Édition du 23 février 2021

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Le blogue de Donald Cuccioletta : La Gauche américaine en 2020 : Stratégies et perspectives

La gauche socialiste américaine se prépare à l’application de mesures de sécurité draconiennes

Nous avons été témoin mercredi passé de la prise du Capitole à Washington et de son occupation par des partisans et partisanes armé-e-s de Donald Trump. Leur but était d’arrêter la vérification du vote populaire de chacun des états et des votes du Collège Électoral entamée par le Sénat et la Chambre des représentants. Avec la colère qui gronde parmi les partisans et les partisanes de Trump, il ne fallait pas se surprendre de la teneur des événements.

Évidemment, le cri d’alarme soulevé par les démocrates est que ces manifestants voulaient détruire la démocratie américaine. Une démocratie contrôlée par deux partis (républicain et démocrate), qui manipulent la procédure électorale et la gouvernance du pays, et qui défendent la classe capitaliste, leur système impérialiste et l’exploitation de leur propre peuple. Une démocratie qui exclut les tiers partis en contrôlant les primaires et qui manipule les règlements dans les cinquante états, pour écarter toute contestation du processus électoral par d’autres forces politiques. Quelle belle démocratie !!!

Une démocratie soi-disant libérale où la constitution a été écrite par des esclavagistes et les riches de l’époque. Une démocratie qui a exploité historiquement les Afro-Américains et qui continue à les assassiner. Une démocratie qui continue à exploiter les femmes et à les maintenir dans une position de subalternes. Et que dire des autochtones, les immigrant-e-s et les luttes meurtrières contre le syndicalisme. Ainsi, les démocrates sont aussi hypocrites et menteurs que les républicains. Avec les démocrates et les républicains, même sous la gouverne de Trump, c’est toujours « business as usual ». Mais ce cri d’alarme contre la destruction de la soi-disant grande démocratie américaine avait un autre but.

La classe capitaliste, avec leurs porte-parole républicains et démocrates, a voulu lancer l’idée d’une insurrection pour déstabiliser la population et pour soutenir que seuls les démocrates et un parti républicain reconstruit seront en mesure de défendre la démocratie américaine. En somme, il faut se préparer avant tout à freiner non seulement les partisans et partisanes de Trump, mais surtout la montée de la gauche socialiste américaine.

Les nombreux et nombreuses élue-s de la gauche socialiste dans les élections de 2020 (mon dernier blogue en a parlé) ne sont pas passé-e-s inaperçu-e-s, ni chez les républicains ni chez les démocrates. Dans ces élections, les candidat-e-s socialistes et progressistes ont défait des démocrates et des républicains. Les stratèges des deux partis ont pris note de la montée de la gauche socialiste depuis 2014, avec les interventions de Bernie Sanders. Durant cette année électorale de 2020, n’oublions pas les manifestations à Portland qui ont duré trente jours, l’occupation du centre-ville de Seattle, la grève de vingt-quatre heures dans tous les ports sur la côte ouest de Seattle jusqu’à San Diego, les grèves dans l’enseignement à travers le pays en 2019 et 2020, autant d’initiatives nourries par l’expérience du mouvement Occupy dans deux cents villes américaines.

Nous entendons déjà les politiciens à Washington nous dire qu’il renforcer la sécurité dans les manifestations, mais surtout qu’il faut renforcer et élargir la sécurité d’état pour toutes les manifestations. En déclarant qu’il faut protéger la population de ceux et celles qui appuient Trump (les groupes de milices, le KKK, les Proud Boys, etc.), le but ultime est de mater la gauche socialiste et leurs alliées progressistes. Sous prétexte de vouloir défendre la démocratie américaine, l’État veut museler la gauche socialiste. Il faut se rappeler de la lutte dirigée par J. Edgar Hoover et le FBI contre les Black Panthers, avec son programme COINTELPRO qui a mené à l’assassinat de Fred Hampton, en prétendant protéger la nation et la démocratie.

Les organisations qui ont envahi le Capitole vont servir de paravent pour mettre en place des lois très sévères qui viseront à maîtriser et à tuer le mouvement socialiste aux États-Unis. Ces groupes comprennent certains éléments néo-fascistes qui promeuvent une nouvelle Révolution aux États-Unis face à un prétendu envahissement par des socialistes. Trump s’est servi de ces groupes durant les élections, en accusant Biden et le Parti démocrate d’être socialiste.

Nous pouvons déjà prévoir la mise en place d’une stratégie qui pourrait servir la classe capitaliste et la classe politique si, dans les années post-pandémie, elles ne peuvent plus gouverner, comme certains le disent. Est-ce que les capitalistes pourraient faire appel aux néo-fascistes pour détruire le mouvement socialiste ? L’histoire américaine est truffée d’exemples de l’utilisation des milices, le KKK, des anti-socialistes et des communistes afin de détruire des syndicats radicaux comme l’IWW et de mettre en prison certains dirigeants comme Eugen V. Debs.

Nous entendons les différentes discussions qui circulent, selon lesquelles il faut élargir le Partiot Act pour inclure la gauche socialiste américaine dans l’appellation de « terrorisme domestique ». Certain-e-s élu-e-s démocrates et républicains veulent aussi invoquer l’Acte de sédition de 1918. Même le New York Times, qui a soutenu Joe Biden, a écrit dans leur édition du 13 janvier 2021 qu’« historiquement, des accusations de sédition ont été souvent utilisées pour mater la dissidence, en invoquant l’Acte de sédition de 1918 ».

Nous voyons ainsi comment les lois, même les plus anciennes, peuvent être utilisées pour s’attaquer aux conditions et aux initiatives (manifestations, etc.) que la classe politique et la classe capitaliste croient dangereuses pour la survie de leur système. Certes, les groupes fidèles à Donald Trump sont dangereux, mais assez curieusement, ils et elles sont des partisan-e-s et défendent le capitalisme, l’individualisme et veulent la continuité de ce système qui leur semblent être le meilleur au monde, mais à condition qu’ils et elles soient inclus-e-s dans les bénéfices qui leur reviennent prétendument de droit dans le capitalisme. Depuis quinze ans, Steve Bannon a peaufiné ce message dans Breibart News : si le système ne fonctionne pas et ne répond pas aux attentes de ces gens, c’est la faute aux socialistes qui veulent contrôler tout et détruire les États-Unis.

Un jour dans l’avenir, avec les crises qui nous attendent après la pandémie, ne soyons pas surpris-e-s si la classe capitaliste et la classe politique font appel aux milices et aux néo-fascistes qui les accompagnent.

Une petite suggestion de lecture :

Sinclair Lewis : « Cela ne peut pas arriver ici », aux Éditions Gallimard. Un classique de l’œuvre de Lewis.

Lotta Continua

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