité et l’autonomie populaire.
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