Édition du 5 novembre 2019

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Canada

Justin Trudeau va-t-il changer la politique du Canada à l’égard du Moyen-Orient ?

L’élection du Parti conservateur du Canada pourrait signifier le rejet du ton hyper-belligérant qu’utilisait le Parti conservateur de Stephen Harper sur les questions relatives à la politique du Moyen-Orient, mais en réalité, tout indique que le nouveau gouvernement va continuer à jouer un rôle clé dans le soutien à l’impérialisme américain au Moyen-Orient. Lors de la campagne électorale, le PLC dans son programme avait promis de renforcer l’armée de manière à ce qu’elle puisse « offrir une dissuasion internationale et une capacité de combat ».

Gregory Shupak enseigne la communication à l’Université de Guelph. Traduit de l’anglais par Germain Nyada.

Il faut rappeler que, lorsque le PLC était au pouvoir entre 1993 et 2005, il a participé aux attaques dirigées par les États-Unis en Afghanistan et (contrairement à la croyance populaire) en Iraq. Lors de l’invasion de la Libye en 2011, tous les députés y compris Justin Trudeau ont voté en faveur d’une extension de l’action militaire canadienne avec l’OTAN

Depuis son élection, Trudeau a indiqué qu’il n’annulerait pas l’énorme contrat d’armement signé avec l’Arabie Saoudite pendant le mandat des conservateurs. Les Saoudiens sont parmi les champions du monde dans la violation des droits. Ils ont envahi le Bahreïn pour écraser un soulèvement. Ils ont appuyé les groupes sectaires et violents en Afghanistan et en Syrie. Avec le soutien des États-Unis, ils mènent présentement au Yémen une guerre que l’ONU qualifie de « catastrophe humanitaire ».

Trudeau soutient qu’il mettra un terme à la participation canadienne aux frappes aériennes menées en Iraq et en Syrie sous le commandement étatsunien. Toutefois, les forces spéciales canadiennes resteront sur le terrain dans le cadre d’une mission de « formation ». Comme l’écrit Thomas Walkom du Toronto Star, le président étatsunien Barack Obama n’a probablement pas d’objection au retrait des six avions de combat canadiens, car « ce qui est politiquement plus important pour Washington est que les États-Unis ne soient pas le seul pays occidental avec au moins quelques troupes sur le terrain ». Ainsi, bien que le retrait des avions de combat reste souhaitable, ce retrait ne devrait pas être considéré comme un recul du Canada devant son rôle d’auxiliaire à l’impérialisme étatsunien.

Dans ce contexte, il est d’une importance capitale de noter que Trudeau a manifesté son hostilité face au Mouvement BDS et il a exprimé un soutien pour Israël, même lorsque ce pays massacrait plus de 2 200 Palestiniens durant l’été 2014. Selon Jerome Klassen dans Joining Empire, la politique étrangère contemporaine du Canada aussi bien sous les libéraux que sous les conservateurs repose sur un même socle, notamment sur la question d’Israël. Les liens entre les élites des deux pays sont solides et ils ont un fondement économique qui transcende les fanfaronnades d’un Harper ou d’un Trudeau et dans plusieurs domaines comme la pharmacie, l’énergie et l’armement.

Grégory Shupak

Gregory Shupak enseigne la communication à l’Université de Guelph.

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