Édition du 2 décembre 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

La popularité montante du PQ se conjugue avec celle de son discours raciste

Aux Solidaires de combler le vide à gauche comme le vide indépendantiste

Plusieurs ont eu vent de cet article du Journal de Montréal où le chef péquiste remarquait une « flambée de violence observée chez les jeunes [qui] est liée en partie à des groupes criminels issus de l’immigration ». Il en déduisait que « Québec devrait […] embaucher 800 policiers supplémentaires et 100 nouveaux travailleurs de rue. » Il semble que la montée en popularité du PQ se conjugue avec l’intensification de son « dog whistling » raciste.

22 août 2025

Heureusement que l’IRIS est aux aguets : « Il est pour le moins surréel d’entendre le chef péquiste parler de l’époque, « il y a 20-30 ans », où le crime organisé avait soi-disant des méthodes plus douces, considérant que sévissait au Québec au début des années 1990 une guerre des motards qui a fait de nombreuses victimes, dont certaines parfaitement innocentes. Au-delà de cette première impression, il importe d’aller voir ce que disent les données et la recherche au sujet de la criminalité et des jeunes. On constatera alors que la situation est très différente de l’interprétation qu’en propose M. St-Pierre Plamondon » ce que démontre avec maintes statistiques à l’appui la note de recherche de Julia Posca de l’IRIS.

Règle générale, la criminalité québécoise et montréalaise est en baisse depuis le début du siècle, en particulier pour les homicides. Chez les jeunes la criminalité non violente l’est aussi mais non celle violente. Avant de pointer du doigt la jeunesse (racisée), il faudrait prendre le temps de jauger les enjeux sociaux de constater la recherchiste :

En faisant malgré tout ce rapprochement [entre criminalité et immigration], Paul St-Pierre Plamondon reprend à son compte un discours aux relents xénophobes sur la jeunesse racisée et sur les personnes immigrantes qui n’est malheureusement pas nouveau.

En déformant la réalité de l’évolution de la criminalité à Montréal, le chef du PQ emprunte une vieille stratégie rhétorique qui lui donne les moyens de justifier des solutions répressives dont l’efficacité a pourtant maintes fois été démentie. Depuis les années 1980, on dépeint les jeunes issus de l’immigration (ou perçus comme tel) comme représentant une menace pour la sécurité des autres citoyen·ne·s. Ce discours a permis de légitimer des mesures qui ont accentué la criminalisation de ces jeunes, et ce faisant, leur marginalisation. Ce cercle vicieux, qui est encore à l’œuvre aujourd’hui, explique en partie les tendances que l’on observe depuis quelques années en matière de criminalité juvénile.

L’expérience des intervenant·e·s sur le terrain et les travaux de plusieurs chercheurs et chercheuses ont bien montré que ce n’est pas à cause de leur origine ethnique ou de leur statut d’immigration que certains jeunes commettent des crimes, mais plutôt à cause de facteurs psychologiques et sociaux sur lesquels il importe d’intervenir. La précarité économique et le manque d’opportunités, l’insécurité liée au profilage et à la répression qui sévit dans les quartiers où résident ces jeunes ainsi que le besoin d’appartenance et de valorisation comptent parmi les facteurs en cause.

Le racisme montant du PQ élargit le vide à gauche de l’échiquier politique, tout comme en symbiose avec celui de la CAQ il cristallise le nationalisme québécois comme un nationalisme raciste ce qui entache l’indépendantisme et corrompt la lutte pour la langue française. En ce moment, il n’y a que Québec solidaire qui puisse donner un coup de Jarnac pour corriger cette débandade politique. Celle-ci entraîne le peuple québécois vers l’abîme trumpiste y compris la complicité génocidaire et la marginalisation de l’existentielle crise climatique. Le gouvernement fédéral de l’alliance de facto Libéral-Conservateur, par sa politique fossile (loi C-5), militariste (2% du PIB cette année, 5% en 2035) et répressive (loi C-5 et projet de loi C-2), masquée par le fauxsemblant du nationalisme canadien, a ouvert tout grand les portes à cette plongée dans le gouffre.

Il ne suffit pas de s’afficher comme le parti des travailleuses et travailleurs y compris racisé-e-s comme le fait le Manifeste de Québec solidaire définissant la nouvelle orientation du parti. Même si les politiques du logement, du pouvoir d’achat, des services publics, des droits des travailleurs-travailleuses s’adressent aussi à celles et ceux racisé-e-s, elles ignorent la spécificité d’une visible lutte contre le racisme. Abandonner les « woke » pour les travailleurs-travailleuses, comme avoir honte du député Haroun Bouazzi dénudant l’hypocrisie de l’Assemblée nationale, est se précipiter de Charybde en Scylla tout en sombrant, en vain, dans l’opportunisme électoraliste. Comme l’a mis en évidence la sympathie du peuple-travailleur québécois envers les agent-e-s de bord d’Air Canada, l’électorat est majoritairement prêt à appuyer les travailleuses et les travailleurs mais sur une base wokiste, cette fois-ci, c’était les femmes et les LGBTQ+.

Marc Bonhomme, 22 août 2025
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca

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