Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

L’indépendance, moteur de la lutte sociale au Québec, bilan et perspectives –Partie 1

Le courant de gauche et particulièrement Québec solidaire ont connu de nombreux débats concernant le PQ, sa caractérisation et les politiques d’alliances. Voici un premier article qui traite du bilan de la gestion néolibérale du PQ et de son impact sur l’adhésion à la souveraineté. Dans la prochaine édition un second article traitera de la situation actuelle et des perspectives.

Pour lire la deuxième partie.

La période de 2014 jusqu’au congrès de QS en mai 2017 a connu des débats riches en contenu. Les décisions prises par les membres ont conduit QS à présenter des candidatures dans toutes les circonscriptions et à ne pas faite d’alliances avec le PQ.

Ce fut une décision d’une importance majeure. Dans le cas contraire QS aurait participé à entretenir la confusion concernant le PQ et ses politiques néolibérales. Il y a fort à parier que les négociations d’alliances électorales n’auraient pas abouti, le PQ ne cédant évidemment pas les endroits où il était devant QS dans les intentions de vote. L’enjeu majeur pour le PQ, était bien plus d’accrocher la chaloupe QS derrière le navire amiral PQ. Au final ce qui est certain, c’est que le résultat du 1er octobre n’aurait pas été le même pour QS, qui aurait perdu beaucoup de sa crédibilité.

Aujourd’hui le même débat semble pointer à l’horizon. L’édition de décembre de l’Action Nationale a publié un article de Gilbert Paquette intitulé La chance d’une renaissance du combat indépendantiste, dans lequel il a voulu dresser un bilan des erreurs, parce que pour lui il s’agit d’erreurs, qui auraient causé d’une part le recul historique du PQ et d’autre part le dérapage de la convergence souverainiste. Le but étant de reconstruire cette convergence en tenant compte de la nouvelle réalité politique où le PQ et QS pourraient créer ensemble un mouvement rassembleur souverainiste en faisant chacun appel à leurs clientèles respectives.

Nous voulons ici dresser un autre bilan et proposer des perspectives qui permettront de faire face aux défis que représente la construction d’un Québec où toute la population sera souveraine. Un réel bilan doit traiter de l’ensemble de l’oeuvre et non pas se limiter à la dernière période pré électorale comme le suggère monsieur Paquette.

Le PQ fossoyeur de la souveraineté et de l’espoir de changement social

La question nationale a été déterminante dans les rapports de forces et les luttes populaires au Québec. Depuis plus d’une cinquantaine d’années cela a été une composante de l’accroissement des luttes sociales, qui a souvent agi comme ciment des luttes contre le Capital considéré comme étranger. En effet l’État canadien s’est construit comme représentant de la bourgeoisie anglo-saxonne en annihilant les droits des minorités, ceux des autochtones et du peuple canadien-français en particulier.

Cet état de fait qui a façonné la politique québécoise a connu une période de mobilisation intense au milieu des années 1960 et au début des années 1970. Fondé en 1968 le PQ a pris naissance dans cette vague et s’est développé rapidement jusqu’à prendre le pouvoir en 1976. Mais face à la réalité économique il a rapidement confronté la base qui l’avait pourtant porté au pouvoir.

N’étant pas construit comme parti ouvrier ou comme parti de gauche, mais comme parti voulant construire et représenter la petite bourgeoisie québécoise montante, il ne pouvait que se confiner aux règles des institutions financières qui calibrent les taux d’intérêts des emprunts gouvernementaux en fonction de leur capacité à réduire les dépenses salariales et augmenter les profits des sociétés.

En tant que nouveau parti au pouvoir sa capacité de financement était cruciale. Incapable de concevoir une alternative économique qui remettrait en question les profits des compagnies, et faisant face à une période de récession économique, le gouvernement du Parti Québécois a donc choisi de mener l’offensive contre le mouvement ouvrier lors des négociations du secteur public de 1983 afin de préserver son pouvoir d’emprunt. De Parti politique porté par les luttes sociales des années 1970, il est ainsi devenu le premier à freiner de façon durable l’essor du mouvement syndical.

Sans surprise, il perdit le pouvoir aux élections suivantes en 1985 aux mains du Parti Libéral, passant de 80 à 23 députés. Ce n’est qu’en 1994 qu’il reprit le pouvoir avec le gouvernement Bouchard et le même scénario se reproduisit. Confronté encore une fois à une période de récession, son gouvernement choisit le même remède et procède à une déstructuration inégalée du secteur public. Le déficit zéro de Lucien Bouchard est ainsi passé à l’histoire comme opération qui a engendré des conséquences dévastatrices durables, particulièrement dans le système de santé.

Le PQ a réussi à se maintenir au pouvoir aux élections suivantes de 1998 malgré un pourcentage de vote plus faible 42,87% que celui obtenu par le Parti Libéral 43,55%. Cette élection a confirmé que pour lui le vote proportionnel ne serait certainement pas à l’ordre du jour. Le Parti Libéral revint au pouvoir en 2003. En 2012, après près de dix ans de régime d’austérité libérale et après une lutte historique du mouvement étudiant, le PQ est élu mais avec seulement 0,75% de majorité. Indice que son historique commence à peser lourd.

Au lieu de prendre pied sur la mobilisation étudiante encore chaude, le PQ poursuit les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Le ministre des finances Nicolas Marceau propose dans son premier budget de revenir au déficit zéro de Lucien Bouchard. Peu de temps après la ministre Agnès Maltais réduit les prestations d’aide sociale.

Ce bilan du PQ et de ses politiques antisociales n’est pas sans conséquences sur sa propre survie comme on peut le constater. Son offensive anti syndicale de 1983 a certainement été à l’origine de sa défaite aux élections suivantes comme l’indique la position des membres de la FTQ qui avaient rejeté une résolution d’appui au PQ en congrès provenant de la direction de la centrale pour les élections de 1985. C’était la première fois que Louis Laberge subissait un tel revers.

On ne doit pas négliger l’importance du Parti Libéral comme parti historiquement dominant, mais on peut constater que les échecs électoraux du PQ sont dans plusieurs cas la conséquence de la trahison des espoirs qu’il avait suscités.

Mais ses politiques antisociales ont aussi eu des conséquences désastreuses sur l’appui à la souveraineté. Selon une étude de la firme de sondage Léger, couvrant la période du référendum de 1995 et après, l’appui à la souveraineté a connu une descente presque continue qui coïncide avec la période du déficit zéro en 1996, avec une remontée dans la période 2003-2006 durant les premières années du mandat de Jean Charest. Cet appui a continué de descendre par la suite même durant le passage au pouvoir du gouvernement Marois en 2012-2014. (1)

La charte des valeurs élaborée par le ministre Drainville a donné le coup de grâce. En ostracisant ainsi les femmes qui portent le hijab, le PQ a envoyé un message troublant aux communautés ethnoculturelles. Un Québec indépendant serait pour elles un État d’oppression empreint d’un climat de peur. Comme si ce n’était pas assez, le Bloc québécois de Gilles Duceppe a enfoncé le clou lors des élections fédérales de 2015.

La suite des événements leur a donné raison, le fait que des personnalités publiques de partis politiques reconnus puissent agir de la sorte a encouragé les préjugés et donné un feu vert, une légitimité, aux personnes ayant ces préjugés envers les communautés ethnoculturelles minoritaires, préjugés qui se sont manifestés de plus en plus ouvertement depuis.

Les politiques néolibérales et par conséquent anti environnementales du PQ représentaient déjà une preuve suffisante pour le disqualifier comme parti pouvant porter les revendications sociales de la population. La charte des valeurs a, quant à elle, cloué le dernier clou dans le cercueil en ce qui concerne la stratégie référendaire du PQ et la possibilité de rallier la population derrière un projet souverainiste sous sa gouverne.

Voilà le bilan qu’il faut tirer afin de comprendre l’effondrement de ce parti. Il ne s’agit pas d’erreurs tactiques de Lisée durant la dernière campagne électorale comme le suggère monsieur Paquette, mais bien d’une descente continue d’un parti qui a appliqué depuis des décennies les mêmes politiques antisociales que les libéraux. La ligne de conduite de Jean-François Lisée quant à elle, est plutôt la conséquence du cul de sac où le PQ était arrivé concernant l’accès à la souveraineté. Il ne restait plus que le pouvoir à tout prix, c’est d’ailleurs pour cette raison que les membres du PQ l’ont choisi. Nous en traiterons plus dans le prochain article.

L’arrivée de Québec solidaire en 2006, avait ainsi répondu à cet échec et rempli un espace politique qui s’ouvrait en permettant d’offrir de nouvelles perspectives.

(1) Le tableau tiré de L’État du Québec, 2015 - sondage Léger

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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