Édition du 1er décembre 2020

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Canada

La course à la direction est une chance pour le NPD de revenir à ses fondements

En 2014, 34 supporters du NPD de l’Ontario ont publié une lettre critiquant la stratégie de droite que le Parti avait adoptée au cours de l’élection provinciale. À ce moment-là, Judy Rebick a déclaré à la CBC que le Parti : « semblait faire campagne avec un programme populiste de droite, pas du tout avec les politiques du Parti et ne parlait aucunement de justice sociale ou de démocratie ».

Traduction, Alexandra Cyr tir rabble.ca, 12 septembre 2016

Les fidèles du Parti ont vertement condamné la lettre pour toutes sortes de raisons. Mais c’était le moment choisi pour rendre les critiques publiques qui dérangeait le plus. Plusieurs ont souligné, qu’exiger qu’un parti change de cap en pleine campagne électorale est impossible à réaliser et pire, irresponsable.

D’une certaine façon c’était une critique juste. Il est difficile de changer de direction en plein milieu d’une campagne électorale. Peut-être que le gang des 34 aurait dû faire état de ses critiques à un autre moment. Est-ce que le Parti les aurait pris plus au sérieux ? Probablement pas.

Cet événement qui a eut lieu il y a presque 2 ans et demi est une illustration d’un problème de fond du Parti et de ses vis-à-vis provinciaux. Il existe un immense fossé entre les décisions prises démocratiquement par ses membres et ses stratégies électorales.

Certains-es invoquent que le NPD doit jouer le même jeu politique que les Libéraux ou les Conservateurs s’il veut être élu. Cela veut dire que durant les campagnes électorales la stratégie est intimement liée aux revendications politiques. Elles sont utilisées un certain temps au cours des campagnes pour qu’elle ait un impact. Elles peuvent être des politiques progressistes ou non. Certaines devraient être en lien ou être une réponse à d’autres revendications du Parti. Dans ces circonstances, les sondages deviennent roi et les politiques adoptées par le Parti et ses membres sont relégué à de simples consensus.

Durant la campagne ontarienne de 2014, il semble que l’équipe de campagne ait pensé que de piger dans le populisme de droite avec la promesse de faire retirer la taxe fédérale des factures d’électricité serait suffisant pour gagner l’élection. En 2015, le Parti fédéral avait une vision bien plus audacieuse du Canada progressiste. Mais, il cherchait surtout à sortir les Libéraux de leur suprématie centriste.

Les différences entre ces deux campagnes ne cachent pas le fait qu’elles étaient toutes les deux accrochées à celle d’un autre parti. Un parti progressiste se doit de saisir la dynamique qui existe chez ses membres. Il doit donc mettre de l’avant une vision pour que la situation provinciale ou nationale soit meilleure. Et pour y arriver, il faut absolument qu’il se défasse des analyses de la situation telle que définie par les autres partis.

Une campagne doit être développée à partir des aspirations des membres et sur leurs forces. Cela permet aux gens qui se joignent au Parti de s’impliquer et de se voir reflétés dans le mouvement depuis l’élaboration des revendications jusqu’à l’élection. Il n’y a aucun autre moyen de construire un véritable parti progressiste. Mais c’est un processus laborieux. Il est bien plus facile de laisser le choix des promesses électorales à un groupe de stratégistes qui espèrent simplement d’arriver à dépasser les autres partis de quelques votes.

Quand les partis progressistes n’ont plus qu’une démocratie interne tronquée, ils perdent leurs liens avec la population, les mouvements sociaux et les organisations qui sont sensés les épauler. Il ne faut pas oublier que l’implication de ces appuis sera critique pour arriver à accomplir les promesses et un mandat progressiste. Les partis qui s’en remettent à l’argent et aux commentateurs-tices pour avoir l’appui populaire n’ont pas à compter sur leurs membres de cette façon. Le NPD a désespérément besoin des ses membres.

Plusieurs journalistes ont choisi le début de septembre pour interpeler le NPD et Thomas Mulcair et répéter leur sempiternel message : il est temps que le NPD fusionne avec le Parti libéral. Les propres agissements du NPD donnent des arguments en faveur de cette proposition. Par exemple en permettant à Thomas Mulcair de rester en poste alors qu’il a failli au test de leadership et a été absent tout l’été. En plus, vous ne pouvez pas agir comme les Libéraux aussi longtemps qu’ils l’ont fait sans que les journalistes ne vous posent la question bien raisonnable : « qu’elle est la différence entre le NPD et les Libéraux » ?

Si le NPD veut survivre il doit changer. Tant que la question de la démocratie interne n’est pas résolue, la course à la chefferie ne résoudra rien. Un candidat ou une candidate qui accepte de rétablir le lien entre les décisions des membres et ce que le Parti met de l’avant au cours des campagnes électorales est ce qu’il faut.

Si le gang des 34 du NPD de l’Ontario a publié sa lettre au cours de la campagne électorale c’est qu’il était convaincu qu’en dehors de ce moment elle ne serait pas prise au sérieux. Le Parti s’est transformé en une sorte de lobby plutôt que de se faire le représentant des aspirations de la classe ouvrière.

Récemment, il y a eut deux élections partielles au pays. En Ontario, il a subit une lourde défaite mais il a eut une victoire convaincante en Nouvelle-Écosse. Pour le Parti, c’était la première élection depuis celle de son nouveau chef, Gary Burill. Il s’est déclaré socialiste, il a développé un parti assis sur sa base avec des promesses progressistes. Le gouvernement NPD de droite de Darrell Dexter a été défait. La direction que donne le nouveau chef à ce Parti est la seule valable.

Il faut maintenant donner au Parti fédéral une orientation semblable et la course à la chefferie est le moment rêvé pour le faire. Refaire le lien entre les promesses électorales et les membres est le seul moyen par lequel un parti progressiste puisse survivre. C’est la seule recette pour arriver à la victoire et pour faire en sorte qu’il puis se faire face aux attaques qui ne peuvent manquer.
Nora Loreto

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