Le pôle de droite, en ce moment l’emportant partout, figure une société-économie militaro-sécuritaire et guerrière envenimant le recours aux hydrocarbures. Elle se ferme comme une huitre et, pour se faire, dresse des frontières militarisées tout en se dotant de la force armée pour aller piller dans les pays faibles, sous la houlette d’une grande puissance s’il n’est qu’un pays modeste, les ressources qui lui manquent y compris le cheap labour nécessaire pour ses services essentiels par une politique migratoire rejetant le droit international. C’est la voie menant au néofascisme. Le pôle de gauche, en ce moment partout battu en brèche, cherche la voie d’une sociétééconomie de prendre-soin (care) des gens et de la terre-mère en décroissance matérielle, la seule apte à stopper la dérive climatique. Elle propose d’ouvrir ses frontières aux damné-e-s de la terre qui fuient et fuiront en masse l’enfer des tropiques devenant invivable. Pour se faire, cette société se doterait de politiques révolutionnant la structure économique nationale, en termes d’énergie, de transport, d’agriculture, d’habitat et d’urbanisme, ce qui implique une rupture avec les rapports sociaux capitalistes. C’est la voie qui combine justice climatique avec justice sociale non seulement pour mobiliser le peuple-travailleur mais aussi parce que les ultrariches sont essentiellement responsables des émanations de GES par leur consommation mais surtout par leur contrôle de l’économie, y compris au Québec, à commencer par les transnationales pétrolières et bancaires.
Découle de ce constat pour la militance écologique la nécessité de lutter contre les impérialistes fauteurs de guerre afin de réembrayer l’humanité vers sa lutte ultra-prioritaire pour sa survie, celles pour la stabilisation du climat, la préservation de la biodiversité et l’élimination des pollutions en commençant par le plastique. Du point de vue mondial, et encore plus du Québec qui est solidement lié commercialement et financièrement à son voisin du sud, le plus grand fauteur de guerre est le gouvernement des ÉU qui en plus est un négationniste climatique et lui fait une guerre commerciale dont le but larvé est sa volonté de l’annexer au sein du Canada comme 51e état ou même à part. La stratégie générale de gauche pour ne pas être avalé tout rond par le monstre néofasciste est de précipiter l’indépendance nationale à gauche toute. La politique économique canadienne basée sur les hydrocarbures de l’axe Toronto-Calgary sur fond du rejet de la reconnaissance de la nation québécoise et du Quebec bashing, sans compter le racisme anti-autochtone, bloque la possibilité que le Canada s’aligne à gauche. Québec solidaire s’est engagé sur le chemin de l’indépendance de gauche tout en s’étant doté d’une politique climatique chambranlante et hésitante. La stratégie générale de gauche exige une stratégie particulière anti-impérialiste qui tout en visant d’abord leur chef de file ne confond pas impérialisme en général et impérialisme étatsunien qui a perdu des plumes tout au long du XXIe siècle. Un impératif de l’anti-impérialisme efficace et durable est la mobilisation du peupletravailleur à commencer par sa composante organisée dont le noyau est le mouvement syndical.
Infliger une défaite à l’impérialisme en général en vainquant un impérialisme en particulier
La première tâche de l’anti-impérialisme québécois consiste à réclamer la fin des exportations d’armes à Israël, directement ou en passant par les ÉU, du libre-échange avec lui dont le bureau d’affaires avec le Québec, des dons aux organismes sionistes jouissant de remises fiscales et des ententes culturelles et sportives. À cet égard, il y a toute une pente à remonter non seulement vis-à-vis les deux principaux ordres de gouvernement mais aussi la Ville de Montréal qui a noyé le poisson. Une ONG de type syndicaliste comme les Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC) a tout intérêt à faire campagne au sein du mouvement syndical pour qu’il prenne à bras-le-corps ces revendications contre l’impérialisme génocidaire ÉU-Israël afin qu’elles débordent les étroites limites de la capacité mobilisatrice des ONG spécialisées. La mobilisation du mouvement syndical-populaire sera d’autant plus créatrice d’internationalisme, et par là de motivation, si elle implique des vis-à-vis chez les peuples victimes des guerres impérialistes. Cette connexion est particulièrement difficile quand la barbarie des guerres se combinent à des régimes réactionnaires chez les peuples opprimés comme c’est le cas pour l’Iran mais aussi pour la Palestine avec le Hamas et même la très oppressive et discréditée Autorité palestinienne mais surtout la mainmise serrée du gouvernement sioniste sur toute la Palestine tant par son génocide qui continue à Gaza que son nettoyage ethnique qui s’intensifie en Cisjordanie.
Ce qui importe à une stratégie anti-guerre internationaliste c’est d’infliger une défaite à l’impérialisme en général, même si ça passe nécessairement par un impérialisme particulier, qui fasse reculer chaque puissance sans que la défaite de l’un profite à l’autre. Cette apparente quadrature du cercle n’est possible que si le vainqueur se trouve être le peuple-travailleur qui vainc un impérialisme particulier ce qui amène les autres à freiner leur élan guerrier en encourageant l’ensemble des peuples-travailleurs, particulièrement ceux victimes ou menacés par la guerre, à plus fortement résister. Les victoires irakienne et afghane contre l’impérialisme étatsunien sont loin de s’être déroulées selon ce scénario, tant s’en faut. À court terme, les conditions d’une possible telle victoire sont fort éloignées tant dans les guerres en Asie de l’Ouest (Iran, Liban) qu’en Afrique (Sahel, Grands Lacs). Elles le sont davantage à Taïwan où les préparatifs défensifs populaires et gouvernementaux dissuadent l’invasion par la Chine mieux que les menaces trumpiennes de moins en moins crédibles. Elles pourraient l’être en Iran si son peuple n’était pas coincé entre l’impérialisme génocidaire et un cruel gouvernement religiofasciste. À remarquer que les résistances populaires, armées ou non, comme celles en Birmanie et au Kashmir pakistanais et indien, méritent et nécessitent notre appui qui laisse fort à désirer même si leur impact sur la stratégie mondiale n’est pas au rendez-vous.
Le soutien au peuple ukrainien mobilisé contre l’envahisseur est non pacifiste mais anti-guerre
Ces conditions sont surtout réunies en Ukraine où le peuple avec l’appui de son gouvernement a empêché la mainmise russe et parvient toujours à bloquer l’envahisseur arrivant même à lui infliger des dommages sur ses arrières. La Russie, à l’encontre du droit international, se livre à d’incessants bombardements sur les infrastructures civiles et de plus en plus directement sur les personnes civiles. Ajoutons-y la tentative de russification répressives des zones occupées dont la déportation des enfants en Russie ce qui additionne aux crimes de guerre des bombardements une tentative de génocide. Cette résistance populaire et gouvernementale pour l’indépendance nationale n’a rien à voir avec une stratégie des ÉU ou de l’OTAN comme le prétend la propagande russeà laquelle se rallie peu ou prou celles et ceux qui confondent impérialisme et impérialisme étatsunien.
L’armée ukrainienne, qui a su devenir une avant-garde dans la guerre des drônes grâce à l’ingéniosité de sa population civile, est machiavéliquement et parcimonieusement soutenue par les pays de l’OTAN dont le Canada. Leur but est d’affaiblir le rival impérialisme russe mais sans permettre une victoire ukrainienne qui deviendrait une victoire populaire contre l’impérialisme en général. Cette guerre impérialiste contre l’Ukraine sert de prétexte aux pays de l’OTAN pour abandonner la priorité, en paroles, de la lutte climatique en faveur de la militarisation de leurs économies et sociétés. Pourtant, la meilleure parade contre la menace de l’envahissement des pays baltes, un danger réel en cas de victoire russe en Ukraine, serait un soutien maximum économique, dont l’annulation de la dette ukrainienne, et militaire en déviant vers l’Ukraine les exportations d’armes vers le génocidaire Israël et autres fauteurs de guerre. Nul besoin de hausser le budget de la guerre ou si peu quitte à faire payer les oligarques et autres multimillionnaires comme d’ailleurs pour la hausse des dépenses sociales nécessaires à la lutte climatique.
La démocratie ukrainienne permet une solidarité internationaliste entres les sociétés civiles
La grande différence entre la Palestine, entièrement occupée par le fascisant sionisme, l’Iran, la Birmanie, les pays du Sahel et des Grands lacs africains c’est que l’Ukraine est un pays à démocratie parlementaire, certes avec un gouvernement néolibéral et corrompu, mais où syndicats, organisations populaires et partis politiques, sauf ceux pro-russes il va de soi, ont le droit de cité. Ce grand atout permet d’étroites liaisons entre les sociétés civiles et non seulement une pression sur les gouvernements de l’OTAN pour hausser leur soutien au gouvernement ukrainien. Sans compter qu’il n’y a pas de muraille de Chine entre gouvernements et sociétés civiles. Une société civile irriguée par une solidarité internationaliste vivante et concrète sera d’autant plus forte face à des gouvernements détournés de la victoire populaire par le capitalisme et l’impérialisme. Cette solidarité inspirée de l’internationalisme trouve en Ukraine un terrain fertile :
En Ukraine, la gauche souffre d’une image historiquement négative en raison des crimes de génocide, de la répression et du colonialisme infligés au peuple ukrainien par le régime soviétique sous Joseph Staline. Ce souvenir permet d’expliquer pourquoi la terminologie politique traditionnelle de gauche suscite la méfiance chez les Ukrainien-ne-s et pourquoi ces catégories politiques ne peuvent pas être transposées mécaniquement au contexte ukrainien. Mais une gauche démocratique et anti-autoritaire, engagée en faveur des plus vulnérables et des plus exploités, reste tout aussi possible et nécessaire en Ukraine qu’ailleurs. Elle se manifeste à travers les syndicats indépendants, les organisations féministes, les mouvements sociaux, les réseaux de bénévoles, les initiatives de quartier et les organisations qui défendent les droits du travail, les droits sociaux et les droits démocratiques en pleine guerre.
Depuis le début de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, qui dure depuis plus longtemps que la Première guerre mondiale et qui frappe de plus en plus la population, s’est manifesté un soutien civil à la population ukrainienne de la part non seulement des nombreuses minorités ukrainiennes de la diaspora mais aussi d’organisations syndicales et populaires surtout européennes. Cet automne, le Réseau international de solidarité avec l’Ukraine (RISU), ex Réseau européen (RESU), organise un convoi international de solidarité.
Ce convoi a pour objectif de contribuer à donner plus de visibilité aux mouvements ukrainiens et de montrer qu’une solidarité progressiste peut se construire à partir de la base : à partir des quartiers, des syndicats, des municipalités, des organisations de la société civile et des peuples d’Europe et d’ailleurs. Ce convoi international de solidarité est appuyé par « plus de 10 grands syndicats, dont les principales fédérations syndicales ukrainiennes et des réseaux européens tels que l’UGT de Catalogne, plus de 20 organisations et partis politiques répartis en Europe, aux Amériques, en Asie et en Océanie, plus de 30 parlementaires et élus locaux, dont 11 députés européens, des députés nationaux et des conseillers régionaux et plus de 35 associations de solidarité, ONG et médias indépendants se mobilisant quotidiennement sur le terrain [… et] plus de 170 personnalités éminentes, élues, syndicalistes, universitaires et militantes de terrain issus de plus de 20 pays » Manquent en Amérique du Nord un appui d’organisations significatives de la société civile de gauche dont en particulier le mouvement syndical. Comme le Canada et le Québec succombent à l’impérialisme guerrier (et à la dominance des hydrocarbures et du toutélectrique) au détriment de la lutte climatique, les TJC, qui ont développé de nombreuses connivences au sein du mouvement syndical, seraient en mesure d’y provoquer une participation à ce convoi, si humble soit-elle, qui boosterait l’anti-impérialisme québécois.
Marc Bonhomme, 27 août 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc1@gmail.com
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