Édition du 24 janvier 2023

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Économie

L'hypocrisie du taux d'impôt unique

Le taux d’impôt unique est tellement inéquitable que même Georges W. Bush, un apôtre de la très grosse droite, a rejeté cette politique fiscale farfelue et, en fait, sous sa présidence, il y avait aux États-Unis six piliers d’imposition contre trois à Québec et quatre au fédéral.

En plus de prêcher pour l’abolition complète de l’impôt sur le revenu des entreprises, ce qui n’a jamais été fait dans aucun pays occidental, l’imparable conservateur Maxime « Jos Louis » Bernier, ancien conseiller économique du « social-démocrate » Bernard Landry, préconise également le taux d’impôt sur le revenu unique pour les individus. Cela simplifierait la préparation des rapports d’impôts que le Beauceron a dit.

Quelqu’un, ça peut être un lucide, peut-il dire à Maxime que ce n’est pas pantoute le nombre de paliers d’imposition qui complexifie le rapport d’impôts (une simple table d’impôts fait le calcul pour vous, peu importe le nombre de paliers) mais bel et bien la multiplication des abris fiscaux réservés aux bonzes comme les CELI, REER, REEE, REA, dividendes, actions accréditives, sociétés en commandite, gains de capitaux, fiducies familiales, dons, fractionnements du revenu, options d’achat d’actions et j’en passe. 



Les hypocrites qui militent en faveur d’un taux d’impôt unique savent très bien qu’avec les nombreux abris fiscaux disponibles, le recours aux paradis fiscaux et l’exonération de plusieurs revenus économiques (plus-value matérialisée sur les actifs) dans la détermination du revenu fiscal, que le taux unique est une fabulation, une tromperie. En présence des nombreux abris, paradis et exemptions fiscaux, le taux d’impôt « unique » effectif ou réel sera toujours beaucoup plus élevé pour la classe moyenne, qui ne peut utiliser ces magouilles fiscales, que pour les grosses poches.

C’est pas moi qui le dit mais bel et bien l’américain Warren Buffet, troisième fortune mondiale : « Je paye un plus bas taux d’imposition que ma secrétaire et que ma femme de ménage » (La Presse, 6 octobre 2010).

Prenons un exemple très simple, comme celui d’un banquier de votre choix, qui se fait payer sa rémunération annuelle de 5 M$ en options d’achats d’actions, comme le font tous, je dis bien tous les dirigeants de sociétés cotées à la Bourse au pays, et celui d’un simple employé de la même banque qui encaisse son salaire annuel de 60 000 $ par chèque de paie.

Supposons un taux d’impôt « unique » de 10 % et aucun recours aux paradis fiscaux par le boss, ce qui est peu probable. Avec la complicité de ses politiciens, comme le patron reçoit son salaire par le biais d’options d’achat d’actions, seulement la moitié de sa grosse rémunération sera alors imposable, soit 2,5M$ sur 5 M$, ce qui ramènera son taux d’impôt effectif supposément unique à 5 % seulement, alors que le dindon d’employé, qui perçoit sa pitance par chèque, tout son salaire sera imposable pour un taux d’impôt effectif de 10 %.

Le taux d’impôt unique est carrément une arnaque préconisée par les opportunistes qui veulent, pour leur bien-être, taxer la consommation et tarifier les services publics plutôt que le revenu. Avec l’utilisation certaine de nombreux autres abris fiscaux réservés strictement aux gras durs, le dirigeant de banque verra son taux d’impôt « unique » réel baisser nettement en dessous de 5% alors que notre « cocu » d’employé verra le sien maintenu à 10% faute « d’argent » pour jouir de ces mêmes abris. 

Même si, au Québec, on en est rendu à quasiment un taux unique puisqu’il existe aujourd’hui que trois paliers d’imposition avec un taux d’impôt maximal de 24% (moins l’abattement fédéral) au haut de l’échelle. Dans les années 1970 et 1980, on avait, au fédéral et au provincial, un régime fiscal plus juste et plus progressif avec plus de 12 paliers.

Mais, le lobby des grosses pointures a eu gain de cause une autre fois, avec la complaisance de leurs élus. Le taux d’impôt unique est tellement inéquitable que même Georges W. Bush, un apôtre de la très grosse droite, a rejeté cette politique fiscale farfelue et, en fait, sous sa présidence, il y avait aux États-Unis six piliers d’imposition contre trois à Québec et quatre au fédéral. Avec Stephen Harper, au Canada, le taux maximum d’impôt (sur le revenu fiscal) d’un contribuable est de 24% contre 35% au fédéral aux États-Unis sous George W. Bush que Barack Obama veut augmenter à 39,5% (Business Week, 20 septembre 2010). Sans compter les impôts successoraux qui reviennent en 2011 aux states alors qu’ici, au Québec et au Canada, ils ont été abolis à tout jamais. La devise ici est « détaxons nos riches et taxons et tarifions les autres ». De toute façon, ils ne peuvent pas nous menacer de partir.

Concluons en affirmant que le taux d’impôt supposément « unique » est un autre attrape-nigaud à ajouter à la tarification des services publics, les taxes à la consommation, les abris fiscaux et les paradis fiscaux, etc. applaudis par les « experts » inféodés.

Cet article est tiré du site web du journal Métro

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