Édition du 29 septembre 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

La gauche en plein essor ne peut ignorer la crise persistante du mouvement syndical

Sam Gindin est l’un des penseurs les plus rigoureux et les plus éclectiques de la gauche socialiste actuelle. Fort de plusieurs décennies d’expérience au sein du mouvement syndical en tant que directeur de recherche pour le Syndicat des travailleurs de l’automobile du Canada (qui a fusionné en 2013 avec le Syndicat des travailleurs des communications, de l’énergie et du papier pour former Unifor, aujourd’hui le plus grand syndicat du secteur privé au Canada), son orientation politique s’appuie sur la réalité de la situation actuelle du mouvement syndical. Sa perspective s’appuie également sur une étude minutieuse de la conjoncture politico-économique actuelle, comme en témoigne notamment son important ouvrage coécrit avec Leo Panitch, The Making of Global Capitalism. Nous abordons ci-dessous la crise contemporaine du capitalisme, la position privilégiée du mouvement syndical parmi les mouvements sociaux, et enfin, l’importance du projet de syndicalisation chez Amazon aujourd’hui.

28 septembre 2026 | tiré de Jacobin

Benjamin Y. Fong (BF) : Comment comprenez-vous la crise contemporaine du capitalisme ? Et qu’entendez-vous lorsque vous dites que vous vous opposez à « l’alarmisme de crise comme stratégie politique » ?

Sam Gindin (SG) : Il existe aujourd’hui une crise de la légitimité des institutions politiques, ainsi qu’une crise pour les familles de travailleurs, mais pas une crise liée au déclin économique américain. Les gens souffrent et vivent dans l’insécurité, mais l’économie américaine est en croissance, la part des bénéfices atteint des niveaux records, l’investissement global augmente, bien qu’de manière inégale, et la technologie ainsi que la productivité progressent. Il existe certes des conflits avec la Chine, mais celle-ci n’a ni l’intérêt ni la capacité de prendre le relais du rôle international des États-Unis. Les gens sont frustrés et en colère face aux conséquences des succès du capitalisme, mais incapables de transformer la délégitimation politique des États-Unis en une crise du capitalisme. Il ne s’agit donc pas d’une crise du capitalisme, mais bien d’une crise du mouvement syndical et de la Gauche.

L’alarmisme subordonne l’analyse économique et politique sérieuse à des avertissements exagérés d’un effondrement imminent. L’espoir est que cela pousse les gens à agir. Il semble refuser de faire le gros du travail à notre place. Cela trahit les véritables défis auxquels nous sommes confrontés et la nécessité d’une organisation en profondeur et à long terme dont nous avons réellement besoin. Cela échoue même en tant que tactique de mobilisation populiste ; cela pourrait tout aussi bien amener les gens à se dire : « Eh bien, à quoi bon ? Le monde va bientôt s’écrouler. » En fin de compte, cela sape la crédibilité de la Gauche en présentant sans cesse des déclarations exagérées qui ne se concrétisent pas.

BF : La Gauche est aujourd’hui très axée sur les élections, et d’un certain point de vue, c’est un moyen direct d’intervenir dans cette crise de légitimité. Mais d’un autre côté, on pourrait considérer cet électoralisme, sans reconstruction préalable de la base, comme une sorte de solution de facilité.

SG : Tout à fait. Il faut reconnaître à Bernie Sanders et à Zohran Mamdani le mérite d’avoir influencé le discours politique, suscité l’enthousiasme chez les jeunes et les avoir fait passer de la contestation à la politique. Mais même la politique « de gauche » a ses limites s’il n’y a pas de base solide sur le terrain. Et si la politique sociale-démocrate peut avoir un certain impact sur cette base, l’arène électorale n’est pas propice à son approfondissement. Les élections recherchent les chiffres, pas la qualité de la compréhension ni l’engagement. Elles tendent à se résumer à des échanges rapides sur le pas de la porte, et non aux véritables conversations qu’implique la mobilisation. Elles ont également tendance à s’aligner sur ce que les sondages nous indiquent être l’opinion dominante (généralement un certain juste milieu) et non sur ce qu’il faudrait pour faire évoluer les mentalités. C’est la construction d’une véritable base pour la transformation sociale qui, en fin de compte, donne tout son sens aux élections ; les élections en elles-mêmes ne construisent pas cette base.

Le socialisme naîtra de nombreux courants et tout ce qui y contribue est le bienvenu. Mais ce qu’il faut, ce n’est pas seulement additionner divers mouvements, ni rendre les sociaux-démocrates « meilleurs ». Nous devons prendre la mesure de la profondeur de la transformation du capitalisme, et nous avons également besoin d’une orientation organisée vers la construction du type de force sociale capable, à terme, de le remplacer.

Cela est d’autant plus vrai qu’il existe aujourd’hui une polarisation des options. Des décennies de restructuration capitaliste des lieux de travail, des industries et des communautés ; de mondialisation, de financiarisation et de néolibéralisme – le tout parallèlement à la stagnation du mouvement syndical et de la Gauche – ont rendu caduques les réponses modérées. Le capital et l’État ont rendu les réformes significatives pratiquement impossibles (« Il n’y a pas d’alternative »), et dans ce contexte, la politique radicale tend à être la seule politique pratique.

BF : André Gorz a dit un jour que le succès ou l’échec d’une grande variété de causes progressistes, de l’égalité des sexes aux droits des immigrés, dépendra en grande partie de celui du mouvement syndical. Pourquoi le mouvement syndical occupe-t-il ici une position privilégiée ?

SG : Une douzaine d’années avant qu’il ne tienne ces propos, le livre de Gorz, Adieu à la classe ouvrière, semblait écarter d’emblée le potentiel radical des travailleurs. Ce à quoi vous faites référence, c’est son point de vue ultérieur, qui a évolué, et dans lequel il a pris conscience que la plupart des mouvements ne peuvent tout simplement pas – contrairement au mouvement syndical – se maintenir dans la durée. Malgré toutes les faiblesses du mouvement syndical américain aux États-Unis, celui-ci dispose encore d’environ 35 milliards de dollars d’actifs et compte 14 millions de membres syndiqués. La plupart des mouvements ne disposent pas de ce type de ressources et se tournent régulièrement vers les syndicats pour obtenir une aide financière.

Cela dit, il ne faut pas dissocier les syndicats des mouvements qui répondent aux besoins sociaux. Les travailleurs ont évidemment une vie en dehors de leur lieu de travail et se soucient beaucoup de la couverture médicale universelle, d’un logement abordable, de transports adéquats, de l’environnement dans lequel vivent leurs enfants, etc. Ce que les organisations de la classe ouvrière offrent ne se limite pas à des ressources financières. Elles jouent également un rôle en fédérant les intérêts des travailleurs en tant que tels et en organisant les travailleurs au sein de la société au sens large.

BF : Beaucoup considèrent que l’enjeu principal ici est de rétablir la combativité syndicale. Est-ce là le problème central ?

SG : En l’absence de résistance ou de combativité, les conditions des travailleurs ne peuvent pas être améliorées. Donc oui, rétablir la combativité est fondamental. Mais la combativité ne suffit pas, comme l’ont clairement démontré les années soixante. Lorsque le boom de l’après-guerre a pris fin, les travailleurs ont obstinément résisté à la baisse de leurs attentes salariales et à l’autorité unilatérale des dirigeants. Cela a empêché le retour au statu quo à leurs dépens et a contribué à la baisse des profits et à la hausse de l’inflation, deux phénomènes qui menaçaient le statut du dollar américain.

Le mouvement syndical a tenu bon pendant près d’une décennie après cela, mais sans aller au-delà d’une militance limitée au lieu de travail pour s’engager dans une politisation plus large selon des lignes de classe – notamment en exigeant la démocratisation des décisions d’investissement et la garantie du plein emploi –, la défaite finale du mouvement syndical était inévitable. La réponse finale de l’État a pris la forme d’une récession orchestrée (avec des taux d’intérêt avoisinant les 20 %) qui a affaibli et épuisé les syndicats. Le néolibéralisme a fait son apparition. La crise du capital a été résolue au prix d’une crise plus grave et plus durable pour la classe ouvrière. Le message des années soixante est donc que le militantisme sur le lieu de travail est essentiel, mais insuffisant.

BF : Vous soulignez également l’importance d’une organisation socialiste en dehors des syndicats.

SG : Tout à fait. Le type de politisation dont j’ai parlé plus haut est peu probable sans le rôle de socialistes organisés, ayant un pied sur le lieu de travail et dans les syndicats, et un autre à l’extérieur. Les syndicats sont des organisations particularistes, et non des organisations de classe : ils représentent un groupe particulier de travailleurs qui se trouvent à travailler ensemble. Le rôle des socialistes organisés est de surmonter la fragmentation des travailleurs entre les lieux de travail, les syndicats, les secteurs économiques et les communautés. Il s’agit également de surmonter la séparation des travailleurs individuels par rapport aux autres dimensions de leur vie.

Cela est d’autant plus important aujourd’hui. Dans les années 50 et 60, les travailleurs syndiqués de l’automobile et de la sidérurgie pouvaient obtenir beaucoup par eux-mêmes, mais cette période est en grande partie révolue. Compte tenu du pouvoir accru du capital depuis lors, les travailleurs ne peuvent pas gagner sans penser à plus grande échelle, c’est-à-dire en termes de classe dans son ensemble. Cela implique de tisser des liens entre les lieux de travail, les secteurs et les communautés. Les syndicats ont des limites à cet égard, et c’est là qu’interviennent les organisations socialistes. Faire de la classe une force sociale cohérente est (ou devrait être) leur priorité absolue.

Je ne fais pas ici un argument idéologique. Il s’agit d’une question pratique : il faut savoir clairement qui est votre ennemi. Les employeurs sont le visage de l’ennemi, mais ils ne sont pas l’ennemi. Ce qui freine l’amélioration des conditions de travail, c’est la menace de la concurrence. Les employeurs justifient la pression qu’ils exercent sur les travailleurs en affirmant que la concurrence les y oblige pour survivre. De plus, la concurrence est asymétrique. À mesure que les capitalistes les plus puissants dévorent les plus faibles, le capital se renforce en tant que classe. En revanche, pour les travailleurs, la concurrence sape leur principale force – la solidarité – et les affaiblit ainsi.
Il est important de soulever ces points lors de réunions de sensibilisation organisées par le syndicat ou en dehors de celui-ci. Certaines personnes considèrent le DSA [Democratic Socialists of America] comme le lieu idéal pour cela. Mais le DSA est lui aussi très divisé.

BF : Il se pourrait que cette fragmentation même du DSA soit en quelque sorte une vertu à l’heure actuelle. Je ne pense pas qu’il deviendra un jour l’organisation de parti que certains espèrent, mais c’est un lieu où l’on peut rencontrer des gens.

SG : Je pense que c’est vrai. Il semble y avoir des groupes distincts qui sont, en substance, des mini-partis : chacun a sa propre analyse, mène sa propre action de formation, adopte des positions spécifiques. Sous la bannière du DSA, ils se réunissent, discutent et débattent de stratégie. C’est important car des fusions prématurées, même entre socialistes, peuvent masquer les divergences, ce qui conduit ensuite à la désintégration de l’organisation.
Mais vu de l’extérieur, je ne sais pas à quel point les débats sont vifs. Parfois, au nom de l’unité, on évite les débats les plus difficiles, alors qu’ils sont essentiels au développement mutuel. Il semble en effet que certaines questions cruciales, comme la manière d’envisager les relations avec le Parti démocrate et à quelle échelle (local/municipal, régional, national) la contestation électorale doit avoir lieu, atteignent un point critique. Les scissions sont sans doute nécessaires, mais elles peuvent être très destructrices. Dans ce contexte, il serait utile d’examiner comment Syriza [Grèce] et Momentum [Grande-Bretagne] sont passés de la gloire à l’anéantissement, mais ce genre d’analyses a été trop rare au sein de la gauche.

Le projet Amazon

BF : Vous avez déclaré que les syndicats avaient besoin d’une « croisade virtuelle » pour faire un bond en avant spectaculaire. Pourquoi en est-il ainsi, et la lutte pour syndiquer Amazon constitue-t-elle cette croisade ?

SG : Dans les années 1930, le CIO a déclenché une percée décisive dans le syndicalisme industriel. John Lewis, du syndicat des mineurs, avait compris que si l’industrie sidérurgique n’était pas elle aussi syndiquée, les mineurs se retrouveraient isolés. Il a donc envoyé 100 de ses organisateurs soutenir la syndicalisation de l’industrie sidérurgique. Ce type de sensibilité est particulièrement pertinent aujourd’hui, compte tenu du déséquilibre croissant des pouvoirs entre le capital et le travail, résultat de changements économiques, sociaux et politiques massifs survenus au fil des décennies et auxquels on ne peut remédier par de simples ajustements tactiques marginaux. Ce déséquilibre exige le genre de bond en avant qui fait remonter à la surface les frustrations refoulées et transforme les attentes de la classe ouvrière, ses capacités institutionnelles et sa confiance. Cela revient à une croisade, tant sur le plan organisationnel que culturel.
Il existe une multitude de luttes qui pourraient servir de catalyseur à une telle croisade. Amazon n’est qu’un de ces catalyseurs en puissance, mais son statut emblématique – premier employeur du secteur privé aux États-Unis, leader dans les domaines de la haute technologie et de l’intelligence artificielle reliant quelque deux millions d’entreprises à environ 300 millions de consommateurs – ferait de sa syndicalisation la percée la plus importante depuis des générations.

Le mouvement syndical a toutefois déjà pris du retard en abordant Amazon comme un gâteau à se partager entre différents syndicats – les entrepôts pour les Teamsters, Whole Foods pour l’UFCW – plutôt que comme un projet pour l’ensemble du mouvement syndical. Le problème, bien sûr, est que la stagnation prolongée du mouvement syndical a profondément affaibli les capacités mêmes nécessaires pour le repenser et le transformer. Il est encore possible pour les travailleurs d’Amazon de gagner des points d’ancrage significatifs, et si Amazon continue de faire obstruction, comme ce sera manifestement le cas, alors le défi pour le mouvement syndical dans son ensemble deviendra plus pressant.

L’épreuve décisive ne résidera pas seulement dans la capacité du mouvement syndical à fournir le soutien financier nécessaire au moment opportun, mais aussi dans la disposition des travailleurs déjà syndiqués à perturber les activités d’Amazon si besoin est dans les ports, dans le transport ferroviaire et routier, ainsi que dans la livraison de colis.

BF : Sur le plan tactique, on met aujourd’hui beaucoup l’accent sur le « salting », c’est-à-dire le fait d’accepter un poste chez Amazon pour y mener une action syndicale de l’intérieur. Qu’en pensez-vous ?

SG : Les « salts » sont essentiels. Mener une action syndicale à partir d’une base au sein même du lieu de travail est le moyen le plus efficace de nouer des relations avec les travailleurs, mais aussi de leur parler de questions qui dépassent le cadre du lieu de travail. Mais les « infiltrés » ont également besoin d’une structure de soutien en dehors du lieu de travail : des organisateurs formés pour assurer le suivi des contacts, distribuer des tracts, mobiliser un soutien à la lutte dans les sites Amazon qui ne comptent pas encore d’« infiltrés ». Ils ont également besoin de ressources pour disposer de lieux de réunion, organiser des rencontres conviviales, venir en aide aux travailleurs mis à pied ou licenciés, etc. Cela exige un syndicat qui vous soutienne : une institution capable de renforcer la confiance et d’assurer la pérennité de l’action, tant chez les organisateurs que chez les travailleurs.

BF : Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la manière dont vous situez le projet de syndicalisation chez Amazon dans le contexte de la crise actuelle du mouvement syndical ?

SG : Amazon a le potentiel de servir de catalyseur à la renaissance du mouvement syndical. Quel sera le rôle du mouvement syndical dans la conjoncture actuelle, en pleine crise de légitimité ? Amazon est le test qui nous aide à répondre à cette question plus large. Le mouvement syndical relèvera-t-il ce défi, qui a le potentiel de le relancer, ou restera-t-il trop particulariste pour en tirer parti ?

Contrairement à ce qu’affirment de nombreux dirigeants syndicaux ainsi que de nombreux acteurs de gauche, le mouvement syndical n’est pas – malgré certaines luttes impressionnantes et courageuses – sur le point de « prendre un nouveau tournant » et de redevenir une force sociale puissante. Certains partisans syndicaux rejettent ces analyses, les jugeant contre-productives ; ce dont les travailleurs ont besoin, disent-ils, c’est d’inspiration. Cependant, faire preuve de lucidité quant à la situation actuelle n’est jamais contre-productif. L’inspiration, c’est bien beau, mais si elle ne repose pas sur des acquis concrets, elle finit par devenir un substitut rhétorique à la véritable organisation.

C’est un moment intéressant sur le plan du langage. Beaucoup de termes qui nous distinguaient autrefois font désormais partie du langage courant. Ainsi, quand on dit qu’il faut une formation de classe, tout le monde acquiesce. On dit qu’il faut penser en termes de classe, ils acquiescent. Quand on dit que la social-démocratie a ses limites, ils acquiescent. Mais comprennent-ils vraiment la rupture inévitable qui survient au moment de gouverner ? S’ils le comprenaient, ils comprendraient que nous allons avoir besoin d’une base vraiment solide. Que nous allons avoir besoin d’alliés, et que rien ne sera facile.

Ainsi, le projet de syndicalisation chez Amazon pourrait également être un moyen de ramener un peu de réalité dans les discussions sur ce que signifie faire face à la crise actuelle.

BF : Que signifierait remporter la lutte chez Amazon ?

SG : Une caractéristique spécifique du modèle d’Amazon est son ancrage régional. Ses immenses sites sont concentrés autour des ports et des principaux nœuds de transport, certaines régions revêtant une importance stratégique bien plus grande que d’autres. Cet ancrage régional signifie qu’il n’est pas nécessaire d’attendre que l’ensemble d’Amazon soit syndiqué pour disposer d’un levier ; un nombre stratégique de sites régionaux syndiqués peut s’avérer efficace.
Au sein des régions, les centres de distribution (FC) de l’entreprise jouent un rôle crucial. Du point de vue de la formation des classes, c’est là que se trouve la majorité des travailleurs. Il serait difficile pour l’entreprise de délocaliser ces sites afin d’échapper aux syndicats, compte tenu des coûts d’investissement élevés liés aux FC.

La résistance farouche d’Amazon pour éviter les syndicats exige de revisiter des tactiques qui ont été largement mises en veilleuse par le mouvement syndical au fil des ans, au détriment de son dynamisme. Leur redécouverte réussie, associée à d’autres innovations créatives en matière d’organisation, est d’une importance vitale car elles peuvent potentiellement avoir des répercussions explosives au-delà d’Amazon, remettant en question les approches syndicales dans l’ensemble du mouvement syndical.

Les tactiques de perturbation inopinées revêtent une importance particulière. Compte tenu du puissant réseau logistique d’Amazon, les délais de grève traditionnels annoncés à l’avance ne fonctionneront pas. Si elle était prévenue à l’avance, Amazon se contenterait de réorganiser son réseau de distribution pour neutraliser un arrêt de travail annoncé trop tôt. Des perturbations disciplinées, créatives et sporadiques sont donc essentielles pour les travailleurs. Le mouvement syndical est né de perturbations du travail (grèves sur le tas, grèves sauvages, refus liés à la santé et à la sécurité, rejet des accélérations de la cadence de production), mais son évolution s’est éloignée de ces tactiques initiales.

La renaissance de la tactique des perturbations inopinées est indissociable de la renaissance du mouvement syndical. Pour en tirer parti, il est également crucial d’établir une forte présence quotidienne sur le lieu de travail, fondée sur la priorité accordée aux normes de travail, à la santé et à la sécurité, ainsi qu’aux interventions dans l’autorité de la direction. Cela nécessite à son tour non seulement des majorités syndicales, mais aussi des majorités larges et des engagements profonds ; une simple majorité de cartes syndicales ne suffit pas.

BF : Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?

SG : Oui, mais avec lucidité. C’est vraiment difficile de s’engager et de croire au socialisme, mais il n’y a pas d’autre option. Est-ce juste un rêve irréalisable ? J’imagine bien que quelqu’un puisse faire la même analyse que moi et rejeter cette idée. Les chances de réussite sont de 1 sur 1 000. Et je ne contesterai peut-être pas ces probabilités ni toutes ces limites. Mais ma réponse est : « Eh bien, en fait, 1 sur 1 000, c’est plutôt bien. On va tenter notre chance. » Que faire d’autre de sa vie ?

Cette interview a été publiée pour la première fois sur le site web du Damage Magazine.
Benjamin Y. Fong est directeur adjoint du Center for Work and Democracy à l’université d’État de l’Arizona. Il anime un Substack consacré au monde du travail et à la logistique, intitulé On the Seams.

Sam Gindin a été directeur de recherche du Syndicat canadien des travailleurs de l’automobile (CAW) de 1974 à 2000. Il est coauteur (avec Leo Panitch) de The Making of Global Capitalism (Verso), et coauteur, avec Leo Panitch et Steve Maher, de The Socialist Challenge Today, l’édition américaine augmentée et mise à jour (Haymarket).

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Sam Gindin

Chargé de cours à l’Université York,
Membre du Socialist Projet,
Ancien assistant au Président des TCA

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Syndicalisme

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Abonnez-vous à la lettre