Édition du 21 juin 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Santé

La lutte contre le projet de loi 10 : Le piège à éviter

Rémi Arsenault est membre du SCFP.

Cette loi a pris tout le monde par surprise. De nombreuses organisations, personnalités connues et associations de toutes sortes s’objectent à l’adoption de ce projet de loi déposé par le ministre Barrette. Pourtant, cette " fusionite aigüe" avait déjà piqué le parti libéral en 2003 et le ministre concerné de l’époque était nul autre que Philippe Couillard. Au dixième anniversaire de la création des CSSS, la coalition Solidarité-santé a dressé un bilan de cette réforme, lors d’une soirée conférence le 12 mars 2014 : « Depuis 10 ans, le nombre de cadres du réseau a augmenté de 30% pendant qu’il manque de personnel pour les services directs à la population, l’accessibilité aux services a diminué, le recours à la sous-traitance est devenu la norme au point où la prestation de services relève de moins en moins du secteur public, ce qui fait augmenter les coûts et les dépenses en santé ». Et le PLQ et son ministre Gaétan Barrette en remettent, avec une fusion encore plus énorme ! Avec l’adoption de cette loi, que devons-nous craindre ?

La détérioration des conditions de travail qui se poursuit

Depuis 10 ans, comme en témoignent les revendications du Front commun, les travailleuses et travailleurs de la santé ne font plus figure de "gras dur". Comme l’expose l’économiste indépendant Ianick Marcil, les travailleuses et les travailleurs de la santé ont connu un appauvrissement économique au cours des dernières années. Les différents gels des salaires combinés à la hausse des prix des premières nécessités expliquent cette réalité. Et cela ne semble aucunement préoccuper le ministre Coiteux si on se réfère à l’offre patronale !

Aussi, la violence semble être un phénomène qui prend de l’expansion dans le réseau de la santé. Comme le démontre l’enquête québécoise sur des conditions de travail, d’emploi et de santé et sécurité du travail (EQCOTESST), près de 20% des salariés affirment avoir subi du harcèlement psychologique et, dans bien des cas, c’étaient des gestionnaires qui étaient en cause. De plus, certaines études élaborent comme hypothèse que de plus en plus de préposés aux bénéficiaires subissent de la violence de la part des patients. Il est difficile d’affirmer que les fusions de 2003 en sont la cause. Sauf qu’avec les mégafusions qui s’en viennent, ces deux problèmes seront plus difficiles à régler. En implantant d’aussi grandes structures, la violence sera le moindre des soucis des gestionnaires.

Pour couronner le tout, les réorganisations de type "Lean" ont fait des ratés, on pense notamment aux CSSS Ahuntsic-Montréal-Nord et St-Michel-St-Leonard avec la firme Pro-Action. Nous savons qu’avec les prochaines fusions, le "Lean" restera encore à la mode. Le PLQ ne semble pas souhaiter prendre du recul, mais, au contraire, imposer ses idées. Finalement, la privatisation a pris une ampleur considérable et qui ne semble pas s’estomper, comme en témoigne la volonté de Gaétan Barrette de privatiser les buanderies des services hospitaliers. La loi 10 pourrait faciliter l’intrusion du privé dans le réseau.

Le maraudage : Diviser pour mieux régner

Il ne fait aucun doute, c’est le volet de la loi 10 le plus pernicieux. Surtout dans un contexte où les syndicats s’unissent en Front Commun ! Mener un maraudage impose argent, énergie et militant-e-s. Un luxe qu’on ne peut s’offrir face aux négociations qui s’en viennent. Ce maraudage forcé est une stratégie patronale qui cherche à nous faire dévier de notre véritable combat. Comme décrit plus haut, les conditions de travail se sont détériorées et la loi 10 viendra les aggraver davantage.

Nous sommes à un moment charnière de l’histoire. Une défaite dans le cadre des négociations actuelles serait lourde de conséquences pour les syndicats. La perte de confiance des travailleuses et travailleurs en leur organisation serait fatale et nous mènerait vers plusieurs années de misère. Nous n’avons plus le choix, il faut consacrer nos énergies à lutter contre le projet de loi 10, pas à se chicaner entre nous ! Accepter le maraudage, c’est jouer le jeu des patrons. Peu importe la bannière syndicale qui survivra au maraudage, l’application de la loi 10 fera des travailleuses et des travailleurs les grands perdants ainsi que le mouvement syndical dans son ensemble. La lutte nous reste la seule option.

Pour des ententes anti-maraudage maintenant !
Combattons le projet de loi 10 !

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