Édition du 20 octobre 2020

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Amérique latine

L'espionnage est une composante d'une guerre totale

La décision de la présidente Dilma Rousseff de reporter sa visite aux Etats-Unis pour espionnage contre le Brésil par la National Security Agency ( NSA) n’ est que la partie la plus visible du conflit géopolitique qui se déroule en Amérique du sud. Avant de communiquer le report de son voyage, elle a été l’objet de diverses pressions et oppossitions donc celle de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva, qui a demandé des explications à l’administration Obama.

(tiré de la Jornada - Mexique )
Traduction Presse-toi à gauche !

En fait, Rousseff avait peu de chances de maintenir son voyage à Washington suite aux mobilisations de juin qui ont fait fondre sa popularité et qui ont placé son gouvernement sous la surveillance de la population. Serrer la main du président responsable de l’espionnage de ses communications personnelles et de la quatrième plus grande compagnie pétrolière au monde, Petrobras, aurait mis en péril le début de renaissance de son soutien à un an de l’élection présidentielle .

Ce recul a un coût politique élevé à la Maison Blanche dans la situation complexe créée dans le sillage du projet d’attaquer la Syrie qui a tourné court. Les États-Unis doivent maintenir une relation cordiale avec le Brésil, qui a dit publiquement qu’il est un allié stratégique, et qui est, en fait, considéré comme le seul pays capable de diriger la région et prévenir des débordements allant contre ses intérêts.

Depuis que Globo ait déclaré le dimanche 1 septembre qu’Edward Snowden, ancien agent de la CIA, ait indiqué qu’il avait des informations concernant la société Petrobras qui avait été espionné par la NSA, Rousseff n’a pas caché son indignation et celle de son gouvernement. « Il est clair que la raison de cet espionnage n’est pas la sécurité ou de lutte contre le terrorisme, mais leurs intérêts économiques et stratégiques. » (Valor, 10 Septembre 2013). Puis vint la période de l’excuse ridicule de l’agence américaine.

En fait, tout indique que l’ intérêt de l’espionnage portait sur Petrobras . Trois experts consultés par le journal O Globo s’accordent sur ce fait. Armando Guedes Coelho, président de Petrobras en 1988-1989, a déclaré que la société est un chef de file mondial dans l’exploration en eau ultra-profonde et qu’elle avait réalisé plus de forages que les compagnies « Shell , Exxon et BP prises ensemble. » L’intérêt de la Maison Blanche était de connaître les réserves réelles sur les côtes du Brésil et de l’Afrique, car elles peuvent « modifier la géopolitique actuel du pétrole » car ces approvisionnements se font dans « des zones sans grands conflits politiques ». (O globe, 9 Septembre 2013).

D’autres spécialistes, comme le directeur du Centre brésilien d’infrastructure, ont déclaré que le principal intérêt est de « voler des secrets technologiques » afin que « les entreprises américaines puissent explorer du pétrole partout dans le monde, comme en Alaska. » Pendant ce temps, les sources de l’Agence nationale du pétrole ont estimé que l’intérêt supplémentaire de cet espionnage est d’avoir des informations privilégiées sur les ventes que pourrait réaliser l’État brésilien.

Pour riposter, le gouvernement brésilien a décidé de renforcer ses liens avec l’Argentine pour collaborer en matière de cyberdéfense. Le ministre de la Défense, Celso Amorim, a déclaré à Buenos Aires que « que Brésil considère comme essentiel d’engager un processus de coopération dans le domaine de la cyberdéfense avec son principal allié stratégique ». Il a ajouté « que c ’est peut-être le domaine le plus important pour la défense en ce XXI e siècle », car il deviendra de plus en plus difficile d’utiliser des armes conventionnelles , alors que les armes cybernétiques peuvent être des armes de destruction massive ». ( O Globo 13 Septembre 2013 ) .

La récente réunion des ministres de la Défense des deux pays, Agustín Rossi et Amorim, s’est terminée par une déclaration affirmant "la nécessité de renforcer la coopération en matière de cyberdéfense et la création d’un sous-groupe de travail bilatéral sur ce thème » ( Ministère de la Défense, le 13 Septembre 2013). Ils ont également convenu d’organiser une visite des autorités argentines pour leur faire connaître le Centre de Cyber ​​Defense de l’armée brésilienne .

En parallèle, Brasilia a décidé de créer son propre système de courriels qui entrera en fonction au second semestre de 2014 et qui sera « une alternative brésilienne à Hotmail, Microsoft, Gmail et Google » ( Folha de Sao Paulo , 2 Septembre 2013). Selon le ministre des Communications, Paulo Bernardo, le courriel que lancera la Société des postes » pourra compter sur cryptage de ces messages pour protéger la vie privée des utilisateurs et les données stockées au Brésil , contrairement à ce qui se passe lors de l’utilisation de Gmail " .

Depuis longtemps, le Brésil veut promouvoir un réseau régional de fibres optiques, UNASUR, pour que le trafic Internet entre les pays d’Amérique du Sud ne passent pas obligatoirement par les États-Unis. Pour 2016, l’entreprise publique Telebras mettra en orbite son premier satellite Internet pour ses communications civiles et militaires, contribuant ainsi à surmonter sa dépendance actuelle envers les multinationales .

Afin de protéger la souveraineté du pays et ses grandes entreprises, des investissements importants sont nécessaires. Le président de Petrobras a annoncé en 2013 qu’il allait investir 2 milliards de dollars dans la sécurité informatique et que d’ici 2017 la société va investir dans ce secteur 10 milliards de dollars (Valor, 18 Septembre 2013). Il a également signalé que le secteur pétorlier dispose de trois mille employés impliqués dans le domaine de la sécurité informatique ce qui équivaut à 5 pour cent de ses 80 000 employés, et que la circulation des données sismiques sur la production et l’exploration va passer par des moyens physiques et non par Internet .

C’est une guerre qui implique les Etats et les entreprises dont les modes d’action sont de plus en plus similaires. Une guerre silencieuse qui se joue avec des armes sophistiquées, souvent invisibles mais avec une énorme capacité de destruction, comme disait le ministre Amorim. Une guerre qui ne se gagne pas avec des discours et pour laquelle le monde n’est pas préparé physiquement et mentalement. C’est la façon dont le système fonctionne actuellement, où le pillage et la rapine sont plus importants que les formes traditionnelles d’ accumulation. C’est une guerre totale.

Source : http://www.jornada.unam.mx/213/09/20/index.php?section=opinion&article=027a2pol

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