Édition du 19 novembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Haïti, la mort comme horizon

Ils ont entre 14 et 30 ans. Ils s’appellent Badio, Badou, Fede, Makson, Ronald, Dieunisson. Ils n’ont pas de patronyme connu. Les balles assassines de la police les touchent tous les jours. Ils meurent enchainés, en putréfaction. Plus d’une dizaine sont morts dans ces conditions, mais ce sont des morts sans importance.

On déplore davantage une voiture endommagée, les vitres de commerce brisées que ces jeunes vies fauchées. On déplore davantage les pillages et commissariats incendiés comme si la vie ici était à vendre à vil prix, comme si on pouvait réparer la mort

Ce rapport avec la mort dure depuis toujours. Dessalines est mort assassiné mais justice ne lui a pas été rendue, Daniel Israel, Robert Cius, Makenson Michel, Roseline Vaval la liste est longue de ces jeunes assassinés, partis avant l’âge de raison, avant d’avoir pu rêver et dont les assassins sont dans la ville.

Haiti devient le lieu de la banalité du crime. 

Ce sont des morts sans importance, car ils sont enfants des Ghetto, comme on dit aujourd hui, n’ont jamais mangé à leur faim, ont vécu dans la crasse, dans les lieux malodorants ou les miasmes de matières fécales et autres choses en décomposition leur disent tous les jours qu’ils sont moins bien traités que des cochons. C’est contre cela qu’ils se révoltent. C’est pour dire leur humanité, leur droit à la lumière et au soleil, mais on leur inflige la mort pour avoir osé dire haut et fort que le soleil doit briller pour tous, descendants de Dessalines et de Pétion, qu’il doit briller pour les 95% de pauvres et un peu moins pour les 5 % de riches de ce pays qui doivent enfin accepter les règles du jeu et de se goinfrer moins.

Une police aveugle, une bourgeoisie et une petite bourgeoisie sourdes, un président vorace, une communauté internationale immorale et raciste voilà les ennemis qui leur font face et qui continuent dans leur obstination à ne rien céder à faire que ce pays devienne un cimetière à ciel ouvert où la mort soit le seul horizon possible pour les jeunes.

Qui de nous femmes d’Haiti entamera une grève contre la mort de nos enfants ? Qui se solidarisera avec les mères de Jakson et de Dieunisson, nos sœurs ? Descendons en masse dans la rue pour dire oui à la vie. Face à la mort que l’on inflige à nos enfants, gardiennes de la vie à nous la rue, l’action est à nous.

Pascale Romain
Montréal, le 12 octobre 2019

Pascale Romain

Militante du Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO).

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