Édition du 9 juin 2026

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Le Monde

L’OIF devra choisir entre quatre futurs

Les quatre candidats au poste de direction de l’OIF offrent chacun une voie différente de développement pour la francophonie mondiale.

La fermeture des candidatures le 15 mai pour l’élection au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) laisse quatre candidats sur les rangs. Ils auront six mois pour détailler leurs programmes avant l’élection qui se tiendra les 15 et 16 novembre lors du XXe congrès de l’organisation à Phnom Penh, au Cambodge.

Les candidats

Le 17 avril, la Mauritanie a officiellement annoncé, la candidature de Dr Coumba Bâ, âgée de 56 ans et actuellement conseillère du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Celle qui a été ministre aux Affaires africaines, de la fonction publique, de la Jeunesse et envoyée spéciale auprès de l’OIF pour son pays, propose une vision renouvelée pour l’avenir de l’OIF où la Mauritanie serait un carrefour géopolitique et culturel, à la fois africain, arabe et sahélien, capable de jouer un rôle de pont et de médiateur au sein de la Francophonie. Elle veut promouvoir des principes jugés essentiels pour la cohésion et le dynamisme de la Francophonie comme la responsabilité, l’action, l’écoute, le dialogue, l’équilibre et incarner une ambition de participer activement au renouvellement de la francophonie. Pour cela, elle veut mettre l’accent sur la souveraineté culturelle, le développement et la jeunesse. Une victoire mauritanienne pourrait amener à l’émergence d’un bloc africain plus autonome au sein de l’organisation.

L’ancien Premier ministre roumain de 2015 à 2017 d’un gouvernement technocratique, Dacian Ciolos âgé de 56 ans est le seul candidat hors Afrique. Celui qui a aussi été député européen et commissaire européen à l’Agriculture de 2010 à 2014 veut que la Francophonie soit un acteur crédible, plus moderne, plus uni et utile dans un monde en mutation. Dans le cadre de sa candidature, il a récemment fait une tournée diplomatique stratégique sur le continent africain pour rallier les soutiens des États membres et montrer son engagement envers les défis et les opportunités spécifiques du continent. Selon lui, l’issue de cette élection déterminera non seulement la direction future de l’OIF, mais aussi sa capacité à s’adapter et à prospérer dans un monde en constante évolution. Maîtrisant couramment le français et l’anglais, il se positionne comme un candidat capable de promouvoir une vision moderne, pragmatique et inclusive de la francophonie.

Présentée par le Président Félix Tshisekedi le 19 mars, Juliana Amato Lumumba de la République démocratique du Congo, deuxième pays francophone au monde avec plus de 57 millions de locuteurs, fait la promotion d’une Francophonie des peuples qui serait souveraine et tournée vers l’action. Âgée de 71 ans, elle est la fille de Patrice Lumumba, ex-premier ministre et héros assassiné en 1960 lors des luttes menant à l’indépendance de son pays. Diplômée de l’École des hautes études en sciences sociales de Paris et ancienne journaliste, elle a occupé plusieurs portefeuilles ministériels entre 1997 et 2001. Sa vision est celle d’une Francophonie des peuples résolument africaine, axée sur la solidarité, la diversité culturelle et un meilleur équilibre entre les États membres. Sa vision met l’accent sur la promotion de la langue française comme un pont pour valoriser les cultures et les langues africaines sur la scène mondiale, ainsi que sur l’intégration économique et le développement.

En poste depuis 2019, Louise Mushikiwabo âgée de 64 ans veut un troisième mandat. Ministre des Affaires étrangères durant près de dix ans du président rwandais Paul Kagame, elle est considérée comme la favorite, mais est coincée dans le conflit entre la RDC et le Rwanda. Elle affirme avoir hésité à se représenter, mais avoir finalement décidé de le faire en raison du soutien de plusieurs chefs d’État lors de la Conférence ministérielle de Kigali, en novembre de l’année dernière ou elle a perçu avoir beaucoup de soutien au sein de l’OIF. Elle fait la promotion de la Francophonie économique et affirme que les petites et moyennes entreprises se sentent en sécurité avec l’accompagnement de l’organisme et que le programme des missions économiques et commerciales connaît un grand succès. Elle considère que, bien qu’il faille mettre des limites, il est inévitable pour l’OIF d’aller vers le privé en raison du manque de fonds que lui accordent les États membres.

Quel futur pour la francophonie ?

Cette élection est une bataille géopolitique opposant des systèmes d’influence et des visions différentes de la Francophonie.
Juliana Lumumba veut une plus grande souveraineté africaine et une réorientation des priorités de l’organisation,
Dr Coumba Bâ l’émergence d’un bloc africain multilingue plus autonome au sein de l’organisation,
Dacian Ciolos une vision moderne, pragmatique et inclusive de la Francophonie et
Louise Mushikiwabo, incarne la continuité.

Le poids démographique de la RDC est l’argument central de Juliana Amato Lumumba. Sa force est qu’avec plus de 114 millions d’habitants et environ 57 millions de locuteurs de la langue de Molière, la RDC est le plus grand pays francophone au monde. Sa Francophonie des peuples suggère une décentralisation de l’OIF où les priorités africaines prendraient le pas sur les anciens agendas. Fille d’un symbole de l’indépendance, elle porte une grande charge émotionnelle et se présente comme la promesse d’une voix africaine plus forte.

En raison de son mandat l’obligeant de faire la promotion des droits de l’homme de l’éducation et de la coopération économique, l’OIF a une importance diplomatique considérable. Avec son budget d’environ 116 millions $ en 2026, l’organisme offre un accès à des opportunités économiques et à l’éducation pour des millions de jeunes africains en plus de faire la promotion du français à la grandeur de la planète. 
 
L’OIF dispose d’atouts importants pour construire de nouvelles voies de progrès pour tous ses membres. À l’ère numérique, elle devra se réinventer et diffuser plus de contenu francophone si elle veut continuer à croître.
 
Michel Gourd

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