Le projet de loi 97 de la ministre Blanchette-Vézina divise le territoire forestier en trois parties : des zones d’aménagement forestier prioritaire, des zones multi-usages et des zones de conservation. La planification stratégique de cette répartition territoriale incomberait non plus aux fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF), mais plutôt à des aménagistes forestiers régionaux. Ces derniers devront au préalable mener des consultations avec les populations locales concernées, se prêtant ainsi aux menaces de pressions de l’industrie et de ses alliés au sein des élites locales.
Les critiques pleuvent : risques d’affaiblissement des zones de protection environnementales, absence de véritable consultation auprès des Premières nations, graves lacunes quant aux assises scientifiques de l’orientation de la politique, inquiétudes quant au sort des ZEC (zones d’exploitation contrôlée), ignorance quant aux conséquences des changements climatiques, consultations publiques alambiquées.
La forêt québécoise est mal en point. Conséquence des feux de forêt qui se multiplient, de l’arrivée d’insectes ravageurs, de l’érosion de la biodiversité, de la surexploitation commerciale ; plusieurs parlent d’une tempête parfaite. Le projet de loi caquiste est déposé dans ce contexte et rien ne vient corriger les orientations qui ont mené à cette situation, au contraire. Pour citer Nature Québec, « Le projet de loi 97 vient sacrifier les acquis environnementaux et sociaux hérités de la Commission Coulombe, au profit des intérêts à court terme des grands lobbys du bois, incluant des multinationales, le tout de manière antidémocratique ! On recule de 40 ans en arrière, alors qu’il faudrait regarder 40 ans en avant ! »
Les Premières nations mènent une lutte de tous les instants contre ce projet de loi. Selon APTN news, l’ingénieur forestier et chercheur Eric Alvarez affirme que 23,56 millions d’hectares de forêt sont identifiés comme potentiellement exploitables. « Cela réserverait quelque 8 millions d’hectares à la seule industrie forestière. Huit millions d’hectares où tous les autres intervenant-es et utilisateur-ices de la forêt publique n’auront qu’une chose à faire : se taire. » Selon APTN news, « les objections des Autochtones portent principalement sur le fait que le projet de loi ne reconnaît pas leurs droits inhérents. Cette question est étroitement liée à la proposition de privatiser un tiers des terres du Québec, dont près de la moitié n’ont pas été cédées et ne font pas l’objet de traités. »
Selon le chef Lucien Wabanonik, ces propositions font du projet de loi 97 « une insulte à notre intelligence » et « une provocation directe à nos membres en territoire » qui « constitue un acte de dépossession de nos terres ». Pendant ce temps, la CAQ jette de l’huile sur le feu des tensions entre les communautés autochtones et les travailleurs et travailleuses de la forêt dans une stratégie évidente du diviser pour régner. Elle mobilise les élites locales afin de faire front contre les oppositions. Des barrages et contre-barrages sont montés de part et d’autre. L’APNQL a quitté la table de concertation en guise de protestation face à l’immobilisme de la ministre. La formation du Front de Résistance Autochtone Populaire (FRAP) qui a organisé une manifestation en juillet dernier risque de rallier les peuples autochtones autour de la revendication du retrait du projet de loi.
Bref, la CAQ donne littéralement un tiers de la forêt québécoise à l’industrie qui serait désormais maître chez nous au détriment des intérêts de la population. Le projet de loi ne fait aucune mention des objectifs de protection de la ressource et l’industrie pourrait faire comme bon lui semble.
L’opposition s’est mobilisée rapidement dès le dépôt du projet de loi. Les Premières nations, les syndicats, les groupes écologistes ont émis des avis défavorables aux objectifs caquistes. On exige le retrait pur et simple du projet de loi. Les oppositions à l’assemblée nationale demeurent prudentes quant à la critique de l’orientation du gouvernement Legault. Québec solidaire demande de suspendre les travaux entourant le projet de loi 97 et de consulter les Premières nations. Le premier ministre Legault, face aux critiques, évite de parler de changements au projet de loi, mentionnant des « ajustements » qui pourraient être apportés mais qui ne remettent pas en question son orientation générale.
Le gouvernement caquiste veut nous enfoncer sa loi dans la gorge. La résistance populaire demeure la seule façon de faire entendre raison à ces spoliateurs.
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