Édition du 7 avril 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Intervention d’Haroun Bouazzi à l’Assemblée nationale sur le budget Girard

26 mars 2026

Motion de grief :

Que l’Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour son budget qui ne prévoit ni mesure de nationalisation des parcs éoliens ni investissements significatifs dans la transition écologique et qui prive le Québec de leviers stratégiques et de revenus essentiels pour l’État dans un contexte où investir massivement dans l’énergie propre et publique constitue à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique majeure pour le Québec.

M. Bouazzi : Merci, M. le Président. Ça fait maintenant mon troisième budget et c’est avec la même consternation que je me lève devant vous pour le commenter. Car, M. le Président, les crises auxquelles nous sommes confrontés n’ont pas baissé au Québec et, d’ailleurs, dans le monde. Je rappelle que la crise climatique ne fait que s’accélérer, que la crise de l’habitation ne fait que s’accélérer, que, depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir, il y a eu 40 % d’augmentation en itinérance. Aujourd’hui même, deux personnes itinérantes sont mortes dans les rues de Montréal, sont mortes dans les rues de Montréal. Il n’y a pas... jamais eu autant de personnes qui font la file dans les banques alimentaires, pratiquement 1 million de Québécoises et de Québécois, et plus de Québécoises que de Québécois. M. le Président, pour un gouvernement qui nous parle, nous gargarise d’égalité, on fait la file dans les banques alimentaires.

Dans ma circonscription, le nombre de personnes qui font la file dans les banques alimentaires a doublé depuis l’arrivée de ce gouvernement. Il y a maintenant huit ans, la majorité des personnes qui faisaient la file étaient des personnes sur l’aide sociale ou qui avaient toutes sortes de handicaps dans la vie. Aujourd’hui, on voit une augmentation constante des retraités, des personnes qui travaillent à plein temps, d’étudiants. Et pour cause, M. le Président, près d’un Québécois sur deux, aujourd’hui à l’université, 44 % pour être précis, souffre d’insécurité alimentaire. C’est un problème de dignité. C’est un problème d’égalité. C’est un problème de santé publique auquel, encore une fois, ce gouvernement ne s’attaque pas.

Nous avons, devant nous, des services publics auxquels nous ne sommes pas capables de répondre avec le budget actuel. Mes collègues en ont parlé longuement. En matière d’éducation, nos écoles sont délabrées, le système à trois vitesses où aujourd’hui on sait... pire encore que juste financer le privé, que les augmentations en pourcentage du financement du privé augmentent plus vite que celles du public, alors que c’est dans le public où les besoins se font criants.

En matière de santé, nous avons vu les différents hôpitaux dans une situation dramatique : des rongeurs, des fuites d’eau, des chauves-souris, des rats. C’est terrible, M. le Président. Et, encore une fois, les investissements sont insuffisants. Nous avons même vu, dans les dernières années, des personnes mourir dans les salles d’attente, M. le Président, parce qu’il y a... ils ont mis des heures et des heures pour être rencontrées. Et malheureusement le devoir de l’État n’a pas été rencontré, et ces personnes-là, après des heures d’attente, sont décédées dans les salles d’attente.

Mais, aujourd’hui, je vais prendre le temps qui m’est imparti pour parler d’autres sujets dont on ne parle pas assez. Étant donné, à juste titre, l’importance de la santé et de l’éducation, je vais parler plus largement de l’état de nos infrastructures, de la question de la justice, de la question du numérique et de la question de l’énergie.

Donc, commençons d’abord par les questions de l’infrastructure. Et vous m’excuserez, M. le Président, étant donné ma formation d’ingénieur, je vais très largement citer le rapport de l’Ordre des ingénieurs,qui est sorti il y a maintenant quelques mois.

Nos infrastructures sont dans un état délabré. Et c’est normal, M. le Président, la plupart de nos infrastructures ont été construites pendant la Révolution tranquille, et leur durée utile... leur durée de vie utile ; ...nos infrastructures ont été construites pendant la Révolution tranquille et leur durée utile... leur durée de vie >utile arrive à sa fin à peu près toutes en même temps. Ce que nous dit l’Ordre des ingénieurs, c’est que la situation, actuellement, c’est... 46 % des infrastructures sont... québécoises sont dans un état inquiétant, une augmentation de 4 % par rapport à l’année dernière. Le déficit, le défi ne cesse de croître, puisqu’il est passé de 40 à 45 milliards de dollars depuis l’an dernier, un manque à gagner qui va s’élever, d’ici 2035, à 75 milliards de dollars.

Là, je ne leur demande pas d’être de gauche, M. le Président. Je leur demande juste de planifier quelque chose qui est simple à planifier, la mise à jour de nos infrastructures, celles qui existent déjà.Je comprends que c’est toujours mieux de couper des rubans quand nous sommes élus, mais, étant donné l’état de nos routes, de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos ponts, de notre transport en commun, il est largement temps de mettre de l’avant une planification à long terme, sur cinq ans, avec du financement adéquat. Nous ne sommes même pas capables de savoir quel est le réel état des infrastructures, et je rajoute que 60 % du parc des infrastructures, en fait, dépend des municipalités, et la vision qu’on a sur la situation est, pour le moins qu’on puisse dire, approximative.

En matière d’énergie, ce gouvernement continue à exercer un énorme transfert d’argent du public vers le privé puisqu’il s’entête à ne pas nationaliser les différentes éoliennes qui sont faites depuis l’année... le début des années 2000. Vous le savez comme moi, M. le Président, aucune des éoliennes qui a été construite n’appartient à 100 % à Hydro-Québec, et, j’espère que ce n’est un scoop pour personne ici, le privé est là pour faire de l’argent. Il se garde une cote à chaque kilowattheure, qu’il envoie aux actionnaires, quand il n’envoie pas carrément les revenus dans des paradis fiscaux, comme nous l’avons vu avec Brookfield, dont, jusqu’à récemment, un des anciens employés était chef de cabinet des deux derniers ministres de l’Énergie.

En matière d’énergie, nous allons aussi décider de mettre une énorme partie de notre énergie verte pour l’intelligence artificielle, d’énormes centres de données qui, vous le savez comme moi, n’apportent pas de nouveaux emplois. Nous n’avons toujours pas une politique, au Québec, qui encadre l’utilisation de l’intelligence artificielle, alors qu’on sait le coût exorbitant en matière d’eau potable, en matière d’énergie, en matière de minerai et en matière... sociaux, parce que je rappelle ici qu’un engin d’intelligence artificielle ne paie pas d’impôt et que ces compagnies-là se trouvent à l’étranger. Pour vous donner un ordre de grandeur, M. le Président, actuellement, il y a 82 centres de données, au Québec, qui consomment 150 mégawatts.L’objectif est de passer à 1 100 mégawatts, M. le Président, une augmentation de plus de 500 %.

Laissez-moi vous parler maintenant de la question de la justice.La situation est absolument dramatique. Il y a des coupes à tous les niveaux. Depuis novembre 2025, moins 7,9 % des effectifs au ministère de la Justice, moins 11,4 % au DPCP, moins 9 % des effectifs au Tribunal administratif du Québec, moins 6,6 % au Curateur public. Les centres de gestion des appels de la Sûreté du Québec sont débordés. 10 bureaux régionaux des infractions et des amendes ont été fermés dans les régions. Les centres d’appels du gouvernement, que ce soit au TAL, à l’IVAC et ailleurs, sont débordés aussi.

Et, pire encore, alors que la justice garantit notre pleine citoyenneté, à cause du manque... à cause du manque de ressources, tenez-vous bien, M. le Président, 46 %... non, 44 % des procureurs confirment avoir déjà renoncé à autoriser des poursuites criminelles ou avoir abandonné des poursuites en cours en raison d’un manque de ressources, c’est 55 % pour les tribunaux spécialisés en violence sexuelle et conjugale. C’est bien beau de parader devant les médias et nous dire qu’il y a des nouvelles... des nouveaux processus pour les personnes qui sont victimes d’agression sexuelle, mais, s’il n’y a pas les ressources pour pouvoir faire le suivi et mettre en place le processus, eh bien, on abandonne ces femmes.

On les abandonne aussi parce qu’il n’y a pas, malheureusement, assez de ressources quand elles sont victimes de violence et qu’elles fuient, elles fuient chez elles, puisque, malheureusement, nous ne sommes pas capables de les accueillir dans des environnements... dans des environnements sécuritaires.

Je pourrais continuer beaucoup. Laissez-moi dire un mot... Au Numérique, plus de 10 %, au ministère du Numérique, de baisse, malgré le fait que la première recommandation du juge Gallant, la première recommandation, c’est d’avoir une expertise bien payée, locale, pour éviter les centaines de millions de gaspillage de ce gouvernement qui a été fait. Même la recommandation n° 1 du juge Gallant n’a pas été suivie.

Malheureusement, l’argent existe, les milliardaires s’empiffrent, les gens les plus riches accaparent la grande majorité des augmentations.

Motion formulant un grief

Et laissez-moi... Je n’ai plus de temps, malheureusement, M. le Président. Laissez-moi vous lire la motion de grief que je propose :

« Que l’Assemblée nationale blâme le gouvernement de la CAQ et le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour son budget qui ne prévoit ni mesure de nationalisation des parcs éoliens ni investissements significatifs dans la transition écologique et qui prive le Québec de leviers stratégiques et de revenus essentiels pour l’État dans un contexte où investir massivement dans l’énergie propre et publique constitue à la fois une nécessité écologique et une opportunité économique majeure pour le Québec. »

Merci, M. le Président.

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Haroun Bouazzi

Coprésident de l’Association des Musulmans et des Arabes pour la Laïcité au Québec

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