Édition du 27 septembre 2022

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Canada

La Colombie-Britannique dépénalise la possession de petites quantités de drogues dures

Le gouvernement canadien prête l’oreille à ceux qui affirment que la criminalisation de l’usage des drogues dures est contre-productive : afin de répondre au fléau des overdoses en Colombie-Britannique, il autorise une exception dans cette province. Mais des voix s’élèvent pour dénoncer la portée limitée de la mesure et son long délai d’application.

Tiré de Courrier international. Photo : Comprimés d’ecstasy saisis à l’aéroport de Cologne, en Allemagne (image d’illustration) Photo Oliver Berg-DPA Picture-Alliance via AFP.

La situation est alarmante en Colombie-Britannique. Le site de Radio-Canada rapporte que cette province de l’ouest du Canada, qui comprend notamment la ville de Vancouver, a enregistré l’an dernier 2 224 décès dus à des overdoses, “soit en moyenne 6 par jour”. En tout, signale le Globe and Mail, “rien qu’en Colombie-Britannique, près de 10 000 personnes sont décédées depuis 2016”. Selon les autorités, “les drogues toxiques causent plus de décès que toute autre cause de mort non naturelle”.

Pour tenter de remédier au problème, le gouvernement canadien a prêté l’oreille à ceux qui soutiennent que les politiques répressives sont contre-productives. Comme il l’annonçait sur son site officiel le 31 mai, il a décidé d’accorder à la province une exemption à la loi fédérale et de décriminaliser la possession de petites quantités de drogues dures comme la cocaïne, les opioïdes, la méthamphétamine et l’ecstasy. Ce qui fait que, “du 31 janvier 2023 au 31 janvier 2026, les adultes de 18 ans et plus en Colombie-Britannique ne feront pas l’objet de poursuites pénales pour la possession d’un maximum de 2,5 grammes de certaines drogues illicites à des fins personnelles”. La production, le trafic et l’exportation resteront illégaux.

Le but de l’opération ? “Freiner la crise des surdoses en Colombie-Britannique et réduire la stigmatisation des toxicomanes [pour] les amener à se tourner vers des services de soutien” sans craindre des poursuites, résume Radio-Canada dans un autre article. Mais également, indique la ministre de la Santé britanno-colombienne, Sheila Malcolmson, permettre aux forces de l’ordre de se “concentrer sur le crime organisé et les trafiquants de drogue plutôt que sur les utilisateurs individuels”.

De nombreux sceptiques

L’annonce a soulagé le maire de Vancouver, Kennedy Stewart, qui a déclaré :

  • “Chaque lundi, je reçois un courriel qui m’indique combien de personnes sont mortes de surdoses à Vancouver au cours de la semaine précédente.”

Mais “alors que de nombreuses personnes sur le terrain en Colombie-Britannique disent que c’est un pas dans la bonne direction”, rapporte la CBC, d’autres doutent carrément de l’efficacité de la mesure. La source rappelle que le gouvernement provincial avait suggéré à Ottawa “un seuil allant jusqu’à 4,5 grammes de drogues illicites – une quantité que de nombreux critiques considéraient déjà comme trop faible”.

Un membre du réseau d’utilisateurs de drogues de Vancouver Vandu, Garth Mullins, affirme que l’exemption proposée ne sera d’aucune utilité pour les consommateurs effrénés qui prennent 2,5 grammes de drogue “au petit-déjeuner”.

Trop peu, trop tard

Ce seuil “ridiculement bas” pourrait conduire les utilisateurs à se procurer de la drogue plusieurs fois par jour, augmentant ainsi leur risque de tomber sur un mauvais produit, estime Leslie McBain, la cofondatrice du groupe de soutien Moms Stop the Harm, auprès du Vancouver Sun.

Une autre critique concerne le délai d’application de cette nouvelle disposition. Ainsi, l’ex-président de Vandu Dean Wilson affirme à la CBC que 1 200 autres personnes ou plus pourraient être mortes d’ici sa mise en place, l’année prochaine.

Vient enfin la portée géographique limitée de la mesure, relève Le Devoir. Ainsi le député d’opposition Alexandre Boulerice, favorable à une dépénalisation dans l’ensemble du pays, s’est-il exclamé : “Bravo pour les gens de Colombie-Britannique, mais il y a des gens qui meurent partout [dans le] pays.”

Le journal québécois remarque que si, à ce jour, aucune autre province canadienne n’a requis d’exception auprès du gouvernement, “cette évolution en matière de décriminalisation pourrait […] n’être que le début, puisque le gouvernement Trudeau promet d’étudier au cas par cas toutes les demandes qui lui sont présentées”.

Martin Gauthier

Martin Gauthier

Journaliste au Courrier international.

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