Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Europe

Happy Benalla’s day !!!

Hier, nous étions le Premier Mai, une fête célébrée dans nombre de pays et à laquelle la France est tout particulièrement attachée. Chaque année, les syndicats et les travailleurs, unis, défilent dans Paris sous le regard plutôt bienveillant de la police. Bien sûr, il y a parfois quelques heurts, des black blocks venus rappeler leur existence, des CRS un peu trop besogneux, etc … mais rien en comparaison de ce que nous avons vécu hier ! L’an dernier, ce jour de célébration avait été marqué par le début de l’affaire Benalla, c’était il y a un an jour pour jour que l’agent de sécurité présidentiel avait usurpé les fonctions policières pour violenter un couple de manifestants, place de la Contrescarpe.

Cette année, des Benalla il y en a partout dans Paris et dans les villes de provinces, et chaque manifestant est susceptible de subir la violence de ces miliciens qui agissent désormais en toute impunité. Entre les voltigeurs à moto, les canons à eau qui lancent des marqueurs chimiques, les grenades, les LBD, les agents de la BAC cagoulés et masqués et les drones qui sillonnent le ciel, on se croirait parfois en zone de guerre ! Les cris apeurés des passants et des manifestants ont remplacé le chant habituel de l’Internationale.

Que retenir de cette nouvelle journée de mobilisation ? Une grande convergence des luttes avait été annoncée ; Gilets Jaunes, militants écologistes, syndicats, se retrouvent pour faire front ensemble et envoyer un message clair à l’exécutif : Nous restons unis ! Du côté gouvernement, on commence à dénoncer les violences des black blocks la veille de la manif … on appelle ça de la prévoyance, ou de la propagande, à vous de juger ! Pourtant, beaucoup moins de casse que prévu.

Un fait plutôt original : le secrétaire général de la CGT(principal syndicat de France), Philippe Martinez, est évacué du cortège dès le début de la manifestation. Dans les médias, on nous dit qu’il a été pris à parti par des black blocks, mais le principal intéressé nous compte une toute autre histoire … « La police a chargé une camionnette de la CGT (…) c’est grave parce qu’on est identifiés quand même ! » Il évoque une « volonté délibérée d’affrontement. ». En effet, la CGT est très dure à rater en manifestation, en tête de cortège, on les reconnait à leurs immenses ballons rouges et à leur camionnette de la même couleur. Chaque français est capable de les repérer, alors les policiers qui les croisent à chaque manifestation ne peuvent pas se tromper. Jamais, au grand jamais, la police n’attaque les syndicats, car ce sont eux qui garantissent l’ordre dans les manifestations. Ce premier mai 2019 marque une toute nouvelle forme de répression, qui s’en prend à des institutions respectées de tous.

Côté gouvernement, on s’enfonce un peu plus dans le déni, la préfecture de police rejette en bloc la version de Martinez, fin du débat. Les syndicats dans leur ensemble dénoncent une pression policière sans précédent et une volonté de déclencher des heurts.

« Ceux qui ont essayé de nous voler le premier mai, ce ne sont ni les gilets jaunes, ni ceux qu’on appelle les radicaux, mais c’est le gouvernement, en mettant cette pression policière aussi folle. » dit Eric Beynel porte parole de Solidaires :
« C’est assez douloureux, quand on est syndicaliste, de se dire qu’on ne peut pas manifester le premier mai. Il y a beaucoup de tristesse, de colère et d’incompréhension », déclare Bernadette Groison, secrétaire générale du syndicat de la fonction publique.
Certains syndicats, comme le FSU, se verront contraints d’abandonner la manifestation face aux violences policières, la frustration est totale.

L’image que l’on retiendra, c’est le restaurant de la Rotonde, fief d’Emmanuel Macron qui a vu la célébration de sa victoire aux présidentielles, entouré d’une armée de CRS. Malgré les semaines qui passent et se ressemblent, on a du mal à s’habituer à voir les policiers défendre des biens matériels avec la même vigueur qu’ils mettent à agresser les citoyens, c’est une réalité qui est difficile à intégrer.

Mais l’information qui divisera le pays, c’est la prétendue attaque de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. En début de soirée, on apprend qu’une trentaine de manifestants (qualifiés d’ultra gauche) ont tenté de s’introduire dans le service de réanimation de l’hôpital de la Pitié, situé sur le passage du cortège. Sur twitter, Christophe Castaner publie des photos de sa visite sur les lieux (un petit selfie ne fait jamais de mal !), accompagnées de cette brève déclaration : « Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger. Indéfectible soutien à nos forces de l’ordre : elles sont la fierté de la République. »

Dans les rangs des manifestants, c’est la stupeur … Qui ? Qui a osé attaquer un hôpital ? Mettre en danger du personnel soignant, des innocents ? Nous devons trouver les responsables et les exclure du mouvement, les renier, aucun manifestant n’assume de tels comportements ! Il ne faudra que quelques heures pour que cet odieux mensonge s’effrite … Tandis que les médias relaient l’info sans la vérifier, on nous diffuse le témoignage dramatique de Marie Anne Ruder, la directrice de l’hôpital, qui raconte l’agression. Apparemment, des manifestants en gilet jaune forcent la chaine de sécurité pour entrer dans l’hôpital, elle tente de les raisonner « mais la discussion n’était pas possible, il y avait des gestes violents et menaçants. Au regard de la situation, j’ai décidé d’appeler les services de police. » D’autres manifestants auraient tenté de s’introduire dans le service de réanimation mais sont repoussés grâce « au courage exemplaire » du personnel soignant. Ça c’est une héroïne comme on les aime ! Seulement, les vidéos et les témoignages commencent à affluer et contredisent largement sa version.

Je vous résume point par point le démontage de cette magnifique intox :

- Le premier article de France Inter dénonçant l’agression apocalyptique est illustré par une photo de casseurs à l’assaut du commissariat du 13eme arrondissement, aucun rapport avec les faits.

- Le CRS soit disant agressé par les intrus se trouvait là depuis plusieurs heures, blessé par un pavé, il n’a rien à voir dans cette histoire.

- Plusieurs membres du personnel hospitalier contredisent la version de leur directrice, selon eux, les gens sont venus se réfugier dans l’enceinte de l’hôpital suite à une charge de CRS : « On n’a pas senti d’agression ». « Ça s’est passé dans le calme, pas de débordement ». Le journaliste insiste « vous êtes sûr ? - Certain. - On nous a parlé de matériel dérobé ? - Non, aucun. - Il n’y a pas eu d’intrusion ??? - Non, pas d’intrusion. - Comment vous vous sentez ? Choqué ? - Non, très bien. - Vous avez peur que ça se reproduise ? - Pas du tout. » Malgré les perches tendues par les journalistes, leurs versions coïncident et démentent le sentiment de terreur qu’on tente de nous vendre.

- Plusieurs témoignages de manifestants présents rejoignent des preuves vidéos prisent sous différents angles : Des brigades de voltigeurs à moto poussent des manifestants dans l’allée de l’hôpital, une nasse de chaque côté du Boulevard empêche les gens de fuir et un gazage en règle les pousse à se réfugier où ils le peuvent … vers l’hôpital qui, au milieu des gaz, n’est pas vraiment identifiable. Selon les témoins, les manifestants sont poursuivis et matraqués jusque dans la cour de l’hôpital, et c’est là qu’ils franchissent la chaine de sécurité. Une dame âgée se fait même insulter par un CRS « Salope, dégage ! ». Des infirmiers leur donne des gouttes pour qu’ils rincent leurs yeux abimés par les gaz.

- Plus tard, des soignants de l’hôpital dénoncent l’hypocrisie de leur directrice qui, non contente de livrer un faux témoignage, demande aux CRS de décrocher des banderoles « Urgence en grève », lors de la venue de Castaner, pour faire des photos « plus propres ». Car tous les services d’urgence du pays sont en grève … mais aucun média n’en parle.

J’en profite au passage pour rappeler que l’an dernier, le gouvernement Macron lançait une campagne de démantèlement des hôpitaux et du service de santé public, ce qui pousse le personnel soignant à multiplier les grèves, dans une indifférence totale. Aujourd’hui, ce même gouvernement se répand en déclarations alarmistes contre ces sauvages gilets jaunes qui s’attaquent violemment à notre sacrosaint système de santé … Comment s’étonner que la colère monte au nez des français ?!

Une autre information qui fut peu relayée par les médias mais que je trouve personnellement très significative : un tweet du président au cours de la journée, que je vous livre dans toute son authenticité :
« Le premier mai est la fête de celles et ceux qui aiment le travail, le chérissent, parce qu’ils produisent, parce qu’ils forment, parce qu’ils savent que par le travail nous construisons l’avenir. Merci de porter ces valeurs et d’œuvrer chaque jour pour notre nation. »
Je précise donc la véritable signification du premier mai, fête des travailleurs (et non pas du travail), elle est commémorée dans de nombreux pays en souvenir du massacre de Haymarket Square, à Chicago. Le premier mai est un hommage à la lutte de ces 350 000 travailleurs qui se mirent en grève pour exiger la journée de 8h de travail et furent sévèrement réprimés.
On assiste ici à un phénomène grave, le président français s’octroie la prérogative de redéfinir le sens d’une fête internationale, une fête populaire que l’on croyait intouchable. Ça mériterait un lynchage et pourtant personne ne bronche … La fameuse devise du régime de Vichy « Travail, Famille, Patrie » est remise au goût du jour dans une forme plus progressiste « Travail, obéissance, rentabilité. » Pour moi, il n’est rien de plus grave que le travestissement des mots, c’est par là qu’arrive la dictature. Ceux qui ont lu l’excellent livre d’Orwell, 1984, savent de quoi je parle (War is peace, Freedom is slavery, Ignorance is strength).

Qu’est-ce qui est le plus grave aujourd’hui ? Les mensonges des médias ? Comme cette vidéo diffusée récemment par la chaine CNews qui montre un bain de foule du président Macron au Touquet, acclamé par des fans en délire et datant en réalité d’il y a deux ans, durant la campagne présidentielle… La propagation de Fake News gouvernementales à l’heure où le président réclame un meilleur contrôle des informations sur les réseaux sociaux ? Les milliers de blessés, mutilés par les armes de guerre utilisées par une police en roue libre ? Les CRS qui masquent désormais leurs matricules avec de larges scotch noirs pour éviter d’avoir à rendre des comptes ? L’augmentation des frais de justice pour les manifestants blessés désirant porter plainte ? Les lois liberticides ou la vente des entreprises publiques à des amis du pouvoir, votés en douce au milieu de la nuit ? Le sentiment « anti pauvres » qui gangrène le peuple de France et les réseaux sociaux, où l’on peut désormais exprimer sa joie de voir couler le sang des démunis en toute tranquillité ? La multiplication des arrestations et des condamnations à la prison ferme pour « port d’armes par destination » (comme du matériel de street medic ou une caméra) ? La grande campagne de dénigrement des opposants au régime actuel, lancée en vue des élections européennes ? Le refus du président de prendre des mesures concrètes pour endiguer cette crise ?
Chacun de ces faits est grave, mais leur cumul nous mène à une situation dramatique dont la seule issue semble être la guerre civile. Le gouvernement compte sûrement sur le fait que nombre d’entre nous avons des convictions non violentes et devrons faire un choix : trahir nos idéaux en prenant les armes ou trahir notre patrie en la laissant aux mains de ces bandits.

B. personne correspondante en France de PtAG

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