Édition du 8 septembre 2026

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Grève des sapeurs-pompiers : la colère monte contre la gestion criminelle des feux par le gouvernement

En grève le 13 août pour davantage de moyens, d’effectifs et de meilleures conditions de travail, les sapeurs-pompiers appellent à amplifier la mobilisation les 27, 28 et 29 septembre, en convergence avec la fonction publique, contre les choix budgétaires du gouvernement.

18 août 2026 | tiré de Révolution permanente
https://www.revolutionpermanente.fr/Greve-des-sapeurs-pompiers-la-colere-monte-contre-la-gestion-criminelle-des-feux-par-le

Ce 13 août, les sapeurs-pompiers étaient massivement en grève à l’appel d’une large intersyndicale réunissant neuf organisations représentatives du secteur, de la FA/SPP-PATS à la CGT-SDIS. Cette mobilisation nationale témoigne de l’exaspération profonde qui traverse les travailleurs des services départementaux d’incendies et de secours (SDIS), alors que le dispositif de secours a été poussé à bout par une saison des feux qui a battu tous les records. En première ligne pour combattre les incendies, les sapeurs-pompiers en ont payé un lourd tribut : déjà quatre d’entre eux ont perdu la vie et plusieurs centaines ont été blessés en affrontant les flammes.

La colère qui s’exprime parmi les pompiers n’est pas nouvelle : dès le mois d’avril, l’ensemble des organisations syndicales de la profession avaient envoyé un courrier au Premier ministre pour dénoncer les « conditions de plus en plus dégradées » dans lesquelles ils exercent leur travail. L’ampleur des incendies de l’été 2026 n’a fait qu’approfondir ces contradictions, et a mis en lumière toute la responsabilité des gouvernements successifs dans le bilan particulièrement meurtrier de cet été.

Dans son communiqué appelant à la grève du 13 août, l’intersyndicale exige que la « santé et la sécurité des personnels », actuellement sacrifiées sur l’autel de l’austérité, deviennent une priorité. Dans les feux de forêts, les sapeurs-pompiers sont confrontés à des gaz et fumées toxiques, qui peuvent aussi bien être létaux sur le terrain que conduire à un empoisonnement progressif et au développement de cancers. Face à ces risques importants, de nombreux SDIS ne disposent pas du matériel de protection adéquat, faute de financement suffisant : par exemple, les pompiers affrontent souvent les flammes avec de simples cagoules, alors que des cagoules filtrantes au coût plus élevé seraient nécessaires pour protéger la santé des pompiers.

Une réelle prévention des risques implique donc un « financement pérenne, juste et ambitieux », que l’intersyndicale pose comme revendication essentielle. La faiblesse des investissements de l’État dans la sécurité civile s’est illustrée cet été dans l’état déplorable de la flotte française de Canadair, et les coupes réalisées ces dernières années qui ont empêché la commande de nouveaux appareils. Mais, l’austérité touche aussi les moyens des pompiers sur le terrain, dont le financement dépend des départements.

Face aux méga-feux, comme celui ayant ravagé 42 000 hectares en Gironde, les moyens humains et techniques des SDIS sont très en deçà des besoins. Si les budgets consacrés aux services d’incendie et de secours ont connu une relative progression au fil des années, celle-ci ne suffit pas à répondre à l’augmentation des risques et à l’intensification des incendies. Avec la catastrophe climatique, de telles saisons d’incendies seront de plus en plus fréquentes : le dispositif actuel est en décalage complet avec les besoins réels imposés par le dérèglement climatique. Mais au-delà des moyens matériels, c’est surtout la question des effectifs qui cristallise les tensions. Les organisations syndicales réclament un « recrutement statutaire de sapeurs-pompiers professionnels », précisément parce qu’une grande partie du travail réalisé par les services d’incendies et de secours est réalisée par des sapeurs-pompiers volontaires. Sur les quelque 250 000 sapeurs-pompiers que compte la France, près de 78 % sont volontaires, les professionnels étant seulement 44 000.

Le statut de volontaire permet à l’État de profiter d’une main d’œuvre sans lui reconnaître les droits des autres travailleurs : une indemnité qui peut être bien en-dessous du SMIC, pas de cotisation et donc pas de réelle protection sociale, pas de droit de grève ni de droit à la retraite. La journée de mobilisation du 13 août concernait ainsi seulement les sapeurs-pompiers professionnels.

Les volontaires sont souvent présentés comme des « héros » dévoués à la défense désintéressée du bien commun. Pourtant, comme le rappelle le sociologue et ancien pompier volontaire Romain Pudal, les indemnités constituent pour une bonne partie des volontaires un complément nécessaire pour boucler les fins de mois. Les pompiers volontaires eux-mêmes le rappellent sans cesse : ce sont des travailleurs. Interpellé par le syndicat SUD SDIS, le Conseil d’État a récemment reconnu cette dénomination de « travailleurs », sans pour autant remettre en cause leur statut dérogatoire.

Le manque d’effectifs se fait d’autant plus sentir que les missions confiées aux sapeurs-pompiers ne cessent de s’accroître. À l’aggravation des incendies estivaux s’ajoute l’accroissement généralisé des sollicitations : le nombre absolu d’opérations a augmenté de 20 % en 15 ans. Cette hausse est surtout due à l’augmentation des interventions de secours à la personne, conséquence directe de l’austérité imposée dans le secteur de la santé et du social, qui a contribué à creuser les déserts médicaux et à isoler davantage les populations vulnérables ou vieillissantes. Les sapeurs-pompiers sont ainsi contraints de pallier les défaillances des autres services publics, au prix d’une intensification sans précédent de leur travail, alors même que leurs propres effectifs stagnent.

Les événements extrêmes de cet été ont rendu cette aggravation progressive intolérable pour l’ensemble des personnels des SDIS. La suffisance du gouvernement, garantissant sur tous les plateaux que les sapeurs-pompiers disposaient de moyens suffisants, a achevé de transformer cette colère en mobilisation. L’entrevue accordée ce 13 août par le ministre de l’Intérieur à l’intersyndicale n’a fait que confirmer à leurs yeux le mépris d’un gouvernement bien décidé à poursuivre son agenda néolibéral. Laurent Nuñez a esquivé la question épineuse des financements en se défaussant sur la responsabilité des départements en la matière, au nom de la « libre administration des collectivités locales ». Pour tenter de canaliser la colère dans les rangs des SDIS, le ministre a annoncé présenter le 8 septembre un Projet de loi de modernisation de la sécurité civile.

Face aux déclarations du gouvernement et alors que la colère des pompiers est forte à la base, les organisations syndicales se sont dites « très déçues » à l’issue de leur rencontre avec le ministre. En conférence de presse, elles ont annoncé appeler dans la foulée à une mobilisation importante des pompiers fin septembre. En plus de rejoindre la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre pour défendre les salaires et les conditions de travail des fonctionnaires, les sapeurs-pompiers organiseront « une manifestation statique les 26, 27 et 28 septembre, sur la place de la République, à Paris ». Une mobilisation qui pourrait s’annoncer suivie, alors que ce 13 août, la participation a atteint jusqu’à 80 % dans certains départements, comme en Haute-Garonne.

En rejoignant la journée de grève du 29 septembre, les pompiers font le choix de ne pas rester cantonnés à une mobilisation corporatiste et d’engager une convergence avec l’ensemble de la fonction publique. Ils font ainsi un premier pas vers la construction d’un véritable rapport de force face au gouvernement. En plein mois d’août, celui-ci a déjà annoncé la couleur des discussions budgétaires de l’automne qui vient : l’inspection générale des finances préconise dans plusieurs rapports de nouveaux coups de rabot, que ce soit contre les APL des étudiants ou les politiques familiales, pour parvenir à plusieurs milliards d’économies supplémentaires dans le budget 2027. Le tout afin d’alimenter l’explosion du budget des Armées, dont la hausse est déjà chiffrée à 6,7 milliards d’euros par la loi de programmation militaire. Cette seule hausse dépasse le budget consacré à l’ensemble des SDIS à l’échelle nationale, évalué à 5,6 milliards d’euros.
Pour sauver des vies et faire face aux saisons estivales des prochaines années, qui s’annoncent plus destructrices encore que celle que nous traversons actuellement, il est urgent de mettre un coup d’arrêt à la gestion criminelle des gouvernements de Macron. Cela passe par des revendications à la hauteur de l’urgence que vivent les pompiers, mais aussi par la remise en cause d’un statut qui maintient une large partie d’entre eux dans une situation d’extrême précarité. S’il est prioritaire d’embaucher massivement des sapeurs-pompiers professionnels et d’augmenter les moyens matériels des SDIS, il faut également avancer vers l’unification du secteur, en exigeant des droits égaux pour les sapeurs-pompiers volontaires, notamment en matière de protection sociale, de retraite, de droit de grève et de rémunération.

Mais il faut aller plus loin : il s’agit également de combattre l’ensemble des politiques qui ont contribué à aggraver les conditions dans lesquelles surviennent les méga-feux. Face à l’intensification du dérèglement climatique, il ne peut être question de demander toujours plus aux pompiers sans s’attaquer aux politiques qui n’ont cessé de casser les services publics et de faire reculer les moyens de prévention. C’est pourquoi il faut construire un front large face à l’offensive austéritaire, pour faire reculer la casse des services publics et imposer leur gestion sous le contrôle des travailleurs et de la population.

Si le gouvernement est bien décidé à poursuivre la saignée budgétaire, la gestion de la crise cet été a encore affaibli sa légitimité. En déplacement au Porge, commune ravagée par l’incendie de Gironde, Lecornu a été hué par les habitants ce lundi. Le retour des débats budgétaires, qui avaient conduit à la chute de Bayrou il y a un an, pourrait à nouveau aiguiser les tensions politiques. Mais seule une mobilisation massive pourra permettre de réellement imposer un autre cap. Les pompiers se sont déjà affrontés à Macron et savent, depuis la violente répression qu’ils ont subie en 2019, que seul un front large pourra construire un rapport de force à même de faire plier le gouvernement. En rejoignant la journée du 29 septembre, les pompiers pourraient participer à en faire le point de départ d’une mobilisation large de l’ensemble du mouvement ouvrier contre la politique austéritaire et militariste de Macron et Lecornu.

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