Tiré de Entre les lignes e les mots
29 juin 2026
Lorsque l’on parle de violence à l’égard des femmes, ce sont souvent des images bien connues qui dominent : coups, séquestration, meurtres.
Mais il existe une autre forme de violence, qui n’en est pas moins brutale : une violence qui se dissimule sous le masque du consentement libre et se cache derrière la nécessité économique. Cette violence se déroule loin des regards du public – dans les champs de canne à sucre et sur les tables d’examen de médecins qui ne s’enquièrent pas du consentement de la patiente, mais de sa capacité à payer l’intervention.
Ce que révèlent les enquêtes menées dans l’État indien du Maharashtra n’est ni un incident isolé, ni une défaillance passagère d’un système de travail qui pourrait être corrigée par une modification législative ici ou une campagne de sensibilisation là.
C’est l’un des visages du système capitaliste dans sa forme d’expression la plus frappante : le corps d’une femme n’est pas traité comme un corps humain, porteur de souffrance, de dignité et d’un droit à la sécurité. Il est traité comme une machine de production dont l’efficacité doit être optimisée et les pannes minimisées. Dans cette logique, le cycle menstruel n’est rien d’autre qu’un dysfonctionnement technique que l’on résout par la chirurgie.
Le système capitaliste transforme le corps de la femme en une machine de production
L’exploitation des femmes sur le marché du travail et la marchandisation de leur corps sont les deux faces d’une même médaille. Ce qui arrive aux femmes du Sud dans les usines textiles et les plantations de canne à sucre est l’expression la plus flagrante d’un système qui tire profit de la vulnérabilité des femmes et fonde ses profits sur leur désespoir.
Des enquêtes menées par le journal britannique The Guardian ont révélé les conditions de travail difficiles des femmes employées dans les champs de canne à sucre de l’État indien du Maharashtra. Il est rapporté que certaines d’entre elles subissent des pressions pour se faire retirer l’utérus afin de pouvoir travailler davantage d’heures sans interruption due aux douleurs menstruelles ou à une grossesse.
Selon cette enquête, ces femmes travaillent de longues journées pouvant aller jusqu’à 18 heures par jour. Elles effectuent des tâches pénibles, notamment la récolte de la canne à sucre, son transport et son chargement sur des camions et des tracteurs.
Les militantes soulignent que les salaires sont extrêmement bas et souvent inférieurs à 4 livres sterling (environ 35 couronnes danoises, ndlr) par jour. Si les tâches ne sont pas accomplies ou si les femmes s’absentent, elles s’exposent à des amendes ou à des retenues sur salaire. Cela accentue la pression exercée sur les travailleuses pour qu’elles acceptent ces conditions de travail difficiles.
« Le problème des règles » et la stérilisation forcée
Certaines militantes et défenseures expliquent que l’on fait croire à certaines travailleuses qu’une hystérectomie (ablation de l’utérus, ndlr) les libérera du « problème des règles » et leur permettra de travailler de manière plus régulière.
Même s’il n’y a pas, dans certains cas, de contrainte directe, les difficultés économiques poussent de nombreuses femmes à considérer cette opération comme leur seule chance de continuer à travailler.
La militante Manisha Vaingankar Tokle explique que les douleurs menstruelles ou la grossesse sont considérées comme une cause d’absentéisme au travail et donc de perte de revenus, ce qui pousse les femmes à faire des choix médicaux dangereux dans certains cas.
Selon des études menées par des organisations non gouvernementales locales en 2019, le taux d’hystérectomies pratiquées chez les femmes de la région de Beed atteignait environ 36%, contre une moyenne nationale en Inde d’à peine 3 %.
Des rapports locaux ont également révélé que plus de 13 000 travailleuses ont subi cette intervention sur une période de dix ans, parmi lesquelles des femmes de moins de 25 ans. Rien qu’en 2024, 843 femmes ont subi cette intervention avant la saison agricole, dont 477 âgées de 30 à 35 ans – un âge auquel cette intervention ne relève pas des normes médicales.
Bien que les autorités aient annoncé l’ouverture d’enquêtes et la mise en œuvre de réformes, les militantes affirment que les changements ont été insuffisants et que le problème persiste.
Des filles se marient dès l’âge de 12 ans et travaillent dans les champs
D’autres rapports indiquent que les mariages précoces et les grossesses précoces – associés à un travail pénible dans les champs de canne à sucre dès le plus jeune âge – aggravent également le problème. Dans certains cas, des filles âgées d’à peine 12 ans sont contraintes de se marier et de partir avec leur mari pour travailler dans les champs, où elles continuent à travailler dans des conditions difficiles, au moment de leurs règles, et tout au long de leur grossesse.
Les militantes décrivent ces conditions comme s’apparentant au travail forcé, les femmes n’étant pas autorisées à s’absenter, même pendant leurs règles, leur grossesse ou après un avortement. En cas d’absence, leur salaire est réduit ou elles se voient infliger des amendes supplémentaires.
Cette affaire a déclenché un vaste débat sur les droits des ouvrières agricoles en Inde et met en lumière l’exploitation économique ainsi que son impact sur la santé et les droits fondamentaux des femmes.
Une femme qui accepte de se faire retirer l’utérus pour garantir le revenu dont elle a besoin pour nourrir ses enfants n’a pas la liberté de choisir.
Cette absence de choix résulte d’un chantage capitaliste structuré, engendré par une législation du travail fragile, un système dominant de crédits agricoles et l’absence de tout filet de sécurité sociale.
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Ce texte a d’abord été publié sur Ahewar.org. Ahewar.org est le site web d’Alhewar Almotamaden, l’une des plus grandes plateformes indépendantes arabes de médias et d’intellectuel·les de gauche. Fondée en 2001, cette plateforme publie des articles, des analyses et des débats sur la politique, la culture, les droits humains, les questions sociales et les idées progressistes.
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Bayan Saleh, 9 juin 2026
Bayan Saleh est une militante féministe de gauche et coordinatrice du Centre pour la condition féminine.
https://solidaritet.dk/livmoderen-som-pris-for-broed-en-kapitalistisk-forbrydelse-paa-indiens-sukkermarker/
Traduit par DE
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