Édition du 13 avril 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Élections fédérales 2015

La souveraineté pour changer de société

Réplique à l’article de Francis Boucher

Le texte de Francis Boucher paru dans l’édition du 15 août du Devoir [1] part de nobles intentions quant à l’importance de battre les libéraux. Il accorde cependant peu de place pour expliquer quelles sont ces politiques et quelles sont les positions concrètes des partis pour les contrer.

Le Parti Libéral déconstruit l’État et détruit les services publics à vitesse grand V afin de donner un « clé en main » au secteur privé. Dans le secteur de la santé en particulier mais également dans l’éducation. La politique de ce parti ouvre la porte toute grande à l’exploitation pétrolière, et offre un bar ouvert pour l’exploitation de nos ressources minières sans transformation au Québec.

Voyons ce qui en est au niveau fiscal. Le ministre Laitao a déposé un budget en mars dernier sous le signe de l’austérité. Dans l’objectif du déficit zéro l’augmentation des dépenses sera limitée à 1,5% même à 1,2 % pour les dépenses de programmes. Celui du ministre Marceau déposé en novembre 2012 allait exactement dans le même sens et proposait une croissance des dépenses de programme de 1,8% dans l’objectif de l’atteinte du déficit zéro avant 2013-2014. Les compressions budgétaires se sont poursuivies dans le budget 2014 avec une prévision de l’augmentation des dépenses de l’appareil de l’État de 2% par année alors que par le passé la hausse moyenne dépassait les 4 pour cent. Cela signifie que les compressions imposées par le gouvernement Marois ont été plus accentuées qu’elles ne l’étaient sous le gouvernement Charest. En effet le dernier budget présenté par le ministre des finances Raymond Bachand en 2011 annonçait des augmentations des dépenses de l’ordre de 3,7% et les médias considéraient déjà qu’il s’agissait d’un budget austère.

Quant aux secteurs ciblés par ces coupures, dans chacun des cas ce sont comme d’habitude les consommateurs, les services publics et les employéEs qui y travaillent. Rien en ce qui regarde l’augmentation des revenus, comme l’augmentation des redevances minières, les modifications au taux d’imposition, la lutte à l’évasion fiscale.

Alors où sont les convergences ?

Lorsqu’on cherche des points de convergence on ne peut se contenter de phrases vagues comme le fait Francis Boucher, on a l’obligation de regarder les questions concrètes. Est-ce que le PQ va appuyer la lutte des employés et employées du secteur public contre les coupures de personnel et les gels salariaux que Couillard veut leur imposer sous le couvert de l’austérité ? Québec solidaire s’oppose à de telles mesures qui ne font qu’empirer la situation de l’emploi, accélérer la récession en plus de paver la voie à la privatisation. En ce qui concerne le PQ, sa feuille de route sur cette question parle par elle-même. Sous le gouvernement Bouchard, le Québec a connu l’un des pires épisodes de coupures dans les réseaux de la santé et de l’éducation dans l’objectif du déficit zéro. Le Parti Québécois avait ainsi déjà mis la table pour les projets de déstructuration des services publics orchestrés par la suite sous le gouvernement libéral de Jean Charest. Si le Québec a besoin de clarté comme le mentionne monsieur Boucher, il a aussi besoin de se souvenir.

La souveraineté doit aussi se pratiquer dans des gestes concrets. Lors de la présentation du projet de transport pétrolier par le gouvernement Harper en 2013, la première ministre Pauline Marois ne s’était même pas donné la peine, comme l’avait fait son homologue de la Colombie-Britannique, de faire valoir les intérêts du Québec auprès de l’Office National de l’Énergie. Elle n’avait pas non plus demandé d’audience du BAPE.

De quoi parle-t-on au juste ?

Québec solidaire croit que l’avenir du Québec appartient à tous ceux et celles qui y habitent. La population adhèrera à la souveraineté si elle croit que cela représente une société nouvelle, juste et équitable envers tous et toutes. Francis Boucher affirme qu’il faut montrer les avantages de la souveraineté pour tous « …allos, néos… », suggérant que le PQ partage cette idée. Il semble oublier le ressac qu’a provoqué la campagne identitaire de la charte des valeurs chez les communautés issues de l’immigration et particulièrement musulmanes en 2013-2014. Cette campagne d’ostracisation menée dans le seul but de gagner le vote francophone selon la recette gagnante de l’ancienne ADQ a fracturé si profondément le Québec, que même Bernard Drainville a été obligé de dire qu’il ne prévoyait pas de possibilité de référendum avant un deuxième mandat.

Péladeau lui, reste muet sur cette question comme sur celle du pétrole d’ailleurs. Quant à sa ferveur souverainiste, elle est beaucoup plus liée au fait que les politiques concernant les télécommunications sont de juridiction fédérale, limitant ainsi son empire à l’obtention d’un monopole absolu. Comment peut-on encore douter de ses motivations, lui qui a écrasé les employéEs qui travaillaient au sein de ses entreprises. N’a-t-il pas d’ailleurs placé son argent dans des paradis fiscaux à l’abri du fisc québécois à l’aide de Quebecor World Centro America S. A.? Non on n’a vraiment pas la même vision de la souveraineté !

Une coalition des forces militantes est souhaitable et utile lorsqu’elle a un objectif précis comme la lutte contre les politiques d’austérité, pour la justice sociale et la réappropriation de nos ressources naturelles. Mais sur le plan politique, si le Québec a besoin de clarté on doit faire le constat que le PQ a largement démontré sa faillite tant sur le plan social que sur le plan d’accès à la souveraineté. Il représente une variante à saveur souverainiste du projet néolibéral défendu par les libéraux et la CAQ.

Québec solidaire est né en 2006 du constat de cette impasse politique pour le Québec. C’est pour cette raison que sans prétention mais avec conviction il se présente comme alternative à la population du Québec.


[1Francis Boucher, Osons une large coalition progressiste et souverainiste, Le Devoir, 15 août 2015

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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