Tiré de Entre les lignes et les mots
Sur les réseaux sociaux, ces offensives sexistes visent à les intimider, les discréditer et les réduire au silence. Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités indiennes d’y mettre fin sans délai, d’introduire dans le droit pénal la criminalisation de certaines formes de cyberharcèlement avec des circonstances aggravantes pour les auteurs et les responsables de ces infractions lorsque celles-ci visent des journalistes femmes
Les réseaux sociaux sont une arme de choix contre les femmes journalistes en Inde. Celles-ci font face ces dernières années à une montée en puissance du harcèlement en ligne, accompagné de menaces et violences sexistes. « Quand on regarde l’ampleur de ce qui se passe, c’est clairementsans précédent », assure la rédactrice en chef et cofondatrice du média en ligne The News Minute, Dhanya Rajendran. « Dès que vous publiez quelque chose – que ce soit sur le cinéma, la politique ou le milieu des affaires – des groupes s’organisent désormais sur Telegram ou WhatsApp pour venir tout simplement vous insulter », continue-t-elle. Puis l’attaque est démultipliée : « Il y a ensuite 50 à 100 chaînes YouTube gérées par le même groupe de personnes qui vont amplifier cela », avant que des médias grand public ne reprennent l’attaque : il est alors impossible de contenir l’exposition.
La journaliste indépendante Neha Dixit poursuit : « Lorsque des journalistes hommes sont attaqués, on les accuse souvent d’être payés ou corrompus ; mais lorsque ce sont des femmes, on les traite immédiatement de salopes, de prostituées, et des menaces de viol suivent aussitôt ». Et ce, en toute impunité.
« RSF s’inquiète de la perpétuation de ces campagnes en ligne de discrédit et de menaces sordides contre les femmes journalistes, par des auteurs qui ne sont jamais inquiétés. Cette impunité totale mine la liberté de la presse et met en danger les professionnelles des médias. Les autorités indiennes doivent y mettre fin et poursuivre les auteurs de harcèlement et de menaces. Il est indispensable de permettre aux femmes journalistes d’exercer sans crainte. Les plateformes doivent également remplir leur devoir de modération et lutter contre les menaces anonymes et les campagnes coordonnées en mettant en œuvre toutes les mesures de retrait de contenus et de suspension de comptes prescrites par la loi applicable
Célia Mercier, Responsable du bureau Asie du Sud de RSF
Les femmes musulmanes sont particulièrement ciblées, comme l’ont montré les attaques répétéescontre l’éditorialisteRana Ayyub depuis 2024, et plus récemment contre la journaliste indépendante Gafira Kadir. Au-delà des menaces, le risque d’attaque est réel : la journaliste du tabloïd Lankesh Patrike Gauri Lankesh, harcelée en ligne, a été froidement abattue devant son domicile à Bangalore en 2017.
Pour lutter contre le cyberharcèlement sexiste, RSF partage sur sa plateforme « Resources for Journalists », le guide pratique de l’organisation Women in media, qui présente la réponse à mener dans les 24 premières heures suivant une attaque.
https://rsf.org/fr/video-inde-le-cyberharcèlement-sexiste-étouffe-le-travail-des-femmes-journalistes
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