Édition du 1er septembre 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections québécoises 2026

L'indépendance ne peut être qu'un changement fondamental anticapitaliste

Si le manifeste Nouveau Québec libre de Québec solidaire a pour objet de convaincre la population de la souveraineté, il ne va convaincre que les convaincu·es. On y parle de la fédération canadienne comme d’un tout abstrait qui n’a aucune volonté de concéder quoi que ce soit au Québec, et d’un Québec tout aussi abstrait des peuples du Québec, à l’exception des nations autochtones.

Il ne nomme pas les principaux acteurs au Québec que sont les syndicats, les mouvements féministes, en fait la classe ouvrière. C’est la même chose pour la définition du Reste du Canada : les syndicats et les mouvements sociaux qui luttent pour un changement social ne semblent pas exister.
Personnellement, je fais partie du Syndicat des Travailleurs et Travailleuses des Postes dont on peut dire qu’il est un syndicat très combatif.

Le texte mentionne des allusions vagues comme « Allons-nous encore une fois laisser le Canada sacrifier nos intérêts au profit de ceux de la majorité canadienne ? »

Mais de quoi parle-t-on ?

Le Canada est un État impérialiste dont l’économie est basée sur les multinationales qui œuvrent aussi au Québec. La population y est aussi exploitée qu’au Québec et cherche des issues. Il faut s’adresser aux principaux écueils. Quels sont-ils ?

La montée de l’extrême droite au sud de notre frontière change la sensibilité face à l’indépendance, qui devient une question secondaire ou, plus encore, qui affaiblirait le Canada face à la menace de Trump. C’est le type de questions auxquelles le texte de QS devrait répondre.

Paul St-Pierre Plamondon a décidé de reporter le référendum à une époque post-Trump dans une période où l’accalmie sera revenue. Mais il n’y aura pas d’accalmie dans la période à venir.

L’impérialisme américain n’abandonnera pas son rôle de prédateur après le départ de Trump. La crise climatique s’accentue dramatiquement et la montée de l’extrême droite se développe sur la planète.
Selon Jean-Pierre Valdebenito, « à mesure que les élections approchent, le PQ recule. Comme toujours. Il faut dire que, depuis sa création, c’est le même parti : un parti de gestion néolibérale du pouvoir provincial, qui ressort les vieilles recettes : conditions gagnantes, questions alambiquées et souveraineté-association par en haut. Son projet n’a jamais été un projet d’émancipation. Ni politique, ni économique, ni social, ni culturel. Son projet ne sait pas qui il affronte. L’indépendance qu’il propose ne libère pas : elle change simplement le cadre de gestion pour renégocier au jour 1 les conditions de notre dépendance. »

Il nous faut donc regarder quelles sont nos perspectives et voir que la réalisation de l’indépendance ne peut être autre chose qu’un outil de changement vers une société égalitaire.

Le texte de QS ne permet de répondre à aucune de ces questions. Il faut donc donner un argumentaire beaucoup plus élaboré et une perspective de changement social avec une vision internationaliste. L’indépendance ne peut être autre chose qu’un changement de société où le mouvement ouvrier et populaire prend le contrôle de sa destinée. Mais on ne pourra réaliser cet objectif seuls.

Dans un texte des Nouveaux cahiers du socialisme numéro 24 « Le Défi de lutter ensemble », Andréa Levy et moi avions élaboré une perspective qui se basait sur la combinaison de la lutte de la gauche canadienne, des nations autochtones et des forces sociales et populaires au Québec dont voici les grandes lignes.

Pour la gauche au Québec et au Canada, il importe de définir une stratégie de lutte commune et organisée pour se réapproprier le pouvoir dans l’État canadien. La lutte doit être commune parce qu’on ne peut au Québec réussir à créer une société égalitaire et indépendante sans faire face à l’État canadien et parce qu’une perspective écologiste ne peut se réaliser uniquement à l’intérieur de nos frontières. Le Québec a besoin de l’appui et de la collaboration des travailleurs et des travailleuses et des groupes populaires du Canada anglais, et ces derniers ne peuvent développer une perspective émancipatrice sans adhérer à une stratégie de lutte anticapitaliste commune avec les forces progressistes du Québec.

La crise environnementale et sanitaire nous place devant un défi incontournable. Nos sociétés doivent changer de cap, au Québec, au Canada et dans le monde entier. Nous ne pouvons laisser la classe capitaliste dominer le monde. Au Québec et au Canada, nous devons réfléchir aux moyens pour réaliser cet objectif à l’échelle continentale de l’Amérique du Nord, à tout le moins dans l’État canadien.

Les compagnies multinationales et institutions financières, de par leur contrôle financier, mettent une pression économique sur les décisions des gouvernements. En 2025, l’agence de notation Standard & Poor’s avait abaissé la cote de crédit du Québec, d’AA- à A+. Elle invoquait un déficit persistant, une croissance de la population qui ralentit et la guerre tarifaire avec les États-Unis pour justifier sa décision.

Les institutions financières exercent donc un contrôle ou une pression sur les décisions politiques. La lutte nationale au Québec ne peut donc se concevoir comme le rapatriement des pouvoirs. Une telle conception aurait comme logique la reproduction des mêmes schèmes que ceux du capitalisme canadien, mais sous contrôle québécois. Cela fut en quelque sorte l’expérience du Québec inc. Mais finalement, les règles de l’économie mondialisée ont eu raison des Rona, Saint-Hubert, Cirque du Soleil et C Series de Bombardier qui sont devenus des avoirs étrangers.

Il ne faut pas confondre gouvernement et État. Le gouvernement n’est qu’un instrument qui demeurera limité, même s’il peut se situer à gauche dans certaines occasions, car il reste régi par les règles des corporations et des institutions financières, à plus forte raison dans un système économique mondialisé. Souvenons-nous du sort que la Banque centrale européenne a réservé à la Grèce (qui est pourtant un État souverain), qui a éteint les espoirs de la gauche de par le monde, suscités par l’accession au pouvoir de Syriza.

Le rôle dévastateur du PQ

Il ne faut pas penser que PSPP est une déviation de l’histoire du PQ.

Dans les années 1990, pendant que le gouvernement conservateur de Mike Harris en Ontario imposait des coupes profondes au système de santé en fermant des hôpitaux et en licenciant des milliers d’infirmières, les gouvernements du PQ sous Jacques Parizeau et Lucien Bouchard agissaient de la même manière et sabraient dans les budgets de la santé avec des fermetures d’hôpitaux et l’élimination de 12 000 postes d’infirmières.

En brimant les mouvements populaires, le PQ étouffait aussi la force mobilisatrice nécessaire à l’indépendance.

Les perspectives

Le recul de Paul St-Pierre Plamondon démontre sa couardise devant l’adversité, mais surtout que le PQ n’a aucun plan ni aucune stratégie pour réaliser l’indépendance sauf peut-être dans une situation où il naviguerait sur un long fleuve tranquille. Mais ce n’est et ne sera pas le cas.

Seul le programme de Québec solidaire concernant le processus d’assemblée constituante, un processus éducatif, démocratique et politique, peut permettre d’arriver à un changement de société. Mais pour réussir pleinement, les peuples doivent commencer à lutter ensemble.

André Frappier

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André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il est membre du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension.

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