Édition du 1er septembre 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Planète

La sortie du capitalisme est plus nécessaire que jamais

Selon le penseur écosocialiste Daniel Tanuro, on ne reviendra pas au monde d’avant, mais nous avons encore la possibilité de vivre, et de vivre bien. Encore faut-il sortir la finance, l’énergie et la production agricole des griffes du grand capital afin de permettre l’élaboration d’une politique globale en perspective d’une autre société, bonne, vraiment humaine, écosocialiste.

Tiré du site web de la revue Contretemps
24 juin 2026

Par Daniel Tanuro

Alors que l’Europe connaît sa seconde canicule printanière de l’année.

Alors que les conséquences sanitaires, agricoles, écologiques promettent d’être redoutables.

Alors que cet évènement météo extrême (comme les vagues de chaleur en Inde et dans l’Antarctique) est un signe que le réchauffement global dû principalement à l’usage des combustibles fossiles est en train de faire basculer la Terre dans une catastrophe irréversible.

Alors qu’il faudrait, comme face au Covid-19, mais de façon structurelle, adopter un plan public d’urgence pour 1) protéger les populations les plus fragiles et prendre soin du vivant ; 2) réduire drastiquement, tout de suite, les émissions de CO₂, CH₄, etc., dans la plus grande justice sociale possible, en commençant par bannir la déforestation et les productions, transports et services inutiles (jets privés, yachts, etc.).

Alors que l’aggravation continue de la situation montre clairement la nécessité de sortir la finance, l’énergie et la production agricole des griffes du grand capital afin de permettre l’élaboration d’une politique globale en perspective d’une autre société, bonne, vraiment humaine, écosocialiste.

Alors que tout cela saute aux yeux, en fait.

Pour aller plus loin
|
Climat, inégalités et lutte des classes

Les investissements de la finance dans les fossiles ont fait un nouveau bond en avant en 2025, et pas seulement aux USA : en Europe et en Chine aussi – et en Russie, évidemment.

Les membres du G7 se réunissent respectueusement (dans des locaux climatisés) autour du plus criminel, du plus fanatique, du plus stupide des négationnistes climatiques pro-fossiles, sans dire un mot du climat. Le comble : ils vont jusqu’à le féliciter d’avoir rétabli la paix (!) en Iran et se réjouissent avec lui du fait que le précieux pétrole pourra de nouveau s’écouler par Ormuz ! Cloportes !

Tous rivalisent pour développer l’IA dont les centres de données sont en passe d’avoir autant d’impact climatique que le secteur des transports (qui sera rapidement dépassé).

La Commission européenne, d’accord avec les gouvernements et sous la pression des industriels, continue comme si de rien n’était à détricoter les très insuffisantes mesures de régulation des émissions prises dans le cadre de son propre « plan vert » (moteurs thermiques, fuites de méthane, marché des droits d’émission : tout passe à la moulinette omnibus de la « simplification »…).

Un nombre non négligeable de médias continuent à mettre dans la tête des gens qu’il « fait beau temps » (cette absurdité est même répétée par des gens de gauche qui se réjouissent du soleil pour leur barbecue de fin d’année !).

Résultat anecdotique (quoique) : sous un cagnard digne du Péloponnèse au mois d’août, les avions de Ryanair continuent leur va-et-vient infernal au-dessus de mon jardin, comme si de rien n’était, et tout le personnel politique s’en réjouit, car « ça crée de l’activité ». Parfaite illustration de l’automate mortifère – le profit capitaliste – qui dévore la société jusqu’à son âme et se substitue à l’intelligence.

Mais le vent finira par tourner (métaphore climatique). Inévitablement, la catastrophe… ramènera la catastrophe à l’ordre du jour social et politique. Les premiers signes d’une inquiétude croissante se font jour dans les sondages, aux États-Unis. Quitte à adopter une position messianique, il faut tenir bon, en s’appuyant sur les sciences. Refuser le « réalisme ». Ouvrir des brèches dans le productivisme, partout où c’est possible. Secouer les grandes organisations, surtout les syndicats, pour coupler le social, l’écologique et le démocratique dans les luttes.

On ne reviendra pas au monde d’avant, non. L’Holocène – qui a permis l’éclosion de la civilisation – c’est fini, quoiqu’en disent officiellement les géologues. La hausse du niveau des océans (qui se poursuivra très longtemps, même si les émissions étaient arrêtées immédiatement) est irréversible. Les pertes de biodiversité (coraux, par exemple) et de fonctions écosystémiques aussi (en tout cas, à l’échelle humaine des temps).

Mais nous avons encore la possibilité de vivre, et de vivre bien, tous, dans un Anthropocène gérable, où la température moyenne de surface restera « bien au-dessous de +2°C » (Accord de Paris) et finira – dans 2 000 ans ! – par se stabiliser 1°C environ au-dessus du niveau de l’Holocène.

Voici la seule conclusion que l’on peut tirer de tout cela : le degré de « gérabilité » de cet Anthropocène, la Terre que nous laisserons à nos enfants et aux enfants de nos enfants, « pour les siècles des siècles », dépend de nos luttes maintenant contre le Moloch capitaliste. Ensemble, soyons courageux, déterminés, inventifs et joyeux dans la mesure du possible. « Frères humains qui après nous vivez, n’ayez le cœur contre nous endurcis ».

*****

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Planète

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...

Abonnez-vous à la lettre