Le chroniqueur lance un ultimatum aux indépendantistes de toute allégeance : la souveraineté se fera avec le PQ ou ne se fera pas ! Conséquemment, peu importe la teneur socio-politique, économique et culturelle derrière ce projet, il faut y adhérer sous peine d’être accusé de jouer le jeu des fédéralistes qui, comme on le sait, prennent un malin plaisir à mettre les batons dans les roues à tout projet émancipateur du Peuple québécois, qu’il soit interne ou externe aux structures actuelles du fédéralisme !
De fait, cette attitude rigide, voire « sectaire » réduit d’emblée les alternatives possibles au programme du PQ pour les prochaines élections et la tenue d’un éventuel référendum. David (comme bien d’autres souverainistes plus ou moins à droite) opère un strict clivage entre la question nationale et la question sociale, ce que refuse de faire la gauche (tout comme plusieurs Solidaires) pour des raisons à la fois politiques et éthiques. L’indépendance, comme tout projet d’envergure de cet ordre, peut être instrumentalisée à des fins moins vertueuses, en l’occurrence « identitaires », « chauvines » et parfaitement « réactionnaires ». Les propos de PSPP sur les immigrants et un futur Québec soi-disant « prospère » ont eu l’effet d’une douche froide sur bien des citoyens qui seraient favorables à la souveraineté mais pas à n’importe quelle condition. Et il ne s’agit aucunement d’une phobie, d’un sabotage ou d’une quelconque hostilité nourrie délibérément envers le PQ comme l’affirme gratuitement Michel David ; tout simplement, la manifestation d’un esprit « critique » qui s’avère tout à fait nécessaire en ces temps de xénophobie péquiste et caquiste parfaitement revendiquée.
Les indépendantistes non-péquistes ont raison de se méfier d’un projet de souveraineté mené de l’avant par un politicien comme PSPP (qui rappelle un peu Marissal par son côté un tantinet « opportuniste »), non pas par aversion innée pour l’aspiration du Québec à sa pleine autonomie (politique, sociale et économique) mais compte-tenu du fait que le chef actuel du PQ s’inscrit d’emblée dans la mouvance « nationaliste identitaire » qui a pris son envol à la faveur de la crise des accommodements raisonnables en 2006. Déjà en 1995, Parizeau (un « bonze » du souverainisme rationnel, économique, libéral) s’est évertué à s’aliéner (lui et les leaders péquistes à lui succéder) pour de bon les Québécois issus de l’immigration avec son constat pour le moins « maladroit » sur les causes de la défaite référendaire. Marois en a rajouté une couche avec sa Charte des valeurs et J.-F. Lysée a couronné le tout en mettant en garde les Québécois (les « vrais », les Québécois « de souche ») contre la menace que représenterait un environnement constitué de femmes voilées autour de nos écoles publiques !
Il faut faire preuve d’un aveuglement volontaire pour continuer à sous-estimer, comme le fait Michel David, cette dimension identitaire devenue centrale au PQ et qui explique les réticences « justifiées » de la base militante de QS quant à une éventuelle collaboration avec le parti de PSPP aux prochaines élections ou pour lutter à ses côtés dans le camp du « Oui », advenant la tenue d’un troisième référendum (ce qui n’est pas encore fait). Tout comme il est parfaitement démagogique d’affirmer que : « Si le PQ et la CAQ persistent à miser sur l’insécurité des Québécois en présentant les immigrants comme une menace pour le français et comme un poids insupportable sur les services publics, c’est que cela trouve un écho dans l’électorat. »1
Il s’agit là de l’argument préféré des populistes d’extrême-droite : « Ce n’est pas nous qui sommes xénophobes ou inquiets des retombées de l’immigration, c’est le Peuple. En bons démocrates que nous sommes, on ne fait que répondre à la demande de sécurité des citoyens ! » Comme si l’« offre » politique ne jouait aucun rôle dans l’opinion publique, comme si les manœuvres politiciennes qui consistent à détourner le regard de l’électorat des vrais enjeux (sous-financement des programmes sociaux, allégements fiscaux des plus riches, gaspillage d’argent public dans des projets « broche-à-foin », déni de diverses crises dont les gouvernements sont en bonne partie responsables : crise du logement, crise de l’environnement, perte de confiance populaire dans les Institutions parlementaires et la démocratie libérale, survalorisation du privé au détriment du public, relations incestueuses entre le Québec inc et les élus) vers de faux enjeux (immigration soi-disant « massive », « capacité » d’accueil jamais exactement chiffrée, incompatibilité naturelle, voire « génétique », entre les différentes cultures, prosélytisme volontaire et malveillant des immigrés arabo-musulmans) ne contribuaient pas à maintenir au pouvoir une caste de dirigeants dont l’incompétence et la partisanerie ne s’étaient jamais observées de façon aussi éclatante depuis les plus belles heures de l’Union Nationale à l’époque de Maurice Duplessis.
« L’Indépendance à tous prix » semble scander les chroniqueurs du Devoir, en phase avec les souverainistes qui tournent autour du PQ comme la lune autour de la terre, ne pouvant résister à sa force gravitationnelle : « Faire du Québec un pays est sans doute le meilleur moyen — et même le seul — d’[e] parvenir [à dissiper cette insécurité]. »2 Est-ce si sûr ?
N’y a-t-il pas une part de pensée magique dans cette affirmation tellement de fois répétée qu’elle en devient redondante ? Avons-nous la capacité, en tant que Québécois « de souche », de nous mettre, ne serait-ce qu’un instant, dans la peau d’un Québécois issu de l’immigration (récente ou moins récente) qui observe la scène politique et voit les Legault, Boulet, Roberge, PSPP faire des amalgames (plutôt obscènes) entre problèmes sociaux « chroniques » et immigration qu’on dit « incontrôlée » (ce qui est évidemment faux — ce sont des choix politiques qui ont été faits, entre autre, pour accommoder les patrons d’entreprises en manque de main d’œuvre, ce qui n’est pas, en soi, une mauvaise raison) ?
Qu’adviendrait-il de ce Québec « inclusif » qu’aurait déjà défendu PSPP s’il s’avérait qu’un polémiste xénophobe et réactionnaire comme Mathieu Bock-Côté (MBC) devenait un jour Ministre de l’Immigration (des Communautés culturelles et de l’« Inclusion ») dans un éventuel gouvernement péquiste ? MBC qui appuie ouvertement la candidature d’Éric Zemmour à la présidentielle française, dont un des projets les plus délirants consiste à renvoyer dans leur bled respectif les « citoyens » de la République issus de l’immigration (non seulement les nouveaux arrivants mais aussi ceux des deuxième et troisième générations — donc des « citoyens » français à part entière puisque nés sur le sol français).
Ce n’est pas de la science-fiction mais simplement l’éventail des possibles advenant une souveraineté administrée par des nationalistes qui se croiraient autorisés à passer outre tout ce qu’ils associeraient, de près ou de loin, à tort ou à raison, à du multiculturalisme dont le Québec se serait débarrassé en quittant le Canada et sa Charte des droits et libertés qui aurait entravé l’aspiration des Québécois à leur pleine émancipation. N’en déplaise aux journalistes qui attendent avec impatience un nouveau référendum, le PQ n’a pas le monopole de l’idée, de la mouvance et du processus politiques qui mèneraient à l’Indépendance, d’autant plus qu’il n’a jamais été un parti « indépendantiste » (au sens fort) mais un parti « souverainiste » qui tient à garder un lien économique fort et étroit avec le reste du Canada (ROC) afin de rassurer les marchés, le milieu des affaires et la classe capitaliste en général. Reste à savoir si le ROC acceptera de jouer le jeu dans lequel il pourrait avoir l’impression d’être le dindon de la farce.
Mario Charland
Shawinigan
Notes
1. Le Devoir, jeudi 11 novembre, 20205. C’est moi qui souligne.
2. Ibid.C’est moi qui souligne.
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