Édition du 20 janvier 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Journée de commémoration et d’actions contre les violences faites aux femmes

Le 6 décembre dernier à Québec, une centaines de femmes ont manifesté contre les violences faites aux femems dans le cadre des 12 jours contre les violences faites aux femmes. Vous trouverez le communiqué de presse émis par le Regroupement des groupes de femmes de de la région de la Capitale nationale (RGF) et le texte de discours prononcés à cette occasion.

Québec, le 6 décembre 2025 - Aujourd’hui, le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale (RGF-CN) a organisé une marche dans le quartier Limoilou dans le cadre de la Journée de commémoration et d’actions contre les violences faites aux femmes. Rappelant l’horreur du plus grand féminicide vécu au Québec, soit la tuerie de Polytechnique en décembre 1989, le RGF-CN a dénoncé toutes les violences vécues par les femmes et interpellé les gouvernements sur leur responsabilité face à la lutte contre les violences.

La manifestation a permis de dénoncer les féminicides, ainsi que les violences sexuelles et conjugales. 16 féminicides connus ont eu lieu cette année au Québec. Rappelons que les féminicides sont la pointe de l’iceberg des violences vécues par les femmes. Près de la moitié des femmes (44%) ont subi au moins une forme de violence entre partenaires intimes (violence psychologique, physique et sexuelle) au courant de leur vie. La violence conjugale, tout comme les violences sexuelles, touche particulièrement les femmes autochtones, les personnes de la diversité sexuelle et de genre, les personnes ayant une problématique de santé mentale ou un handicap.

Mêmes luttes, mêmes espoirs

C’est sous le thématique « Même monde, mêmes luttes, mêmes espoirs » qu’a eu lieu la campagne annuelle 2025 des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, qui s’étend du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, au 6 décembre.

« Le contexte politique nous amène à dénoncer avec force les violences institutionnelles et systémiques. L’État contribue aux violences genrées, notamment en banalisant la crise du logement, qui accentue la précarité des femmes et les met à risque de vivre plus de violences, et en sous-finançant les maisons d’hébergement et de deuxième étape. Comment sortir d’une relation violente lorsqu’il n’y a pas de logement abordable et accessible ? », s’indigne Claire Murati du RGF-CN.

Le RGF-CN dénonce les récentes coupures, autant au provincial qu’au fédéral, dans l’aide et les services aux victimes. Au Québec, une partie du programme Rebâtir qui permettait aux victimes d’agressions à caractère sexuel d’être représentées par des avocat.e.s spécialisé.e.s devant les tribunaux a pris fin ; des maisons de deuxième étape accusent toujours des retards dans la livraison ; l’allégement des tâches des agent.e.s de probation auprès des contrevenants et des victimes de violence conjugale est inquiétante. Les récentes coupures dans le budget du ministère Femmes et Égalité des genres Canada, sont tout aussi alarmantes.

La manifestation a permis de dénoncer les violences systémiques auxquelles font face les femmes racisées et en situation d’immigration au Québec. Le gouvernement québécois contribue, par ses lois et discours, à la discrimination envers les femmes immigrantes. La fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), le renvoi possible de milliers de personnes immigrantes, les coupures dans différents programmes visant les personnes réfugiées ou à statut migratoire précaire précarise les femmes racisées ou en situation d’immigration ou de refuge a un impact négatif sur toute la société québécoise !

S’unir contre les violences

« Dans un contexte où les droits des femmes et des personnes de la diversité de genre sont attaqués partout dans le monde, où la droite prend de plus en plus de place dans les décisions politiques, l’omniprésence des discours haineux et misogynes dans l’espace public, il est impératif de prendre aujourd’hui les mesures pour lutter contre la montée du masculinisme, pour éliminer et prévenir les violences genrées et racistes, les violences sexuelles et les féminicides », revendique Claire Murati, du RGF-CN.

Le RGF interpelle les gouvernements de remettre la lutte contre les violences au premier rang de ses priorités.

Ces 12 jours d’action ont pris place quelques semaines après la Marche mondiale des femmes 2025, où près de 20 000 femmes et alliés se sont rassemblées à Québec afin de dénoncer les violences, la pauvreté et la crise climatique. «  La solidarité continue ! Nous serons en marche tant que toutes les violences ne seront pas éliminées. Pour cela, nous avons besoin de solidarité et politiques sociales inclusives, justes et féministes. Et nous le répéterons tant et aussi longtemps que ce sera nécessaire », ajoute Cynthia Laura Petit-Maître de la Maison pour femmes immigrantes de Québec.

Le RGF-CN regroupe des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale et travaille la défense des droits et des intérêts de toutes les femmes, l’égalité des femmes entre elles, l’amélioration des conditions de vie.

**********
Projet L.U.N.E. – Gabrielle Vaudry
6 décembre

Aujourd’hui, on se réunit pour souligner le triste 36e anniversaire du 6 décembre 1989, la tuerie de la Polytechnique.

Trente-six ans plus tard, on est encore ici. On marche encore. Pas par habitude, mais parce que les violences faites aux femmes et aux personnes de la diversité de genre continuent. Parce que, malgré les promesses, malgré les plans d’action, malgré les discours… la réalité, c’est que la violence persiste et qu’elle coûte des vies.

On nous répète trop souvent que « ça coûte cher » d’accompagner les victimes, d’offrir des services, des refuges, du soutien. Mais la vérité, c’est que ce ne sont pas les victimes qui coûtent cher au système…

Ce sont les partenaires violents.

Ce sont les agresseurs.

Et dans l’immense majorité des cas, ce sont des hommes.

Les données sont sont claires :

Au Québec, environ 77 % des auteurs présumés de violence conjugale sont des hommes.
Pour les agressions sexuelles, 96 % des auteurs sont des hommes.
À l’échelle du Canada, pour les féminicides, la quasi-totalité des auteurs sont des hommes.

Et aujourd’hui, les violences se vivent aussi en ligne : la cyberviolence, majoritairement commise par des hommes, frappe de plus en plus fort et vise surtout les femmes, les filles et les personnes marginalisées.

Aujourd’hui, on se souvient aussi des quatorze jeunes femmes tuées lors de la tuerie de la Polytechnique. Quatorze femmes qui ont été ciblées parce qu’elles étaient des femmes.

On les nomme, pour qu’elles restent présentes avec nous, dans notre mémoire collective et dans notre lutte :

Geneviève Bergeron
Hélène Colgan
Nathalie Croteau
Barbara Daigneault
Anne-Marie Edward
Maud Haviernick
Maryse Laganière
Maryse Leclair
Anne-Marie Lemay
Sonia Pelletier
Michèle Richard
Annie St-Arneault
Annie Turcotte
Barbara Klucznik-Widajewicz

Solidarité internationale

En 2025, au Québec seulement, nous sommes déjà à 16 féminicides.

Seize vies volées.

Seize de trop.

 Une femme dont l’identité est inconnue a été assassinée le 11 novembre 2025 à Ste-Julienne.
 Une femme dont l’identité est inconnue a été assassinée le 1er octobre à Saint-Charles-sur-Richelieu.
 Nathalie Côté, tuée le 22 septembre à Normétal.
 Gabie Renaud, tuée le 7 septembre à St-Jérôme.
 Mylène Masson-Bessette, tuée le 30 mai à Sherbrooke.
 Jeanine Durocher, tuée le 22 mai à Québec.
 Patricia Lynda Thériault, tuée le 16 mai à Lachute.
 Simone Mahan, 45 ans, tuée le 14 mai à Châteauguay.
 Lyne Fournel, 62 ans, tuée le 7 mai à Granby.
 Nellie Tullaugak-Wilson, 79 ans, tuée le 21 avril à Puvirnituq
 Denise Wagner, 79 ans, tuée le 16 mars à Longueuil.
 Luuku Luukku, 38 ans, tuée le 13 février à Puvirnituq.
 Ginette Bélanger, 71 ans, tuée le 13 février à Boucherville.
 Lisa Marie Rytar, 42 ans, tuée le 23 janvier à Québec.

Je vous invite maintenant à prendre une minute de silence en mémoire des 16 féminicides survenus cette année, et en solidarité avec toutes les victimes de violences.

Pensée pour toutes les femmes qui vivent en zone de conflit — celles qui fuient, celles qui restent, celles qui protègent leurs enfants avec presque rien, celles qui enterrent leurs proches, celles qui continuent de résister alors que tout s’effondre autour d’elles. Leur courage nous rappelle la force des femmes, et c’est cette force qui continue d’alimenter nos luttes, nos solidarités et notre refus collectif de baisser les yeux.

Notre lutte ne s’arrête pas aux frontières du Québec. La violence patriarcale est mondiale, et notre solidarité l’est aussi.

Aujourd’hui, on tient à souligner particulièrement la résistance des femmes du mouvement Femmes, Vie, Liberté, qui continuent de se battre avec un courage immense pour leurs droits, leur dignité et leur liberté. Leur lutte résonne ici, avec nous, et nous marchons avec elles, symboliquement et politiquement.

*********
Mélanie Pelletier

Resposable de la condition féminine
Conseil Central de Québec Chaudière Appalaches (CSN)

Aujourd’hui, on dénonce les violences que subissent les femmes. On ne se le cachera pas, la violence est partout et de plus en plus présente. Nous avons qu’à regarder sur les réseaux sociaux, c’est tellement violent ce qui s’y dit. Et les femmes sont en grande partie ciblées, imaginez les femmes syndicalistes. Voici un exemple de commentaire haineux envers des femmes syndicalistes qui prennent la parole « couché tapis la vagin pis retourne dans tes chaudrons, une vraie dépravée sans classe, folles. » Ce sont des exemples très récents. Pis pour vrai, c’est le reflet de la société qui va mal. Et pourquoi ça va mal ? Ben en grande partie parce que le gouvernement de la CAQ fait des choix politiques qui sont violents et qui touchent principalement les femmes. Je ne suis pas gênée de le dire : la CAQ n’aime pas les femmes.

Pourquoi je me permets de dire cela :

1- Les compressions et le sous-financement chronique, notamment des réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux, touchent principalement les femmes d’abord comme travailleuses, mais aussi comme utilisatrices.

2- Le durcissement des lois sur la « laïcité », surtout dans les CPE et les écoles primaires et secondaires, touche surtout des femmes et attaque de front leur droit au travail en pleine pénurie de personnel.

3- Les attaques antisyndicales qui visent surtout les femmes. Déjà, on l’oublie souvent, mais les femmes sont majoritaires dans le mouvement syndical québécois. Ce sont majoritairement des femmes qui ont fait la grève et pris la rue dans les dernières années (Front commun du secteur public, grève des enseignantes, CPE, hôtellerie, etc.).

Le système est tellement violent envers les femmes qu’elle les amène tranquillement à ne plus pouvoir faire de choix.

Prenez les places en CPE : présentement 63 % des femmes doivent allonger le congé parental, faute de places, elles sont obligées de rester à la maison. Elles sont devant un non-choix. Prenons le PL3 en lien avec les cotisations syndicales, et la loi 14, celle qui restreint le droit de grève : c’est carrément une façon de nous faire taire et de nous faire disparaitre, de ne plus écouter ce que nous avons à dire. Bref on n’aura pas le choix de se conformer, sans avoir le droit de revendiquer et de lutter.

Aujourd’hui, le conseil central est ici en appui au RGF, avec le camion ainsi que le système de son. Si la CAQ réussit à faire passer les projets de loi antisyndicaux, à long terme ça ne sera plus possible qu’on soit là en appui et avec vous dans la rue. C’est inacceptable et c’est tout le mouvement féministe qui va en écoper. Aujourd’hui, on fait front contre les violences systémiques que le gouvernement inflige aux femmes !

En terminant, je veux souligner l’arrivée d’un nouveau syndicat à la CSN. C’est un milieu de travail où des femmes travaillent pour aider d’autres femmes et présentement, elles ne l’ont pas facile. Donc à toutes les travailleuses du Centre femmes aux 3A de Québec, nous sommes avec vous. Ne lâchez pas !
Sororité !

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Féminisme

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...