Tiré de Inprecor
15 septembre 2026
Par Gippò Mukendi Ngandu
Nous sommes confrontés à une crise systémique multidimensionnelle du capitalisme, dont les racines remontent à :
. Une explosion des inégalités sociales au sein des pays et entre eux, conséquence de la fuite en avant néolibérale et d’une crise croissante des systèmes représentatifs et des partis traditionnels qui ont géré la vie politique partout dans le monde,
. Le retour des fascismes anciens et nouveaux, des fondamentalismes religieux,
Une aggravation des tensions géopolitiques dans un contexte de désordre hégémonique et de résurgence d’impérialismes agressifs,
. Le chaos climatique, la désertification et l’effondrement accéléré de la biodiversité, avec des répercussions croissantes sur l’économie (inflation, destruction des infrastructures, etc.) et sur la vie quotidienne.
Je m’attarderai surtout sur ce point.
La croissance exponentielle des investissements militaires constitue une menace grandissante pour le climat. Ce secteur est bien entendu dominé par les puissances impérialistes. Si les pays membres de l’OTAN atteignent l’objectif de 5 % d’investissement dans l’armée prévu par l’alliance militaire d’ici 2035 – ce qu’ils sont en train de faire –, le résultat en termes de bilan carbone serait l’émission de plus de 500 millions de tonnes de CO₂ supplémentaires dans l’atmosphère. Une perspective totalement incompatible avec la réduction drastique des émissions nécessaire face à la crise.
La comparaison entre les investissements financiers que représente cet objectif de 5 % et les « engagements » climatiques de ces pays révèle la duplicité totale des États. Les dépenses nécessaires pourraient ainsi financer 200 fois le fonds « pertes et dommages » de 100 milliards promis par les puissances impérialistes aux pays du « Sud » lors de la COP27. Une somme dérisoire, qu’ils n’ont jusqu’à présent jamais réunie dans son intégralité, et qu’ils ont en partie versée sous forme de prêts, aggravant ainsi le pillage du « Sud » par la dette.
Ces quelques chiffres montrent que les financements militaires sont sans doute les investissements les plus polluants qui soient. Alors que l’accélération de la crise climatique impose une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre, une écologie à la hauteur des enjeux passe par l’opposition résolue à toute dépense militaire.
Le militarisme est l’une des principales causes du dépassement des limites planétaires, et en premier lieu du changement climatique. La plus grande armée du monde, celle des États-Unis, consommait en 2019 autant de combustibles fossiles qu’un pays comme le Portugal, en comptant cette fois aussi bien la production d’armes que les interventions militaires et les opérations stratégiques qui en découlent.
Cependant, ce n’est pas seulement de manière directe que le complexe militaro-industriel a contribué à la catastrophe écologique, mais aussi de manière indirecte, en raison du rôle que les armées ont joué dans l’expansion des énergies fossiles dont elles tirent pour l’essentiel leur puissance. Le rôle moteur des industries militaires occidentales, liées à leurs impérialismes – au premier rang desquels ceux du Royaume-Uni au XIXe siècle et des États-Unis au XXe siècle –, dans le développement des énergies fossiles au sein des secteurs civils. On rappellera pour finir le rôle majeur de l’industrie militaire dans l’invention et le développement de technologies agricoles écocidaires, de l’extractivisme et de procédés et composés chimiques polluants.
Le lien entre le développement du militarisme et l’expansion du capital (et donc de la crise écologique) apparaît particulièrement clairement dans les industries extractivistes. La concurrence féroce entre les puissances impérialistes est générée par les politiques extractivistes menées tant par l’impérialisme encore dominant – celui des États-Unis, qui ont replacé les énergies fossiles au centre de leurs préoccupations – que par la Chine, qui fait preuve d’une voracité inhabituelle dans l’appropriation des ressources stratégiques en Afrique et en Amérique latine.
La logique extractiviste est le moteur caché du capitalisme contemporain. D’une part, elle repose sur une exploitation des ressources qui ne se soucie ni de leur renouvellement ni de ses répercussions négatives (pollution, pauvreté) et, d’autre part, sur le contrôle monopolistique de ces mêmes ressources.
Dans ce contexte, les catastrophes socio-environnementales ont de fortes répercussions sur la géopolitique mondiale.
La catastrophe qui se déroule actuellement est sans précédent. Aux fléaux de la guerre, du colonialisme, de l’exploitation, du racisme, de l’autoritarisme et de toute forme d’oppression s’est ajouté un nouveau fléau, qui les aggrave tous : la destruction accélérée par le capital de l’environnement naturel dont dépend la survie de l’humanité.
La lutte contre les géants de l’extractivisme et des énergies fossiles passe nécessairement par la remise en cause des activités militaires qui permettent leur progression.
Tant que le capitalisme perdurera, et en particulier le capitalisme des catastrophes, les guerres impérialistes seront inévitables. Sans doute depuis la crise financière de 2008, et plus encore depuis le tournant mondial des années 2020, avec sa succession de catastrophes mondiales formant un cocktail explosif, notamment : la pandémie de Covid-19, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la guerre génocidaire en Palestine, le déclenchement par les États-Unis de la guerre commerciale, l’intervention au Venezuela puis en Iran, le durcissement inhumain de l’embargo contre Cuba, le tout accompagné par le développement des intelligences artificielles génératives qui constitue également un facteur de militarisation.
Mais alors, si la guerre est inévitable, ne faut-il pas se résigner ?
Le mouvement de soutien au peuple palestinien est l’une des premières étapes des convergences nécessaires entre les mouvements pour faire face à la barbarie en cours. Il nous a indiqué une voie à suivre, à savoir la nécessité de construire un mouvement contre la guerre et le militarisme sous des formes ouvertes et plurielles, un mouvement internationaliste capable de redonner de l’espoir et d’identifier une voie alternative.
L’écosocialisme constitue, de ce point de vue, une union et une synthèse vitale des différentes luttes : les luttes contre les catastrophes environnementales, pour la protection des êtres humains, pour le développement des biens communs et contre les privatisations, les luttes antiracistes et pour la liberté de circulation, contre les grandes entreprises de la haute technologie, pour la libération et l’autodétermination des peuples, contre l’impérialisme et le colonialisme, afin de proposer un projet révolutionnaire, radicalement démocratique, qui se nourrit de la contribution des luttes féministes, écologistes, antiracistes, anti-impérialistes, anticolonialistes et LGBTIQ+.
C’est pour ces raisons que nous avons rédigé, en tant que Quatrième Internationale, un manifeste écosocialiste, car nous sommes convaincus que le processus de révolution écosocialiste est plus que jamais nécessaire. Le progrès socialiste qui est à la base de nos propositions exige une refondation en profondeur, nourrie par une évaluation pluraliste des expériences et par les grands mouvements de lutte contre toute forme de domination et d’oppression
L’écosocialisme peut contribuer à l’essor d’un mouvement international : puisque les crises écologiques, économiques et sociales mondiales ne connaissent pas de frontières, la lutte contre les forces systémiques à l’origine de ces crises doit elle aussi être internationale.
En prenant conscience du lien étroit entre la guerre, l’exploitation du travail et l’exploitation de l’environnement, l’écosocialisme devient essentiel tant pour s’opposer aux impérialismes qu’à l’« écologie de marché » réformiste et à la logique « productiviste ». En adoptant un nouveau modèle de planification fortement démocratique, la société peut prendre le contrôle des moyens de production et de son propre destin ; imposer des horaires de travail plus courts et privilégier les besoins authentiques plutôt que le consumérisme peut faciliter la primauté de « l’être » sur « l’avoir », ainsi que l’acquisition d’un sens plus profond de la liberté pour tous et toutes. Il n’y a pas d’autre issue pour parvenir à un véritable changement systémique. La classe dominante doit être expropriée et son pouvoir politique renversé.
Le 4 juillet 2026
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