Édition du 29 septembre 2026

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États-Unis

Guerre économique : vendre ses actifs américains ?

La réponse à une attaque économique des États-Unis pourrait-elle être de vendre ses actifs américains, de diversifier ses marchés d’exportation et d’empêcher ses entreprises de s’y délocaliser, en plus ou au lieu d’imposer des contre tarifs ?

photo : S. Mitralias

L’un des premiers spécialistes en France de la guerre économique, Ali Laidi, affirme que les États-Unis espionnent depuis plus de 25 ans le monde entier et avantagent systématiquement les grandes entreprises américaines. Le docteur en science politique, journaliste et chercheur en guerre économique explique que les Américains utilisent leur position dominante pour piller économiquement le monde.

Évolution de la guerre économique aux États-Unis

Les relations économiques ont été utilisées comme un moyen de pression politique depuis des centaines d’années. Plus près de nous, selon Ali Laidi, la première guerre économique contemporaine a été menée par les Japonais pour se venger de la défaite militaire de 1945. Les États-Unis s’en sont inspirés.

À la fin des années 80, des textes de chercheurs de la sphère militaire américaine ont comme sujet, comment maintenir la position mondiale de leur pays, avec l’aide de l’économie. À partir de 1991 l’intérêt principal des Américains devient la protection de leur intérêt économique. Ils vont par la suite transférer le savoir-faire militaire dans le domaine civil et devenir de grands guerriers économiques.

Après la chute de l’URSS, le projet hégémonique des États-Unis a évolué et la lutte contre le communisme a été remplacée par celle contre le terrorisme et la corruption. En 1993, le secrétaire d’État américain Warren Christopher demande les mêmes moyens utilisés pour faire tomber l’URSS pour mener une guerre économique au reste du monde. Avec ce nouvel alibi, les États-Unis ont développé une nouvelle forme de domination économique, parvenant à faire respecter leur droit au-delà de leurs frontières nationales.

Depuis le 11 septembre 2001, lutter contre le terrorisme, c’est lutter contre son financement. Avec le Patriot Act, toutes les informations économiques sont passées à la communauté du renseignement. Si Bill Clinton met en place tous les outils de la guerre économique, Trump démarrera leur utilisation lors de son premier mandat. Le Cloud Act, en 2018, permet de réclamer des informations qui sont sur un serveur américain hors du pays sans prévenir l’entreprise qui est l’objet de cette recherche. Les États-Unis se servent aussi des Enquêtes internes visant les entreprises étrangères sur leur territoire pour siphonner leurs informations. Les appareils d’écoute des services de renseignement ont le droit de se mettre dans la boucle si un contrat peut ne pas être octroyé à une entreprise américaine.

La doctrine de Scott Bessent

La guerre économique américaine contre tous les autres pays de la planète existe donc depuis beaucoup plus longtemps que la majorité des gens le croit. Elle est cependant passée à un autre niveau avec le présent gouvernement des États-Unis. Giuseppe Gagliano du CESTUDEC à Milan affirme à ce sujet que le discours du secrétaire américain du Trésor, Scott Bessent, montre une mondialisation administrée comme un champ de bataille et une doctrine de puissance dans laquelle l’économie devient un instrument de domination. Se basant sur l’école de guerre économique de Paris, il considère que lorsque le secrétaire américain désigne comme secteurs prioritaires les minerais critiques, l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et l’industrie pharmaceutique, il établit ce qui doit être protégés, ramenées sous contrôle, les dépendances qui doivent être réduites et les concurrents à contenir.

Scott Bessent crée de la réciprocité conditionnelle quand il affirme que son pays décidera quand les réglementations des autres pays seront discriminatoires envers ses entreprises. La norme devient une arme. La protection des données, les règles de concurrence, les politiques industrielles, les normes technologiques, la fiscalité et le droit sont transformés en instruments de pression. Le dollar n’est pas seulement une monnaie, mais aussi une infrastructure de commandement par laquelle passent les investissements, l’accès aux marchés, la dette, les paiements et les réserves. Lorsque les États-Unis sanctionnent un pays, ils n’utilisent pas seulement le droit, mais aussi la position centrale de leur système financier. Un pays qui contrôle la monnaie de référence mondiale a entre ses mains une partie de la liberté d’action des autres.

Giuseppe Gagliano considère que la doctrine Bessent défend la domination des grandes entreprises financières et technologiques américaines. Les États-Unis revendiquent le droit d’utiliser l’industrie, la monnaie, la technologie, les normes et les sanctions comme instruments de puissance et accusent de concurrence déloyale, de protectionnisme et d’hostilité d’autres pays qui tentent de faire de même.

Comment résister ?

Pour les grands acteurs mondiaux, la guerre économique, c’est imposer leur standard dans le monde, ce qui est une menace à la diversité, affirme Ali Laidi. Selon lui, ce serait cette diversité qui permettrait de survivre aux crises majeures.

Afin de la protéger, les pays dont l’économie est visée par cette guerre économique pourraient, au minimum, ne pas donner aux Américains le bâton avec lequel ils se font battre, soit de diversifier de toute urgence leurs marchés d’exportation et de trouver des manières d’empêcher leurs entreprises d’y délocaliser leur production. L’imposition de tarifs en réponse à ceux américains peut améliorer les chances d’entreprises y exportant de remplacer ce marché par celui national, mais il a le grand désavantage de faire mal à celles qui sont déjà touchées tout en augmentant le prix des produits importés, nuisant au pouvoir d’achat de la population, ce qu’a compris la majorité des pays de la planète.

Les pays visés peuvent aussi désinvestir massivement aux États-Unis, ce qui pourrait être en même temps une mesure de protection, puisque ce pays est en importante perte de crédibilité économique, a un déficit structurel estimé à environ 6 % du PIB, et aucun plan crédible pour le réduire. En accordant des réductions d’impôts massives, le One Big Beautiful Bill voté en 2025 a largement creusé le déficit. Aux États-Unis, la dette nationale est passée de 5000 milliards à 40 000 milliards de dollars en moins de trente ans, ce qui entraîne des coûts annuels d’intérêts approchant 1 000 milliards de dollars.

Les pressions inflationnistes de la hausse des prix de l’énergie causés par la guerre en Iran et l’explosion de l’endettement des entreprises développant de l’intelligence artificielle, ce qui a propulsé les rendements des obligations d’État américaines à des niveaux jamais atteints depuis plusieurs décennies, inquiètent les investisseurs.
Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a d’ailleurs annoncé qu’il voulait doubler le montant des rachats de titres du Trésor, le faisant passer de 2 à 4 milliards de dollars à compter du 9 septembre. Il veut émettre de la dette à court terme et racheter les obligations à plus longue échéance afin de faire baisser les rendements. Vendre ses actifs américains et investir les sommes obtenues dans les entreprises et individus touchés par cette guerre économique pourrait envoyer un important message tout en protégeant la population et son pouvoir d’achat. 
Michel Gourd
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