Nous savons que nous sommes des milliers de parents dans cette situation.
Selon vos propres statistiques, la situation s’aggrave, mais vous continuez de banaliser le problème des bris de scolarisation et, plus globalement, de l’accès aux services éducatifs pour les élèves HDAA, ces élèves qu’on dit « à besoins particuliers ».
C’est du moins l’impression que vous donnez quand nous voyons avec quelle désinvolture vous avez tenté d’imposer des « contraintes budgétaires » de 570 millions $ aux centres de services scolaires en juin dernier. (Heureusement, la mobilisation populaire a su vous faire reculer en partie et vous forcer à « remettre » 540 millions $ dans les services aux élèves.)
C’est aussi l’impression que vous donnez lorsque vous soulignez en entrevue que le nombre d’élèves HDAA a fortement augmenté et que vous ne pouvez « garantir que chaque élève va avoir tout ce dont il a besoin... parce que les besoins sont infinis ».
En fait, Monsieur le Ministre, nous avons parfois le sentiment que vous essayez d’envoyer le message qu’il est normal d’exclure des élèves de l’école.
De notre point de vue, cette attitude à l’égard des élèves HDAA est déjà trop présente dans le milieu scolaire. De plus en plus, les autorités scolaires semblent considérer qu’il est acceptable que nos enfants ne soient pas scolarisé-es comme les autres.
À l’heure de la rentrée scolaire, nous croyons important que vous dissipiez toute ambiguïté et que vous donniez l’exemple.
Nous vous écrivons aujourd’hui, Monsieur Drainville, pour vous inviter à affirmer haut et fort qu’au Québec, l’exclusion scolaire ne devrait jamais être considérée comme une option.
C’est un peu ce que nous rappelait le Protecteur national de l’élève dans son premier rapport annuel, l’hiver dernier, quand il disait que « tous les moyens nécessaires doivent être entrepris pour assurer la scolarisation des élèves ».
Et faut-il vraiment vous rappeler, Monsieur Drainville, pourquoi les bris de scolarisation ne devraient jamais être considérés comme acceptables ?
D’une part, parce qu’ils représentent un déni de droit. En vertu de la Loi sur l’instruction publique, l’État a l’obligation d’offrir des services éducatifs qui répondent aux besoins individuels de l’ensemble des élèves. Et la Charte des droits et libertés de la personne garantit le droit à l’éducation, sans discrimination, pour les élèves HDAA.
D’autre part, parce que le moindre bris de scolarisation peut avoir plusieurs impacts. Évidemment, ce sont d’abord nos enfants qui en paient le prix, en étant privé.es de précieux apprentissages, à une étape cruciale de leur développement, et exclu.es de leur communauté.
Les conséquences sont lourdes pour nous aussi, les parents, qui devons souvent garder nos enfants durant les heures normales de classe. Pour plusieurs, les bris de scolarisation mènent à la perte d’emploi, à l’appauvrissement, à l’isolement social et à la détresse, surtout pour les mères.
Et en bout de ligne, n’est-ce pas l’ensemble de la société qui est perdante quand l’école décide d’exclure une partie de ses membres de ce qui devrait être un lieu privilégié de socialisation, l’école ?
En conclusion, Monsieur Drainville, il va sans dire que le changement d’attitude que nous réclamons devra s’accompagner de gestes forts : votre gouvernement devra s’assurer de donner au réseau scolaire les moyens nécessaires pour que l’ensemble des élèves puissent enfin avoir accès aux services éducatifs auxquels ils et elles ont droit.
Une lettre du Comité pour le droit à la scolarisation cosignée par :
1. Simon Bouchard 2. Marie-Ève Duchesne 3. Catherine Frappier 4. Nicolas Kokot 5. David Labrecque 6. Christelle Landheer-Cieslak 7. Ronald Landheer-Cieslak 8. Typhaine Leclerc 9. Patrice Lemieux Breton 10. Nabila Messaoud 11. Mélanie Papillon 12. Besetranirina Rakotomalala 13. Julie Rioux 14. Laurence Simard-Gagnon 15. Maria Wardeh
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