Édition du 27 octobre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

L’assurance-chômage : du saccage au rafistolage

En tant qu’organismes de défense des droits de chômeuse et chômeurs le budget Libéral 2016 nous a laissé sur notre faim. Nous ne cracherons pas sur les améliorations prévues au régime d’assurance-chômage (une première depuis 1974 !).

L’abolition de la discrimination des 910 heures pour le « nouvel arrivant » alors que l’on pouvait demander à son voisin 630 heures est certes une bonne chose. Cela touche un peu plus de 6% des demandeuses et demandeurs. Sauf que l’on demande toujours au voisin 630 heures à Montréal ! Là est le véritable problème ! C’est plus que 2 fois la norme d’avant 1996, quand le gouvernement Chrétien, Libéral, avait mis son grain de sel pour lui aussi massacré le régime.

Le délai de carence ramené à 1 semaine au lieu de 2 va dans le même sens. C’est bien, mais peu. Pourquoi punir quelqu’un qui a perdu son emploi ? L’assurance-chômage est un programme social, ce n’est pas une assurance privé ! Retarde-t-on la pension des sénateurs et députés d’un délai de carence ? Ne paye-t-on pas des subventions à l’industrie pétrolière ? OK, on arrête, on pourrait continuer ainsi indéfiniment…

Le gros morceau est sans doute l’abolition d’une partie de la réforme Harper, soit celle concernant la disponibilité et l’emploi convenable. Réforme qui avait vu au Québec et dans les Maritimes descendre des milliers de citoyen.ne.s dans la rue. Sauf qu’il n’y a absolument rien dans le budget ou dans le discours du gouvernement concernant le Tribunal de la sécurité sociale (TSS). Pourtant, là était matière à changement. Ce tribunal qui a remplacé le Conseil arbitral et le Juge-arbitre est une blague. D’un système humain, rapide et efficace on est tombé dans un monstrueux système qui se prend pour la Cour suprême, en plus compliqué, prétentieux et d’une lenteur digne d’une république de bananes. Le but du précédent gouvernement était de faire des économies et de couper l’accès à la justice. Mission accomplie. Le gouvernement de J. Trudeau a manqué (volontairement) le bateau. Dommage pour l’accès à la justice.

Dommage aussi en ce qui concerne les cotisations. Baisser les cotisations signifie moins de fric dans la caisse d’assurance-chômage. Rappelons que l’État ne donne plus une cenne depuis 1990. Donc, en ayant une caisse « pauvre », la justification est toute trouvée pour, plus tard, saccager de nouveau le régime. Revenir en arrière, dans nos économies capitalistes, est depuis 30 ans le mode de fonctionnement de nos gouvernements.

Bien que cela n’ait pas fait de vague dans les médias, un 21 millions $ pour les enquêteurs. Pourtant la fraude n’est pas un problème, mais fabriquer des fraudeurs peut être payant, la politique des quotas en étant la preuve. La chasse est repartie de plus
belle ?

Pour ce qui est de l’amélioration du service, on verra. Attendre au téléphone 15 minutes au lieu de 2 heures serait déjà un net progrès. Des gens compétents dans les bureaux de Service Canada seraient appréciés aussi.

Donc, pour les travailleurs, les travailleuses, les chômeurs et les chômeuses, un minuscule pas pour plus de justice mais pas de grand bond pour l’humanité.

PRINCIPAUX POINTS DU BUDGET :

Abolition de la notion de « nouvel arrivant » ou l’exigence du 910 heures (juillet 2016)
Réduction du délai de carence à une (1) semaine au lieu de deux (2) semaines (janvier 2017)
Travailler pendant que l’on reçoit des prestations  : prolongation du projet pilote actuel (retenue de 50 cent dès le premier dollar gagné) jusqu’en août 2018 avec possibilité de revenir à la règle du 40% (précédent projet pilote)
Abolition de la réforme Harper en ce qui concerne les obligations de recherches d’emploi (juillet 2016)
Améliorer les services aux citoyens (ex. centre d’appel, traitement des dossiers)
Renforcer les contrôles et les enquêtes (21 millions $)
Programme de travail partagé, prolongation du programme, de 38 semaines à 76 semaines
Augmenter le nombre de semaines payables jusqu’à un maximum de 20 semaines supplémentaires dans certaines régions (aucune au Québec)
Réduction des cotisations (passer de 1,88$ à 1,63$ par tranche de 100$ de salaire)

NOS REVENDICATIONS

Un seuil d’admissibilité de 350 heures ou 13 semaines pour toutes et tous
Taux des prestations à 70% basé sur 12 meilleures semaines travaillées
Minimum de 35 semaines de prestations d’assurance-chômage
Fin des exclusions totales pour départ volontaire et inconduite
Abolition totale de la réforme des Conservateurs (y compris le Tribunal de la sécurité sociale)
5 semaines supplémentaires dans les régions à haut taux de chômage pour palier au « trou noir »
Protéger la caisse d’assurance-chômage pour éviter les détournements

Mouvement Action-Chômage de Montréal

Créé en 1970, le Mouvement Action-Chômage de Montréal est le plus ancien groupe de défense des chômeurs et chômeuses au Canada. Il fait partie du Mouvement autonome et solidaire des sans-emploi (MASSE).

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