Tiré de Rabble
14 mai 2026
Le premier ministre canadien Mark Carney utilise une stratégie d’assaut tous azimuts pour mettre en œuvre un changement majeur en matière de politique environnementale et énergétique.
En l’espace de quelques jours, son gouvernement a publié un document de travail décrivant un nouveau processus d’approbation beaucoup plus rapide pour les grands projets, et a annoncé une nouvelle stratégie nationale en matière d’électricité, dont l’objectif ambitieux est de doubler la capacité du réseau électrique canadien d’ici 2050.
Plus tôt dans la semaine, le premier ministre s’est entretenu avec la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, du Parti conservateur uni, et a laissé entendre que le gouvernement fédéral était disposé à ralentir la hausse prévue de la taxe industrielle sur le carbone, principal outil politique du Canada contre les émissions de gaz à effet de serre.
La taxe industrielle sur le carbone s’élève actuellement à 95 $ la tonne et devait passer à 170 $ la tonne d’ici quatre ans, soit d’ici 2030.
Selon des sources gouvernementales anonymes, M. Carney a accepté de ramener le prix prévu pour 2030 à 130 $ la tonne.
Dans le cadre de cet accord, M. Carney a également accepté d’ouvrir la voie à la construction d’un autre pipeline destiné à acheminer le bitume de l’Alberta vers la côte ouest – et de là, par pétrolier, vers des clients étrangers.
Le premier ministre et le premier ministre Smith se réuniront à nouveau le vendredi 15 mai pour officialiser cet accord.
Tout cela a de quoi inquiéter ceux qui se soucient de l’avenir de la planète.
Alerte aux espèces menacées
Le document sur les grands projets, par exemple, mentionne la possibilité de permettre le démarrage anticipé de la construction avant même que la décision relative aux répercussions ne soit prise. Agir ainsi pour un projet créerait un fait accompli et rendrait le processus d’évaluation inefficace.
Le document fait également écho au projet de loi C-5 de 2025 en accordant aux ministres du Cabinet le droit d’« ajuster les conditions d’évaluation et les conditions environnementales » lorsque cela est nécessaire, « dans l’intérêt national ».
De plus, le document propose de conférer au Cabinet un « pouvoir limité » non défini pour exempter certains projets de l’application de ce qu’il appelle « le critère de mise en péril des espèces en péril ».
Cette expression qui semble anodine signifie que même si un projet, tel qu’une mine ou un pipeline, risquait de menacer l’existence même d’une espèce menacée ou en voie de disparition, il pourrait néanmoins être mis en œuvre – à condition, bien sûr, que le projet soit dans « l’intérêt national ».
Concrètement, une telle disposition pourrait permettre à une exploitation minière de déverser ses résidus dans des lacs et autres plans d’eau, tuant, par exemple, une espèce rare de truite ou une autre créature aquatique.
La Stratégie en matière d’électricité, quant à elle, rendrait l’électricité produite par les quatre provinces qui sont les principaux producteurs d’hydroélectricité propre plus largement accessible à travers le pays.
Ce serait une issue salutaire, du point de vue des changements climatiques.
Mais, « à court terme », la Stratégie favoriserait également l’électricité produite à partir du gaz naturel – qui, bien que plus propre que d’autres combustibles fossiles, n’est pas une source d’énergie renouvelable. À cette fin, Carney a annoncé que son gouvernement allait « adapter la réglementation sur l’électricité propre ».
Le secteur des énergies renouvelables n’est pas du tout satisfait
Malgré le discours conciliant du gouvernement en public, de nombreux partisans de Carney rejettent en privé les objections des groupes environnementaux et autochtones.
Loin des micros, ils se plaignent que le Canada soit à la traîne par rapport à des concurrents sur les marchés mondiaux comme l’Australie – en raison du processus d’approbation rigide, lent, excessivement déférent et inefficace de ce pays.
Mais certains secteurs du monde des affaires sont également en ébullition. Et ils font valoir que la nouvelle approche énergétique et environnementale du gouvernement Carney sera contre-productive et, à long terme, néfaste pour l’économie canadienne.
Une organisation représentant les industries renouvelables et propres au Canada, Canada’s Clean50, affirme que le « cadeau de Carney à l’Alberta » (en référence aux modifications de la taxe industrielle sur le carbone) « démantèle activement un secteur à forte croissance ».
Gavin Pitchford, directeur général de Clean50, déclare :
« Un plafond de 130 $ la tonne d’ici 2040 décimera le secteur des industries propres qui contribue actuellement à hauteur de plus de 200 milliards de dollars à notre PIB et représente environ 700 000 emplois, et qui connaît une croissance rapide. « Si on la soutient, cette contribution pourrait tripler, alors que l’industrie pétrolière est en déclin constant. »
Le choix du gouvernement de privilégier apparemment le pétrole, le charbon et le gaz non renouvelables au détriment des énergies propres fait fuir les investissements et les compétences, met en garde M. Pitchford.
Les « esprits les plus brillants » et les capitaux les plus avisés du secteur des énergies renouvelables sont déjà à la recherche d’opportunités d’investissement et d’emploi dans des pays d’Europe et d’Asie plus favorables aux énergies renouvelables.
« Je reçois des témoignages de jeunes professionnels titulaires d’une maîtrise de l’Université Western et de l’Université de Toronto qui cherchent activement un emploi au Royaume-Uni, au Danemark et à Rome », rapporte M. Pitchford de Clean50.
Les partisans de l’approche de M. Carney, qui consiste à faire marche arrière en matière de droits des Autochtones et d’environnement, soutiennent que l’économie et l’emploi doivent primer sur d’autres considérations « moins concrètes » – compte tenu du dilemme actuel du Canada.
Le mouvement environnemental et les communautés autochtones entendent ce genre d’argument depuis plus d’un an maintenant.
Mais quel argument ces partisans de Carney peuvent-ils opposer aux membres du milieu des affaires canadien qui affirment que le gouvernement fait preuve de myopie en favorisant les emplois et les investissements dans un secteur énergétique en déclin, alors qu’il risque de les perdre dans les secteurs des énergies propres de l’avenir ?











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