Édition du 29 septembre 2026

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« J’ai réussi à défendre ma dignité personnelle » : une femme remporte une rare victoire judiciaire dans le cadre du mouvement #MeToo en Chine

Travail

Une ancienne stagiaire et employée s’est vu accorder 5 000 yuans (554 £) de dommages-intérêts pour préjudice moral après que le tribunal a conclu que son ancien responsable l’avait harcelée

Tiré de Entre les lignes et les mots

26 juillet2026

Une femme en Chine a remporté une victoire judiciaire exceptionnelle dans une affaire de harcèlement sexuel sur le lieu de travail.

Cette femme, ancienne stagiaire puis employée de «  Beijing Grassland Alliance  », une ONG environnementale, s’est vu accorder 5 000 yuans (554 £) de dommages-intérêts pour préjudice moral, à verser par son ancien responsable, dont le tribunal a jugé qu’il l’avait harcelée sexuellement. Ce dernier a également été condamné à lui adresser des excuses par écrit.

Cette affaire constitue un exemple rare de plainte pour harcèlement sexuel gagnée par une employée dans un pays où le mouvement #MeToo a suscité la colère de millions de femmes, mais a été rapidement étouffé par les autorités. Les discussions sur le harcèlement sexuel ont brièvement fait surface sur les réseaux sociaux, mais ont ensuite été censurées afin d’empêcher que le débat ne se transforme en un mouvement social plus large, le hashtag #MeToo ayant été bloqué.

Le jugement avait initialement été rendu en janvier et confirmé en appel la semaine dernière.

« J’ai réussi à défendre ma dignité personnelle », a déclaré la jeune femme, qui a demandé à être désignée par son surnom, Xiong, afin de protéger sa vie privée. Elle a ajouté que ce résultat « avait dépassé ses attentes  ».

Xiong a rejoint l’Alliance des prairies de Pékin en tant que stagiaire début 2022 dans le Fujian, une province du sud-est de la Chine où elle étudiait à l’époque.

Peu après son arrivée, elle a déclaré que son responsable, un homme de dix ans son aîné, avait commencé à la harceler sexuellement. Son comportement consistait notamment à faire des blagues sur la taille de son soutien-gorge, à lui tenir la main et à lui envoyer des SMS à connotation sexuelle.

Dans un message présenté comme preuve, son responsable écrivait : «  Ne te laisse pas emporter par l’amour et ne passe pas tout ton temps avec ta copine, pense davantage à moi ».

Dans un autre, il ajoutait : « J’ai un faible pour toi  ».

Xiong a détaillé son expérience dans un essai publié sur WeChat l’année dernière, dans lequel elle explique qu’elle n’avait pas immédiatement perçu les blagues de son responsable sur la taille de son soutien-gorge comme du harcèlement.

« Je ne me rendais pas compte qu’il s’agissait de harcèlement sexuel ; l’ambiance était joyeuse et ma gêne ainsi que mon sentiment de malaise semblaient déplacés  », a écrit Xiong.

Xiong a expliqué que lorsqu’elle avait tenté de parler de cette expérience à des personnes de son secteur, ses inquiétudes avaient été balayées d’un revers de main. Ce n’est qu’après avoir discuté avec DeepSeek, un chatbot chinois basé sur l’IA, qu’elle a eu le sentiment que sa souffrance était prise au sérieux, a-t-elle déclaré.

Elle a quitté l’ONG en 2024 et a intenté l’année dernière une action en justice contre son ancien responsable.

Beijing Grassland Alliance n’a pas répondu à une demande de commentaire et l’ancien responsable de Xiong n’a pas pu être joint pour s’exprimer.

Ce n’est que depuis 2021 que les victimes de harcèlement sexuel ont le droit de poursuivre les auteurs, y compris les entreprises, au titre de la responsabilité civile. Mais les affaires de ce type sont extrêmement rares.

Une étude réalisée en 2018 a révélé que seules 34 décisions judiciaires rendues entre 2010 et 2017 portaient principalement sur le harcèlement sexuel au travail. La majorité de ces affaires avaient été intentées par des salariés licenciés après avoir été accusés de harcèlement sexuel.

May Lu, associée gérante du cabinet d’avocat·es Shanghai Yaowang et spécialisée dans les questions liées au droit du travail, a déclaré que ces dernières années, on observait une augmentation du nombre de victimes de harcèlement sexuel intentant des actions en justice, grâce à l’influence du mouvement #MeToo et à l’évolution de la législation chinoise. «  Mais dans l’ensemble, on ne peut pas dire qu’il soit courant de voir de telles affaires aboutir  », a-t-elle ajouté. «  L’une des raisons est que, culturellement, il est difficile pour les femmes de dénoncer le harcèlement sexuel ».

Le débat mondial sur la lutte contre le harcèlement sexuel, déclenché par les révélations concernant le producteur hollywoodien Harvey Weinstein en 2017, a suscité de vives discussions en Chine, de nombreuses femmes partageant leurs propres expériences en ligne. Mais bon nombre de ces témoignages ont été censurés par les autorités.

En 2018, Zhou Xiaoxuan, une ancienne stagiaire de la chaîne publique CCTV, a accusé un présentateur de télévision très en vue, Zhu Jun, de l’avoir embrassée de force et de l’avoir tripotée. L’accusation est devenue virale et Zhou, également connue sous son surnom Xianzi, est devenue l’un des visages les plus reconnaissables du mouvement MeToo naissant en Chine. Elle a toutefois perdu son procès contre Zhu pour manque de preuves. Zhu, qui a nié les faits, a également intenté une contre-poursuite contre Zhou pour diffamation, bien que cette affaire ait ensuite été classée sans suite.

En 2021, la joueuse de tennis professionnelle Peng Shuai a disparu après avoir publiquement accusé l’ancien vice-Premier ministre Zhang Gaoli de l’avoir contrainte à avoir des relations sexuelles. Elle est réapparue par la suite et a déclaré qu’il y avait eu un « malentendu » concernant sa publication sur les réseaux sociaux et qu’elle n’avait jamais porté d’accusations d’agression sexuelle. Zhang n’a pas commenté publiquement ces allégations.

L’affaire de Xiong a abouti en partie parce qu’elle a pu fournir des preuves issues de conversations WeChat entre elle-même et des collègues de Beijing Grassland Alliance, notamment avec son ancien manager. Parmi celles-ci figuraient des excuses de la part de son ancien manager pour l’avoir mise mal à l’aise. Ce dernier a fait valoir devant le tribunal que ces excuses visaient à apaiser une relation professionnelle plutôt qu’à constituer un aveu de culpabilité.

Le jugement a également reconnu l’existence de déséquilibres de pouvoir sur le lieu de travail. « En tant que chef d’équipe, les paroles et les actes d’une personne ont un impact bien plus important sur les employées que ceux de collègues ordinaires  », indique le jugement.

«  Par conséquent, un responsable doit faire preuve d’une plus grande circonspection quant à la portée de ses paroles et de ses actes, et respecter pleinement la dignité personnelle des employées.  »

Amy Hawkins à Beijing
https://www.theguardian.com/world/2026/jul/03/china-woman-sexual-harassment-me-too-court-victory
traduction DE

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