Édition du 9 juin 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Conférence internationale anti-fasciste pour la souveraineté des peuples

La conférence de Porto Alegre et au-delà — Quelques réflexions

Je partage les arguments avancés par les camarades de la Coordination ENSU concernant les modalités et les objectifs de la participation du RESU/ENSU — le Réseau européen de coordination avec l’Ukraine — à la Conférence de Porto Alegre (POA), en réponse aux camarades de la Fédération syndicale Solidaires qui ont contesté cette décision.

25 avril 2026, par SAMARY Catherine
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78631

« La décision de participer à la conférence de Porto Alegre, qui a reçu un large soutien au sein du réseau, a été prise uniquement en raison de l’opportunité précieuse qu’elle offrait aux milliers de militant.es présents d’entendre directement la délégation ukrainienne composée de syndicalistes et de militants de gauche. Ceux qui ne connaissent que peu, voire pas du tout, la réalité en Ukraine ont pu découvrir sa double lutte – contre l’envahisseur russe et contre les politiques néolibérales du gouvernement – grâce à des militant.es pleinement engagés dans ce combat. »

Je voudrais souligner ici deux séries de points liés aux évaluations manifestement nécessaires de cette conférence de Porto Alegre – qui sont importantes pour les décisions futures.

1) Les objections les plus radicales à notre participation s’accompagnaient d’une prédiction/crainte que notre présence et celle de nos camarades ukrainiens et russes soient purement exploitées par les factions pro-gouvernementales et pro-régime. Cependant, même si elles étaient clairement minoritaires, ces présences et interventions ont compté et ont en partie influencé la déclaration finale, même si ce texte reste, pour nous, manifestement insatisfaisant quant à la condamnation explicite de l’agression de la Russie contre l’Ukraine.

2) Nous devons tenir compte des aspects évolutifs et imprévisibles de cette conférence :
• en particulier, nous devons bien sûr critiquer la présence inattendue, lors d’une table ronde de cette conférence « antifasciste », d’un représentant du régime iranien — une évolution clairement catalysée par l’intensification des positions campistes dans le contexte de la récente flambée de violence en Iran.

• Notre critique de cette présence ne précise pas explicitement ce que nos camarades auraient dû faire sur place : quitter la tribune ? Ou intervenir, comme ils l’ont fait en critiquant explicitement ce régime et en soutenant les luttes menées contre lui et contre tous les régimes oppressifs.

• Nous devons tenir compte du manque de consensus et de clarté dans les débats (au sein des courants de gauche et progressistes) concernant les « concepts » et les notions, et même concernant l’analyse d’un contexte « chaotique », en évolution rapide et confus. D’où l’importance des exigences pratiques : 1) l’indépendance vis-à-vis de tout pouvoir étatique dans l’organisation des futures conférences : d’où l’importance des liens de base avec des organisations progressistes égalitaires dans les pays concernés. 2) Conditions pour des débats pluralistes : nous devons évaluer concrètement si une coalition est envisageable dans le cadre d’une conférence éclectique où nous cherchons à faire valoir nos points de vue sans rester « parmi les convaincus ».

• Nous devons organiser des débats ad hoc sur ce qu’impliquent aujourd’hui les divers régimes d’extrême droite et fascistes ainsi que toutes les formes de néocolonialisme « impérialiste », en nous appuyant sur des analyses concrètes qui donnent la priorité aux voix des représentant.es des populations opprimées plutôt que de partir de débats « conceptuels ». Le critère pour les fronts et les conférences-débats n’est en effet pas un accord préalable sur des « concepts », mais avant tout l’indépendance vis-à-vis des pouvoirs étatiques et la dénonciation de leur répression des associations et mouvements égalitaires.

• Une analyse concrète des convergences et des liens entre les régimes réactionnaires à l’échelle internationale doit être menée, de manière pluraliste, dans le cadre de ces rassemblements internationalistes de la résistance populaire, indépendants de tout pouvoir étatique, contre toutes les formes de « campisme » : « de l’Ukraine à la Palestine, en passant par l’Iran, l’occupation est un crime ». Nous préconisons une telle approche soit comme base pour de futures conférences, soit comme plateforme de collaboration au sein de conférences plus éclectiques où nous estimons que les débats sont possibles et utiles.

Catherine Samary

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