Le mirage du découplage entre les croissances du PIB et des GES cache la catastrophe
Pour briser cette corrélation positive, « [c]ette semaine, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé les économies à ‘’dépasser le PIB’’ comme mesure du progrès, avertissant que les ‘’systèmes comptables existants’’ dans le monde menaient la planète vers le désastre. » C’est là une invitation implicite à la décroissance matérielle à propager… et aussi pour redorer le blason de l’ONU de plus en plus larguée par les grandes puissances néo-fascisantes et guerrières. Sur la base du contestable modèle sur les « limites de la croissance » de 1972 qui tout en mettant le projecteur, au-delà des énergies fossiles, sur l’ensemble fini (sur la terre) des ressources naturelles met erronément en cause la croissance de la population, et plus généralement le malthusianisme, et non la société capitalocène, l’article du The Guardian — c’est là sa substantifique moelle — se demande si la technologie verte n’est pas en train de réussir à provoquer un découplage entre croissance du PIB et croissance des gaz à effet de serre (GES).
Comme le montrent les graphiques par pays, il semble que ça soit le cas pour les pays du vieil impérialisme mais certainement pas pour ceux des BRICS + et tutti quanti… sauf l’exception surprenante de l’Afrique du Sud. L’article, à juste titre attire l’attention sur les importations des pays du vieil impérialisme par lesquelles ils « exportent » leurs gaz à effet de serre. Au net, comme le montre le graphique du début de l’article, les émanations mondiales de CO2 continuent de croître chaque année. Or, comme l’explique l’article, ce qui compte pour générer l’effet de serre ce ne sont pas les émanations annuelles mais le stock de GES dans l’atmosphère en se souvenant que le CO2 « [u]ne fois rejeté dans l’atmosphère, il y reste pendant très longtemps : entre 300 et 1 000 ans. » D’où l’inexorable courbe de Keeling, mesurant le stock de CO2, qui commencerait à décroître seulement si la croissance annuelle des GES non pas décroîtrait mais devenait négative puisque n’importe quelle croissance annuelle, si mince soitelle, ajoute au stock existant de GES.
À mon avis, ce que j’ai déjà expliqué en long et en large, il aurait aussi fallu ajouter le biais des statistiques nationales, basées sur les sources, colligées par l’ONU — feux de forêt « naturels », GES militaires, auto-recensement par les entreprises, règles complexes — par rapport aux mesures mondiales prises directement dans l’atmosphère, en plein milieu du Pacifique pour la courbe de Keeling qui ne peut mentir à moins d’une perversion beaucoup plus difficile et plus facilement décelable de la science elle-même que Trump tente de faire taire. Toujours est-il que se confirme le diagnostic du rapport sur les limites pluridimensionnelles de la croissance. « Le dernier bilan de santé planétaire, publié en septembre , a révélé que sept de ces neuf limites [planétaire] étaient franchies à un degré dangereux » :
Résumé des conclusions du bilan de santé planétaire de 2025
Niveaux de CO2 atmosphérique Un record vieux de 15 millions d’années
Diversité écologique - En forte baisse
Superficie terrestre couverte par les forêts - Tombé en dessous des niveaux de sécurité
Flux d’eau douce - Instable, augmentant les risques de sécheresse et d’inondation
Cycles mondiaux des nutriments - Perturbées, provoquant des « zones mortes »
Produits chimiques et plastiques - Trop de produits sont diffusées sans tests.
Acidification des océans - Les organismes marins en danger
Aérosols dans l’atmosphère - Se trouvant dans la zone de sécurité
L’ozone dans la stratosphère - Sain et sauf, mais la récupération est incomplète.
Pour bloquer l’émergence de la terre-étuve se pointe le courant de la décroissance matérielle
Qu’en conclue le monde économique ? Laissant de côté les économistes trumpiens qui nient le problème et discréditent leur profession, l’article le divise en trois groupes :
Un groupe est celui des keynésiens verts, qui croient qu’une croissance verte est possible grâce à une transition menée par l’État. L’une des idées phares de ce courant est le Green New Deal […] De l’autre côté, on trouve les capitalistes verts, qui espèrent eux aussi une croissance durable, mais convaincus que les réformes de marché et les progrès technologiques permettront de la garantir. […] Les deux camps partagent certains points communs, comme le soutien aux énergies renouvelables et la nécessité de partenariats public-privé. À l’inverse, les partisans de la décroissance sont en désaccord sur un point plus fondamental : ils affirment qu’une croissance continue est impossible tout en respectant les limites de la planète.
Au sein de ce dernier courant, plusieurs notent le « ralentissement durable de la productivité et de la faible croissance observés dans de nombreuses économies occidentales. » Cet épuisement du capitalisme se produit alors que revient sur le devant de la scène l’hypothèse de la terreétuve. « …le monde est plus proche qu’on ne le pensait d’un “point de non-retour” après lequel le réchauffement climatique incontrôlable ne pourra plus être arrêté. Selon eux, la poursuite du réchauffement climatique pourrait déclencher des points de basculement climatiques, entraînant une cascade d’autres points de basculement et de boucles de rétroaction. Cela plongerait le monde dans un nouveau climat infernal de “Terre étuve”, bien pire que l’augmentation de température de 2 à 3 °C que le monde est en passe d’atteindre. Le climat serait également très différent des conditions clémentes des 11 000 dernières années, au cours desquelles toute la civilisation humaine s’est développée. »
Les décroissancistes les plus radicaux proposent « notamment la réduction du temps de travail, comme la semaine de quatre jours, et le plafonnement des revenus, en particulier pour réduire le pouvoir d’achat des riches. » On pense ici aux multiples études d’Oxfam. « Les 1 % les plus riches (77 millions de personnes) ont généré 16 % des émissions mondiales liées à la consommation en 2019, soit plus que l’ensemble des émissions liées aux voitures et au transport routier. Les 10 % les plus riches sont responsables de la moitié des émissions mondiales. Au Canada, le top 1% émet à lui seul près de la moitié (10,6%) de ce qu’émet l’ensemble du 50% le plus pauvre de la population (18,3%). » La politique centrale de remédiation de ce courant consiste à imposer les revenus et le patrimoine du 1% (et du 10%) : « Au Canada, en 2022, une taxe de 60% sur les revenus du 1% permettrait d’amasser 68,2 milliards de dollars afin de financer l’industrie des énergies renouvelables et une transition verte et juste abandonnant les combustibles fossiles. »
On constate une typique politique sociale-démocrate réformiste adaptée au XXIe siècle qui ne remet pas en question les fondements capitalistes du pouvoir même si la décroissance est antinomique au capitalisme. S’imagine-t-on qu’oligarques et ploutocrates vont se laisser dépouiller de leur richesse pour préserver l’humanité de sa crise existentielle ? L’exigence d’une taxation conséquente du haut de la pyramide a certainement une utilité pédagogique pour démontrer la pingrerie de la haute bourgeoisie laquelle, aux ÉU, appuie Trump parce qu’il a imposé une régression sans précédent de la progressivité fiscale avec son Big Beautiful Bill. Si ce n’est que pour raison de compétitivité fiscale, suivra le reste du monde à commencer par le Canada. L’éperdue résistance capitaliste à cette égalitaire réforme démocratique pleine de bon sens doit être une invitation à remettre en question le pouvoir du capital sur la société en faveur du socialisme, vision du monde enfouie par un demi-siècle de graves défaites ouvrières et populaires.
Dire non au capitalisme vert et aux lois scélérates s’impose mais n’assure en rien un débouché
La prochaine élection québécoise, pour ce faire, impose de d’abord remettre en question ce capitalisme vert tout-électrique (et ruineux) qui paraît couler de source à cause de la mur-à-mur électricité hydraulique et éolienne du Québec. En découle ce Plan d’action 2035 de 200 milliards $CDN, voué à être l’épine dorsale économique du projet de société de la prochaine génération, afin d’augmenter de 50% la production d’électricité « propre ». On commence à réaliser que cette production servira non pas à décarboner l’industrie et le transport mais à desservir d’énergivores, et peu créatrices d’emplois, fermes de serveurs vouées à l’intelligence artificielle de « chez nous » nous dit la CAQ. À voire si les entreprises nationales seront de calibres à affronter les Sept Magnifiques étatsuniennes sans se faire tasser ou avaler. Chose certaine, ce Plan pave la voie à la privatisation de la production électrique, particulièrement éolienne, en mode partenariat public-privé de sorte à pouvoir subventionner les entreprises productrices d’électricité tout en rentabilisant celles usagères par une politique de bas prix.
La réponse gauche-toute, qui devrait être celle Solidaire, consiste à d’abord rejeter ce Plan d’action 2035 dont le but réel n’est que requinquage de l’entreprise privée souffreteuse par la voie d’un capitalisme vert tout-électrique grassement subventionné. En parallèle, toujours pour soutenir le capital en berne, la CAQ, sous le vent du trumpisme, carabine toute une série de lois scélérates et liberticides pour affaiblir la riposte du peuple-travailleur tant en entravant ses organisations et ses plans d’actions qu’en déviant son tir contre les siens qui ne sont pas de souche si ce n’est du bon sexe. Ces lois et projets de loi exécrables, sans compter l’austérité caquiste-libéral pour financer des grands projets ratés, tel Northvolt, inutiles comme des pipelines et l’extension Contrecœurdu Port de Montréal, ou carrément guerriers attisent une saine colère populaire que paraît vouloir canaliser une alliance en formation des mouvements syndical, communautaire et étudiant que Québec solidaire tarde à rallier.
Comme l’ont démontré les nombreux grands soulèvements post-crise 2008 à travers le monde, dont ceux récemment dus à la génération Z, canaliser la colère populaire contre les régimes en place ne suffit nullement à engendrer une amélioration de la situation. Au contraire, souvent le pire advient. La conjoncture québécoise n’ayant rien de si dramatique, tant s’en faut, la riposte anti-CAQ se cristallisera vraisemblablement lors des prochaines élections. Pour éviter d’y tourner en rond, il est impérieux que Québec solidaire, la seule force de gauche ayant la crédibilité nécessaire, pose l’alternative qui ne peut être qu’une société du soin et du lien basée sur la décroissance matérielle comme le laisse entendre l’article cité de The Guardian. Comme cette alternative est à contre-courant de la marche actuelle de la société, il ne suffira pas du temps court de la campagne électorale pour la populariser. Il faut s’y mettre immédiatement d’autant plus que l’indispensable insertion du parti dans l’alliance anti-CAQ en formation y invite à cor et à cri.
Des mesures concrètes et clivantes à la Mamdani pour ouvrir l’horizon menant à la victoire
Que ce soit dans le cadre de la riposte anti-CAQ ou de la (pré-)campagne électorale, l’alternative de la société décroissanciste du soin et du lien ne parlera au peuple-travailleur que si elle est étalée en mesures concrètes et clivantes bien accrochées aux angoisses populaires. La préoccupation centrale de l’heure met le focus sur le coût de la vie, particulièrement le logement et l’alimentation, sans oublier cependant ni l’attaque caquiste contre les droits, dont en ce moment les personnes immigrantes, réfugiées et racisées sont les premières victimes, et ni les guerres génocidaires. La victoire inattendue du « socialiste » nouveau maire de New-York Zohran Mamdani montre la voie à suivre en termes de tactique électorale soit une campagne « woke » porteuse d’une plateforme audacieuse, concrète et clivante telle, par exemple, « Gel des loyers, bus gratuits, garde d’enfants gratuite, augmentation du salaire minimum à 30 dollars d’ici 2030, imposition des entreprises et des 1% les plus riches, [tripler] la production de la ville en matière de logements abordables à perpétuité, construits par des syndicats et à loyer régulé – en construisant 200 000 nouvelles unités au cours des 10 prochaines années. »
Il va sans dire que de telles revendications ont besoin de temps pour être intériorisées par l’électorat et même par les membres du parti. Il est impérieux d’ici le prochain congrès de populariser et de populariser sans plus attendre les quelques revendications suivantes dans le style Mamdani tout en les soumettant au débat au sein des instances du parti.
EN PLUS DU REJET IMMÉDIAT DE TOUS LES LOIS ET PROJETS DE LOI SCÉLÉRATS ET LIBERTICIDES DE LA CAQ DE MÊME QUE DU PLAN D’ACTION 2035 D’HYDRO-QUÉBEC, IL FAUT S’ENGAGER D’ICI 2030 POUR :
• LA GRATUITÉ D’UN SERVICE UNIVERSEL DE GARDERIES,
• LE GEL IMMÉDIAT DES LOYERS JUSQU’EN 2030,
• LA CONSTRUCTION DE 100 000 LOGEMENTS SOCIAUX ÉCOÉNERGÉTIQUES AVEC PANNEAU SOLAIRE ET/OU TOITS VERTS À CONSOMMATION (QUASI-)ZÉRO,
• LE GEL DES TARIFS PUIS LA GRATUITÉ DU TRANSPORT COLLECTIF URBAIN,
• L’ÉTATISATION DU SERVICE D’AUTOBUS INTERURBAINS ET SON RÉTABLISSEMENT AU NIVEAU DE 1981,
• DES AUTOBUS OU TRAMWAYS EN VOIES RÉSERVÉES SUR TOUTES LES RUES/ROUTES À QUATRE VOIES,
• DÉJEUNERS ET DÎNERS GRATUITS VÉGÉTARIENS ET SANS NOURRITURE ULTRATRANSFORMÉE DANS TOUTES LES INSTITUTIONS D’ENSEIGNEMENT,
• TAXE PÉNALISANTE SUR LES ALIMENTS PÉRIMÉS ET JETÉS PAR LES ENTREPRISES À MOINS DE LES DONNER,
• DES PARCS NATURELS SUR 30% DU TERRITOIRE EN ÉQUILIBRE ENTRE LE NORD ET LE SUD,
• LA COGESTION DE LA FORÊT AVEC LES PEUPLES AUTOCHTONES,
• L’IMPOSITION À 100% DES GAINS DE CAPITAUX RÉALISÉS ET LORS DES SUCCESSIONS,
• RÉTABLIR L’ÉCHELLE DE PROGRESSION DES TAUX D’IMPOSITION COMBINÉ DES PARTICULIERS À CE QU’ELLE ÉTAIT EN 1971
• RÉGULARISATION DES SANS PAPIERS
• INTERDICTION DE LA VENTE ET L’ACHAT, DIRECTE ET INDIRECTE, D’ARMES À ISRAËL ET AUX ÉU
À ceux qui crieront à l’utopie et à l’irréalisme, il faut rappeler que le Canada capitaliste avait transformé en moins de quatre ans son économie de paix en économie de guerre au moment de la Deuxième guerre mondiale, que le Québec capitaliste de la « révolution tranquille », sous direction étatique, s’était doté en 10-15 ans de modernes réseaux scolaire, de santé, routier sans compter le métro et l’Expo 67 pour finir avec les Jeux olympiques de 1976, que cette fois il s’agit non pas de sauver le capitalisme de sa morbidité mais l’humanité de la mort par le capitalisme.
On doit faire ressortir que ces revendications nécessitent l’indépendance parce que, d’un, elles sont incompatibles avec le Canada pétro-gazier et financier ; de deux, elles exigent l’autonomie de la politique économique, commerciale, financière et monétaire ; de trois, seul un peuple ayant voie au chapitre et libéré du mépris chauvin, dit Quebec bashing, peut avoir la détermination et l’énergie pour aller à contre-courant de l’extractivisme fossile et minier du fédéralisme et du trumpisme xénophobe et raciste qui a gobé le PQ comme la CAQ et auquel s’adaptent les Libéraux.
Marc Bonhomme, 15 février 2026
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.ca
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