Édition du 26 octobre 2021

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Asie/Proche-Orient

Il est impératif de sanctionner l’État israélien

Les sanctions sont utilisées pour répondre aux violations du droit international. Israël a violé ce droit à de très nombreuses reprises, alors pourquoi n’est-il toujours pas sanctionné ? Le mois dernier, une pétition parlementaire a été lancée au Royaume-Uni, demandant des sanctions contre le régime israélien, en bloquant tout commerce et en particulier l’exportation d’armes.

Tiré de Chroniques de Palestine.

La pétition a réuni plus de 386 000 signatures, obligeant le parlement britannique à débattre du sujet. La réponse du gouvernement britannique a été claire : il a déclaré qu’il était fermement opposé aux sanctions et aux boycotts contre Israël, invoquant une “relation étroite”.

En Irlande, la question des sanctions contre Israël a également été soulevée dans un amendement à une motion condamnant “l’annexion de facto” des terres palestiniennes. Bien que l’amendement n’ait pas été adopté, la question des sanctions a été portée sur le devant de la scène.

La pétition et l’amendement ont été motivés par la vive réaction de l’opinion publique à l’intensification de la violence que le régime israélien a infligée aux Palestiniens au cours des derniers mois, y compris le tout récent bombardement de Gaza par le régime israélien, au cours duquel plus de 256 Palestiniens ont été tués, dont 66 enfants.

Pourtant, l’appel à sanctionner Israël a longtemps été un point central de la lutte palestinienne.

En effet, il s’agit d’un pilier essentiel du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), lancé en 2005, qui appelle les peuples du monde à faire pression sur les gouvernements pour qu’ils remplissent leurs obligations en vertu du droit international et mettent fin à l’apartheid israélien en imposant des sanctions.

Celles-ci peuvent inclure l’interdiction de faire des affaires avec les colonies israéliennes – toutes illégales au regard du droit international – la fin des accords de libre-échange, l’arrêt du commerce militaire et la suspension de l’adhésion d’Israël aux institutions internationales telles que les agences des Nations unies, les fédérations sportives, les organisations culturelles internationales, etc…

Les sanctions internationales ont été imposées par la Société des Nations il y a plus d’un siècle comme moyen de dissuader les agressions et les guerres. Depuis lors, elles ont été consacrées par le régime juridique international comme un moyen approprié et efficace pour les pays tiers de punir ceux qui violent le droit international.

Par exemple, des sanctions comprenant un embargo sur les armes ont été utilisées contre le régime d’apartheid de l’Afrique du Sud pour aider à mettre fin à son règne raciste imposé sur le pays.

Plus récemment, en 2014, l’Union européenne a adopté des sanctions contre la Russie à la suite de son annexion illégale de la péninsule ukrainienne de Crimée.

Mais les sanctions ont également été utilisées comme une forme de punition collective. Par exemple, les États-Unis ont imposé un embargo sur tout le commerce avec Cuba en 1962, trois ans après que la Révolution cubaine a déposé un gouvernement pro-américain. Cet embargo a eu un effet dévastateur et général sur l’économie et le peuple de Cuba.

Bien que les sanctions continuent d’être utilisées à mauvais escient, beaucoup les considèrent encore comme un outil légitime pour contrer les violations du droit international.

Comme l’a récemment déclaré Josep Borrell, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères, devant le Conseil de sécurité des Nations unies : “[Les sanctions] sont un instrument clé à notre disposition pour lutter contre les violations du droit international, la prolifération des armes, l’acheminement d’armes vers les zones de guerre… pour combattre les violations des droits de l’homme et cibler les individus qui cherchent à saper les processus de paix… Elles sont conçues pour provoquer un changement de politique ou d’activité”.

Selon la logique de Borrell, il n’y a aucune raison pour que des sanctions ne soient pas imposées au régime israélien afin de le tenir responsable de ses nombreuses violations du droit international.

Pourtant, le régime israélien, qui a été décrit comme un régime d’apartheid par les organisations de défense des droits de l’homme et qui fait actuellement l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale pour avoir commis des crimes de guerre contre le peuple palestinien, n’a jamais fait l’objet de telles sanctions.

En effet, il est assez remarquable que, même si tous les gouvernements israéliens ont jusqu’à présent violé les droits des Palestiniens, les pays occidentaux, qui sont par ailleurs prompts à sanctionner ceux qui enfreignent les normes juridiques internationales, ne l’ont pas fait avec Israël.

De plus, le régime israélien continue à entretenir des relations diplomatiques et commerciales étroites avec la plupart des pays de la communauté internationale.

Israël continue de faire partie d’organes médiatiques comme l’Eurovision et de projets de recherche de l’UE comme Horizon 2020. Il bénéficie également de contrats d’armement lucratifs et d’un soutien financier.

Les États-Unis, le soutien le plus généreux d’Israël, lui ont fourni à ce jour quelque 146 milliards de dollars d’aide militaire et financière.

Les pays européens ont également toujours soutenu l’armée israélienne, lui fournissant pour quelque 777 millions d’euros (927 millions de dollars) d’armes entre 2013 et 2017.

De toute évidence, le régime israélien n’est pas l’État paria qu’il devrait être.

Même la simple suggestion de sanctionner le régime israélien provoque des accusations de partialité à son égard. Pourtant, les sanctions, telles que décrites dans le droit international, sont une réponse légitime aux actes ininterrompus d’Israël qui sapent le droit international.

Le fait de ne pas les utiliser contre le régime israélien d’apartheid, tourne en dérision l’ordre juridique international et les droits de l’homme.

Yara Hawari

Yara Hawari est Senior Palestine Policy Fellow d’Al-Shabaka. Elle a obtenu son doctorat en politique du Moyen-Orient à l’Université d’Exeter, où elle a enseigné en premier cycle et est chercheur honoraire. En plus de son travail universitaire axé sur les études autochtones et l’histoire orale, elle est également une commentatrice politique écrivant régulièrement pour divers médias, notamment The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera.

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