Comme à chaque élection, le même discours est repris dans toutes les composantes de la gauche. Pour gagner, ils doivent s’unir à tout prix. Cependant, aucune opinion n’est exprimée quant à la nature ou aux limites d’une telle union, et aucun plan concret n’est élaboré.
Ce point de vue repose sur une conception très fragile de l’union, selon laquelle les bases électorales ne seraient que des blocs interchangeables et simplement additionnables. Cette stratégie fait abstraction de la nécessité d’un véritable programme articulé autour d’une vision de changement radical. Notre histoire politique a démontré à maintes reprises que la victoire ne s’obtient pas simplement en réunissant les appareils des partis ou en harmonisant leurs logos, mais en créant une dynamique. Et une telle dynamique exige un leadership déterminé, courageux, capable de porter des projets, de rassembler la population et de mener les masses. Aujourd’hui, le plus grand problème auquel la gauche est confrontée est celui du leadership. De plus, l’essence même de l’ADN de la gauche réside dans sa rupture avec les systèmes dominants — il s’agit là d’une attitude de radicalisme de principe, souvent étouffée au nom de l’unité « sacrée » réclamée par de nombreux commentateurs contemporains.
UNION SUR L’ÉQUILIBRE DES POUVOIRS
Aujourd’hui, la situation est très différente. Les options politiques pour 2027 doivent être examinées dans les moindres détails, dans un contexte bien éloigné du choc et de l’urgence qui ont déclenché les élections anticipées. Par exemple, comment élaborer un programme cohérent et clair si des personnalités aux opinions très divergentes et se nourrissant d’une antipathie réciproque, telles que Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise (LFI), et François Hollande, député de la Corrèze et ancien président de la République, s’unissent sous la même bannière ?
Compte tenu du contexte particulier de l’année 2027 et des divergences d’opinion entre les différents partis, la mise en œuvre d’un projet unique et unifié n’est guère réaliste. En réalité, les appels à l’unité « à tout prix » servent avant tout à rassurer les élites politiques et médiatiques face à la gauche réformatrice — qui prône une « rupture avec le statu quo » — et qui s’impose comme une force dominante de ce côté-là de l’échiquier politique.
Présenter cet appel comme la seule garantie de la victoire ressemble davantage à une tactique utilisée pour cibler La France Insoumise (LFI) qu’à une véritable stratégie. Ce slogan met de côté les débats de fond. Il prive les électeurs d’une véritable possibilité de choix. Pire encore, certains partis pensent pouvoir s’en sortir sans proposer de véritable programme, au-delà de l’« unité de la gauche ».
L’OBJECTIF : VAINCRE L’EXTRÊME DROITE
Le premier tour des élections présidentielles de 2027 offrira à chacun l’occasion de clarifier ses positions et, avant tout, de déterminer quelle option le peuple français privilégie : la gauche, qui prône une « rupture avec le statu quo », ou le social-libéralisme ? L’option la plus convaincante pourra ainsi profiter d’un effet d’entraînement au second tour pour prendre un nouvel élan — une telle dynamique ne verrait pas le jour s’il n’y avait qu’une seule liste de candidats.
En particulier au second tour — tout comme en 2017 et en 2022 —, une alliance naturelle et spontanée se formera parmi les électeurs autour du candidat ayant une chance d’être élu, afin de battre Marine Le Pen, leader de facto du Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, raciste et fasciste, ou Jordan Bardella, président du parti et député européen. Peu importe que ce candidat soit issu du centre-droit ou de la gauche. L’objectif est d’empêcher qu’un candidat d’extrême droite, raciste et fasciste ne devienne gagnat ou gagnante
VERS UN PROGRAMME RADICAL
Aujourd’hui, la gauche a besoin d’un changement en profondeur. Cette approche semble être la seule façon de relever les défis de notre époque. Les électeurs accepteront-ils cette voie pour opérer un véritable changement de cap, ou choisiront-ils de se contenter du statu quo conservateur malgré le risque de voir l’extrême droite l’emporter à terme ? L’avenir nous le dira.
L’histoire politique montre que les candidatures axées uniquement sur le compromis ne parviennent pas à créer une dynamique suffisante contre l’extrême droite ou le néolibéralisme. Par exemple : aux États-Unis et au Chili, les candidats « modérés » ont échoué. Par la suite, des partis d’extrême droite et fascistes sont arrivés au pouvoir dans ces pays. Lorsqu’une proposition clivante, telle que celle du mouvement identitaire, est avancée, la stratégie de préservation du statu quo est inévitablement mise de côté.
En conséquence, pour que la gauche dans son ensemble puisse gagner le soutien des couches sociales et s’y intégrer, elle a besoin d’un programme radical, clair et facilement compréhensible à leur intention. La gauche doit produire et présenter clairement de nouvelles idées en faveur du changement. Dans ce contexte, elle doit élaborer de nouveaux programmes et les défendre ouvertement devant l’opinion publique.
En d’autres termes, plutôt que de se positionner uniquement comme un rempart contre les partis d’extrême droite, racistes et fascistes, la gauche doit impérativement rallier le soutien autour de projets démocratiques répondant aux besoins fondamentaux des pauvres, des opprimés et de la classe ouvrière. Pour y parvenir, elle doit clairement privilégier des propositions concrètes, cohérentes dans leur domaine, porteuses de résultats et bien structurées, ainsi que les faits, plutôt que des compromis vagues qui n’ont aucune chance d’aboutir.
* Ali Arayici
Ecrivain et universitaire
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