Dans son documentaire Toucher, Vanessa Boisset, tentent de nous faire croire que l’assistance sexuelle serait un besoin vital, voire un droit pour les personnes en situation de handicap et que, si nous refusons ce « service essentiel », au même titre qu’avoir accès à un médecin, nous contribuons à les stigmatiser et à les empêcher d’être heureux
Utilisons les vrais mots : ce qu’on appelle l’« assistance sexuelle » n’est rien d’autre que de l’exploitation sexuelle. Redéfinir l’exploitation en « service d’assistance » ne la rend ni éthique, ni acceptable. Ce n’est pas en changeant les mots qu’on change la réalité. Il est toujours ici question de faire appel à la prostitution, c’est-à-dire acheter des femmes, pour assouvir des désirs sexuels et, il faut le dire, le plus souvent ceux des hommes. Même en changeant de nom, l’industrie du sexe reste un système de violences socialement inégalitaire qui touche particulièrement les filles et les femmes racialisées et précarisées.
Nous sommes confrontés à une glamourisation de l’industrie du sexe et une valorisation des pratiques qui s’y rattachent, mais ce discours occulte les voix de la vaste majorité de celles qui y survivent et y ont survécu ainsi que le fait qu’une vaste majorité de ces femmes y sont contraintes et souhaitent en sortir.
Le « droit » à la sexualité
Qu’en est-il du droit à la sexualité ? Il n’existe tout simplement pas, contrairement à ce qui est sous-entendu par la réalisatrice, Mme Boisset. Nous sommes libres d’avoir une vie sexuelle épanouissante, mais il n’y a pas de droit à la sexualité. Voir la sexualité comme un droit transforme des rapports de domination en besoins légitimes, et des violences en services. C’est encore aux femmes que nous allons demander de remplir leur « devoir » pour répondre au « droit » des hommes d’avoir accès à notre corps.
Les droits des femmes encore remis en question
Les femmes ont lutté de longue date et luttent encore pour ne pas être assujetties aux désirs et aux besoins des hommes. Le discours sur « l’assistance sexuelle » et par le fait même sur « le droit à la sexualité » rappelle le « devoir conjugal » et autres « droits d’accès au corps des femmes » que nous avons combattus. On ne répond pas à un besoin que l’on considère comme essentiel en créant ou en perpétuant une injustice. Présenter l’achat de leur corps comme un service d’accompagnement, parfois même comme un geste altruiste, relève d’un dangereux renversement moral : la souffrance des unes devient la solution proposée à celle des autres.
Jennie-Laure Sully
Coordonnatrice
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES)
La CLES accompagne des femmes qui ont un vécu en lien avec la prostitution.
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