Édition du 19 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Question nationale

L’assemblée constituante : un processus mobilisateur, démocratique et qui mènera à l’indépendance !

La fin de semaine dernière, nous avons été invités au congrès d’Option Nationale. Emilie Guimond-Bélanger et moi-même y étions observateurs pour Québec solidaire. Son chef a rappelé que nous étions « des frères » même si notre démarche vers la souveraineté n’était pas la même que la leur. Nous avons été chaleureusement applaudis. Il faut souligner cette ouverture. De notre côté, nous saluons le fait que les déléguéEs de ce parti aient confirmé que la future constitution du Québec devra être écrite avec la plus grande participation possible de la population. Il nous apparaît opportun d’aller plus loin dans ce débat.

Depuis quelques années, il est encourageant de constater que le débat public concernant l’accession du Québec à son indépendance ait commencé à changer de cadre. Québec solidaire y a apporté sa contribution : la souveraineté passe par la mise sur pied d’une assemblée constituante, option à laquelle se réfèrent plusieurs courants souverainistes. Basée sur la souveraineté populaire, elle se démarque des deux autres démarches que portent ON et le PQ. Débattons-en !

Concrètement, l’assemblée constituante sera élue au suffrage universel et représentera l’ensemble de la société québécoise. Indépendante des partis politiques et lancée dès l’élection d’un gouvernement solidaire, elle aura pour mandats de réfléchir au projet d’une constitution et de penser à l’avenir politique du Québec. Pour y arriver, elle organisera des assemblées citoyennes à travers tout le Québec en consultant et en mobilisant les citoyens-nes de tous les horizons. Pendant 18 mois, car nous voulons prendre le temps.

Tout au long de la démarche, Québec solidaire défendra son option sur la question nationale et fera la promotion de ses valeurs écologistes, égalitaires, féministes, démocratiques, pluralistes et pacifistes, comme nous le faisons aujourd’hui.

Au terme de ce processus, il y aura un référendum où la population sera appelée à se prononcer pour savoir si elle veut faire du Québec un pays ainsi que sur le projet de constitution.

Pour Québec solidaire, on ne convaincra pas la majorité des Québécois-es de poser un geste politique aussi important que l’indépendance si la décision ne vient pas d’elle-même. Ce projet doit pouvoir répondre aux aspirations des hommes et des femmes qui luttent contre la pauvreté, qui désirent une société plus égalitaire et qui aspirent à une qualité de vie décente. Démontrer qu’être indépendant c’est de vivre dans une société qui décide pour elle-même de quel service public elle veut, de quelle ressource elle exploite et protège et de quel développement économique elle a besoin. En somme, associer un projet de société- social, économique et environnemental- au projet national pourra rallier plus largement les différentes composantes de la société québécoise dont la seule question de l’identité linguistique ou culturelle ne mobilise pas assez même si elle est tout aussi fondamentale.

Si nous insistons tant pour repenser la stratégie souverainiste, c’est parce que nous avons constaté que la seule voie référendaire empruntée par le PQ en plus d’être trop courte, exclut toute réflexion sur le projet de société d’un Québec indépendant ce qui aurait pu rallier plus largement les différentes composantes de la société. La gouvernance souverainiste de Pauline Marois, qui en pratique ne veut rien dire d’autre que de gouverner en essayant de négocier avec le gouvernement fédéral une autonomie relative pour le Québec, n’a rien à voir avec l’indépendance, ce qui a provoqué une certaine crise et des défections à l’intérieur du PQ.

Option nationale, de son côté, a une démarche similaire. Le fameux LIT nous mènera à la même impasse car il comporte une dimension unilatérale. Comment convaincre la population de participer à la rédaction d’une constitution- comme ils l’ont proposé en fin de semaine dernière- si on rapatrie tous les pouvoirs sans faire la démonstration que c’est une bonne solution ? Le projet d’un pays du Québec ne peut carburer au ressentiment et à la division. Ces approches prennent ce risque.

L’assemblée constituante le réduit considérablement en réunissant deux conditions gagnantes : la participation de la population et le respect du processus démocratique, essentiels si on souhaite faire du Québec un pays.

Comme le rappelait Amir Khadir il y a quelques années, « ceux et celles qui ont agi depuis 20 ans selon une stratégie d’indépendance basée sur l’aliénation du Canada ont eu sans doute raison d’essayer. Mais l’approche a échoué ; il est temps d’en essayer une autre ».

Une assemblée constituante permettra aux citoyennes et aux citoyens de s’exprimer et de discuter ensemble, de manière à ce que se constitue un large appui au sein de la population. L’expérience de la Constituante en Islande a de quoi nous inspirer !

À l’heure actuelle, qui voudrait d’un projet de société basé sur une politique d’austérité qui ne mène à rien ? Qui souhaite vraiment d’un projet d’accord de libre-échange Canada Europe négocié en secret par le gouvernement fédéral dont le gouvernement du PQ est complice et qui effrite notre souveraineté ? Pas grand monde. En ce sens, les politiques qui ressemblent à celles du parti libéral nous éloignent chaque jour un peu plus des fameuses « conditions gagnantes ». Il faut donc innover socialement et économiquement. Il faut poser des gestes qui font prendre le virage écologique et politique qui révèlera le potentiel emballant de la liberté à notre propre peuple. L’aspiration à une société plus juste est donc une condition indissociable de la réussite de la souveraineté. Les citoyens et citoyennes n’entreront pas dans une telle lutte si cela ne change pas leur vie.

La force redoutable et la légitimité d’un processus aussi inclusif et démocratique que l’assemblée constituante doivent faire réfléchir l’ensemble du mouvement souverainiste et de ces personnes qui, comme nous, veulent faire du Canada un pays voisin, pour vrai. Avec une telle légitimité démocratique et un si grand potentiel de rassemblement, les moyens considérables déployés dans le passé par Ottawa pour empêcher le Québec de décider pour lui-même se verraient bien moins solides et dissuasifs.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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