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Mojtaba Khamenei s’oriente-t-il vers une confrontation plus directe avec les États-Unis, ou la logique des intérêts du régime finira-t-elle par l’emporter sur les slogans de vengeance ?
Alors que les tensions entre Téhéran et Washington s’intensifient, le nouveau guide de la République islamique a diffusé des messages contradictoires, ravivant le débat sur l’équilibre des pouvoirs entre :
– les principistes (en anglais hardliners),
– les pragmatiques
– l’institution du velayat-e faqih (l’autorité du Guide suprême).
Dans des entretiens avec plusieurs sociologues et analystes, Radio Zamaneh examine le premier test de leadership de Mojtaba Khamenei et les perspectives de prise de décision en République islamique.
Après la signature, le 17 juin 2026, du mémorandum d’Islamabad par le président américain Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian, il semblait que les pragmatiques avaient pris l’ascendant dans la lutte interne entre les ailes pragmatique et idéologique du pouvoir en place en République islamique, et que l’Iran émergeait des flammes de la guerre.
Pourtant, lors des funérailles d’Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique tué au combat, les partisans les plus radicaux du régime ont tellement attisé les soifs de vengeance et de représailles que le climat politique s’en est trouvé bouleversé.
Lors des funérailles et de l’inhumation de Khamenei, les orateurs, les participants et les manifestants ont réclamé à plusieurs reprises l’assassinat de Donald Trump.
Ce discours a désavantagé les pragmatiques tels que Pezeshkian, Mohammad Bagher Ghalibaf et Abbas Araghchi, tandis que les négociations avec les États-Unis étaient perçues comme une « trahison du sang du leader martyr ».
Le soir du 10 juillet, Ali Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique, a déclaré dans un discours prononcé au mausolée de Fatima Masumeh à Qom :
« Négocier ne signifie pas la paix avec les États-Unis. La négociation est elle-même un champ de bataille. Quiconque adresse un message d’amitié aux États-Unis a une bouche vile et impure. »
Mojtaba Khamenei
Le lendemain, le 11 juillet, Mojtaba Khamenei publia un message à l’occasion des funérailles et de l’inhumation d’Ali Khamenei. S’adressant à son père, il écrivit :
« Nous jurons de venger votre sang pur et celui de tous les martyrs de ces deux guerres, versé par ces criminels infâmes. Cette vengeance est l’exigence de notre nation et doit être accomplie. Ces criminels, dont l’identité est connue de tous, du plus haut au plus bas échelon de la hiérarchie, emporteront leur rêve d’une mort paisible dans leur lit jusqu’à la tombe. »
Dans un message précédent datant de fin juin, où il évoquait son acceptation du mémorandum, il avait écrit :
« En principe, j’avais un avis différent. Cependant, étant donné que le président, en sa qualité de président du Conseil suprême de sécurité nationale, m’a donné l’engagement, en son nom et au nom des autres membres, de sauvegarder les droits de la nation iranienne et du Front de résistance, et qu’il en a explicitement assumé la responsabilité, j’ai autorisé l’accord. »
Dans son dernier message, il a toutefois menacé d’assassinat les responsables politiques et militaires américains et israéliens, rendant considérablement plus difficile pour Pezeshkian et Ghalibaf de transformer le mémorandum signé en un accord définitif.
Au-delà du contenu menaçant du message de Mojtaba Khamenei, l’attaque menée par la République islamique contre trois navires marchands dans le détroit d’Ormuz le 7 juillet – avant même les funérailles d’Ali Khamenei – a déclenché des frappes américaines contre des cibles militaires dans le sud de l’Iran le 9 juillet, jour des obsèques. Ces frappes ont marqué le début d’une série de violents bombardements américains ces derniers jours contre les côtes et les régions méridionales de l’Iran, de Chabahar à Bushehr et au Khuzestan.
Cette nouvelle situation, près d’un mois après la signature du mémorandum d’Islamabad, a considérablement réduit les perspectives d’un accord entre l’Iran et les États-Unis – un accord qui, aux termes du mémorandum, était censé être conclu dans un délai de 30 jours.
L’escalade des tensions entre la République islamique et les États-Unis — malgré l’approbation du mémorandum d’Islamabad par 11 des 12 membres présents à la réunion convoquée pour l’accepter ou le rejeter — démontre combien il est difficile pour Mojtaba Khamenei de se détacher de l’héritage politique de son père.
Certains observateurs politiques estiment néanmoins que le climat qui régnait à la mi-juillet était largement dû aux funérailles d’Ali Khamenei. Pour exercer pleinement le pouvoir, au lieu de demeurer dans la clandestinité comme Oussama ben Laden ou Abou Bakr al-Baghdadi, Mojtaba Khamenei a besoin d’un accord avec les États-Unis.
Pourtant, le caractère idéologique de la République islamique, conjugué aux attentes de sa base militante fervente, a longtemps fait obstacle à toute normalisation des relations avec les États-Unis. Les attentes populaires entravent souvent l’action des dirigeants politiques, limitant leur marge de manœuvre.
L’hésitation de Mojtaba Khamenei entre
– la préférence du Conseil suprême de sécurité nationale pour la négociation
– l’appétit belliqueux des militants sur le terrain
témoigne de son manque de marge de manœuvre : il dirige un gouvernement anti-américain, mais on attend de lui qu’il dépasse ce seul cadre.
Ali Afshari : L’institution de Velayat-e Faqih ne supportera pas le coût d’une « retraite tactique »
Cet analyste de la politique iranienne a déclaré à Radio Zamaneh qu’il ne fallait pas surestimer l’opposition entre les radicaux et les modérés au sein de l’actuel pouvoir dirigeant de la République islamique :
« La dichotomie entre radicaux et modérés n’est pas profondément ancrée dans la République islamique. Elle a sa place, certes, mais seulement comme facteur secondaire, et n’influence pas les décisions fondamentales. La structure décisionnelle de la République islamique est essentiellement concentrée autour d’un point central : l’institution du velayat-e faqih. Cette institution repose sur un mouvement totalitaire dont l’idéologie est un fondamentalisme islamique chiite. Ce mouvement a porté M. Khomeini au pouvoir avant la révolution ; de son leadership est née l’institution du velayat-e faqih ; et sous le premier Khamenei, cette institution s’est développée sur les plans organisationnel et institutionnel. »
Selon Afshari, cette institutionnalisation constitue le principal fondement des positions radicales. Pourtant, il est dans l’intérêt de l’institution de ne pas l’affirmer ouvertement, mais de guider ces formes d’extrémisme en partie en coulisses. À certains moments, les exigences de la gouvernance l’obligent également à faire preuve d’opportunisme tactique.
Afshari soutient que la base sociale qui appuie le velayat-e faqih ne peut comprendre ce calcul tactique. La République islamique privilégie en fin de compte les intérêts du régime à une conduite inspirée par l’Achoura et axée sur la défense de ses valeurs idéologiques. Il a poursuivi :
C’est pourquoi nous observons un cycle de « belligérance stratégique » et d’« opportunisme tactique ». À certains moments, cela empêche le guide suprême d’adopter ouvertement des positions identiques à celles des conservateurs, mais les décisions du système finissent par s’aligner sur les leurs. Lorsque le système est contraint de négocier ou de reculer d’une manière ou d’une autre devant le « Grand Satan », ni le guide ni l’institution du velayat-e faqih n’ont à en payer le prix politique. Les conditions sont donc aménagées de sorte que les forces présentées comme influencées par l’Occident ou révisionnistes effectuent ce repli tactique.
« La prise de décision institutionnelle » permet au dirigeant suprême d’échapper à ses responsabilités.
Afshari, s’exprimant sur la manière dont l’institution du velayat-e faqih se dérobe à ses responsabilités et sur le rôle que jouent les partisans radicaux de la République islamique en son sein, a ajouté :
Du point de vue du velayat-e faqih, ni l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) ni le mémorandum d’Islamabad ne sont conformes aux idéaux et aux valeurs de la Révolution islamique. Ils doivent être présentés comme des événements ponctuels imposés aux dirigeants du système, qui les ont acceptés par simple opportunisme.
Plus récemment, des responsables affirment que des « décisions institutionnelles » sont prises au sein du Conseil suprême de sécurité nationale. Cela permet au Guide suprême de se soustraire à toute responsabilité quant aux décisions du système.
À mon avis, l’approche de Mojtaba Khamenei concernant le mémorandum d’Islamabad a jusqu’à présent reflété celle d’Ali Khamenei concernant l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA).
Afshari estime que la mobilisation des radicaux vise à empêcher toute normalisation des relations entre l’Iran et les États-Unis et à préserver l’orientation fondamentalement conflictuelle de la politique étrangère. Cependant, les radicaux n’ont pas entravé le processus décisionnel du système. Ce dernier a signé le mémorandum, et la plupart des signataires soutiennent également une confrontation militaire dans le détroit d’Ormuz dans les conditions actuelles.
Les radicaux accentuent également la pression sur les révisionnistes, ce qui permet à l’institution du velayat-e faqih d’équilibrer les forces au sein du pouvoir.
Taghi Azad Armaki : De l’accent mis par Mojtaba sur la « vengeance » à l’appel de Mostafa à la « patience »
Contrairement à Ali Afshari, Taghi Azad Armaki, professeur de sociologie à l’université de Téhéran, ne considère pas l’accent mis par Mojtaba Khamenei sur la vengeance comme une preuve définitive de son rapprochement avec les radicaux et de son éloignement des politiques prônées par les modérés de la République islamique. Il a déclaré à Radio Zamaneh :
« M. Mojtaba Khamenei a perdu son père, sa femme et d’autres proches lors de l’attaque israélienne et américaine ; une réaction radicale de sa part était donc prévisible. Je comprends l’appel à la vengeance dans son dernier message comme une réaction verbale à l’injustice subie par sa famille. Je ne pense pas qu’il soit tombé sous l’influence des radicaux, car ces derniers ne sont pas particulièrement nombreux en Iran et la plupart des religieux ne partagent pas leurs positions. Ils tentent de placer Mojtaba Khamenei sous le contrôle du Front Paydari (Front pour la stabilité de la révolution islamique/Front de la Fermeté), existe depuis 2011, principaliste, Ahmadinejad en est membre).
Le message incisif du nouveau dirigeant était également une réaction aux funérailles de son prédécesseur, d’autant plus que les médias d’État en ont exagéré l’ampleur. Quiconque est coupé du monde ne peut en comprendre les réalités. En définitive, un message aussi dur était naturel, mais cela ne signifie pas que le nouveau dirigeant de la République islamique soit passé sous l’emprise des radicaux. »
Mostafa Khamenei, frère aîné de Mojtaba Khamenei
Trois jours après le message de Mojtaba Khamenei, le 14 juillet, son frère aîné Mostafa s’est adressé à un rassemblement de partisans du gouvernement à la Grande Mosquée de Téhéran. Évoquant l’assassinat d’Ali Khamenei et la réponse appropriée, il a déclaré : « Face à cette immense calamité, la question de la patience se pose, comme le souligne le Coran. » Il a ensuite ajouté :
« La patience, au sens propre, consiste à endurer cette immense calamité de manière à poursuivre notre chemin avec fermeté et droiture jusqu’à atteindre notre but final. La patience n’est donc aucunement incompatible avec la vengeance et la confrontation avec les malfaiteurs de ce monde qui ont participé à ces crimes odieux. »
Bien que les propos du fils aîné aient semblé contradictoires, son message principal était probablement l’accent mis sur la « patience ». Son objectif probable, en exhortant ceux qui réclamaient vengeance pour Ali Khamenei à rester patients, était de calmer le climat politique tendu parmi les partisans les plus fervents du système – un climat qui les avait conduits à insulter Pezeshkian et Araghchi lors des funérailles de Khamenei.
Azad Armaki a décrit les propos de Mostafa Khamenei lors de la cérémonie commémorative en l’honneur de son père à Téhéran et son rôle politique potentiel dans les conditions actuelles :
« Je crois que le rôle de Mostafa Khamenei dans la politique iranienne est plus déterminant que celui de Mojtaba. L’ayatollah Khamenei a confié les cérémonies funéraires à son fils aîné, Mostafa, et, comme nous l’avons vu, ce dernier a également dirigé la prière funéraire pour son père au mausolée de l’imam Reza. De plus, lors de la cérémonie commémorative de son père, Mostafa Khamenei n’a pas repris les propos des radicaux et a tenu des propos modérés. Globalement, je pense que la société évolue vers la modération plutôt que vers la vengeance. Si Mostafa et Mojtaba ne parviennent pas à un accord, nous pourrions assister à une scission au sein de la famille Khamenei, entre radicaux et modérés. Cependant, je ne crois pas que Mojtaba Khamenei se soumettra aux exigences du Front Paydari, car les conditions qui ont poussé la République islamique à négocier avec les États-Unis demeurent. »
Un sociologue principiste : l’ancien modèle de Velayat-e Faqih ne peut plus perdurer
Radio Zamaneh s’est également entretenu avec un sociologue proche du camp principiste, ou conservateur. À la question de savoir si, compte tenu des événements de 2025-2026, Mojtaba Khamenei « resterait en vie assez longtemps pour diriger le système de manière normale », le sociologue a répondu :
« Je ne souhaite pas me prononcer sur les chances de survie du dirigeant actuel. Mais je ne crois pas que le velayat-e faqih puisse perdurer sous la forme qu’il a connue sous le deuxième dirigeant de la République islamique. Nous sommes entrés dans la troisième ère de la République islamique, et cette troisième république manque de cohésion politique. Le guide suprême ne bénéficie plus du même soutien populaire, et le clergé ne perçoit plus cette institution de la même manière qu’auparavant. »
Le sociologue a indiqué que de nombreux partisans influents du second dirigeant du régime ont été tués lors du récent conflit. La société iranienne, dans son ensemble, n’est plus la même qu’à la fin des années 1980, époque où elle était prête à accepter la forme de pouvoir suprême en vigueur depuis 37 ans. Elle est lasse de ce « leadership idéologique ». Aujourd’hui, l’État doit subvenir aux besoins matériels fondamentaux de la population ; la situation est radicalement différente de celle des décennies précédentes.
Hamid Asefi : Les extrémistes finissent par se soumettre au noyau dur du pouvoir
Cet analyste politique iranien , a été arrêté en mars 2026, cinq jours après le début de l’attaque américano-israélienne contre la République islamique. Il partage globalement l’avis d’Ali Afshari et de Taghi Azad Armaki. Bien que Mojtaba Khamenei ait repris les appels à la vengeance lancés par la foule lors des funérailles dans son dernier message, Asefi estime qu’il finira par prendre ses distances avec les conservateurs si les intérêts du régime l’exigent. Il a déclaré à Radio Zamaneh :
En République islamique, le principe d’« opportunisme » peut tout bloquer. Lorsque les fondements du système sont menacés, l’opportunisme prime sur l’idéologie et toute autre question de prestige. La République islamique est un régime aux multiples voix.
L’une d’elles, favorable à la négociation, s’est fait entendre au sein du Conseil suprême de sécurité nationale. La plupart des membres du Conseil ont approuvé des négociations avec les États-Unis, et M. Mojtaba Khamenei a accepté cette décision.
Mais le Guide suprême doit conserver le courant intransigeant qui s’oppose à la négociation car,
– d’une part, il sert de levier pour attaquer les rivaux et régler les comptes entre factions ;
– d’autre part, il mobilise les partisans et s’empare de la scène politique.
Cependant, dans les décisions majeures, les courants intransigeants n’ont aucune influence réelle. Lorsque le noyau dur du système opte pour la négociation, un accord ou toute autre solution qui déplaît aux intransigeants, ces derniers peuvent protester, mais dans les faits, ils sont mis en échec.
Asefi considère le Conseil suprême de sécurité nationale comme l’un des piliers du pouvoir, l’autre étant le Bureau du Guide suprême.
Ce noyau a le dernier mot et se concentre actuellement sur les négociations.
Asefi affirme qu’il reste difficile de comprendre pourquoi la vengeance a pris une telle place lors des funérailles du deuxième dirigeant de la République islamique et pourquoi les négociations ont ensuite dégénéré en affrontements militaires.
Il estime néanmoins que les deux camps semblaient préférer une confrontation militaire avant la prochaine série de négociations, espérant ainsi améliorer leur position de négociation.
Source : https://en.radiozamaneh.com/38253/











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