Édition du 10 mars 2026

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Analyse politique

La voix de son maître

Le billettiste de droite Richard Martineau a commis un autre commentaire démagogique dans sa chronique du Journal de Montréal, jeudi le 28 mai dernier.

Il a intitulé son texte : "Trump tire le monde vers le bas." Ce qui sert de base à son argumentation est une comparaison facile avec John F. Kennedy, à partir d’une biographie qu’a consacrée à l’ancien président Fredrick Logevall, lauréat d’un prix Pulitzer. Soit dit en passant, mine de rien, sous son style populiste, Martineau nous indique qu’il a des lectures ! Il faut donc le prendre au sérieux. Bien entendu, le chroniqueur se sert de l’essai de Logevall pour comparer Kennedy à Trump, au détriment de ce dernier, mais sans le moindrement tenir compte de la différence des contextes historiques qui sépare les deux présidents. Martineau tombe dans la facilité en reprenant à son compte le discours antitrumpiste dominant.

Là où les choses clochent, c’est lorsqu’il en profite pour dénigrer une fois de plus le "wokisme". Il tombe dans la démagogie la plus facile. Il en fait un dada, une fixation. Il reprend à son compte l’hostilité des conservateurs sociaux qui voient dans le wokisme une menace pour la liberté d’expression et les valeurs traditionnelles. Le wokisme se caractérise pourtant par une volonté de justice sociale et de redistribution de la richesse produite. Il prône aussi un certain multiculturalisme et une ouverture à l’autre. Examinons quels termes Martineau emploie pour aborder le wokisme.

"On dit du wokisme que c’est la gauche dans ce qu’elle a de pire. La "bienveillance/" poussée jusqu’à la niaiserie. Eh bien, le trumpisme, c’est la droite dans ce qu’elle a de pire."

Il ajoute :

"Bien sûr qu’il faut mettre un frein à l’immigration massive, à la criminalité, au communautarisme, à la dégradation des institutions d’enseignement, qui ressemblent de plus en plus à des usines destinées à former des militants extrémistes.
Mais pas comme ça.
Pas avec un batte de baseball.
Trump, c’est la pire des réponses à une excellente question."

Il ajoute :

"Les wokes nous poussent vers l’extrême gauche ? On va aller à l’autre extrême !"

Entre les lignes du texte de Richard Martineau, on discerne l’inquiétude d’une partie notable des élites économiques devant la montée de l’extrême droite dont les politiques risquent de compliquer la gestion du capitalisme "modéré" et l’accumulation du profit ; en résumé, de compromettre le bon fonctionnement du système.

Martineau n’est pas le seul billettiste du Journal à s’en prendre aux tenants et tenantes du wokisme, mais lui tombe dans la plus épaisse des démagogies. Par exemple, affirmer le plus sérieusement du monde que les institutions d’enseignement façonnent une masse de "militants extrémistes" relève d’un aveuglement volontaire, d’une mauvaise foi éclatante, ou encore des deux.

Évidemment, le courant woke ne précise guère ses objectifs dans les détails, il demeure un peu vague là-dessus tout comme les moyens à employer pour réaliser ses buts. Il est tout aussi susceptible de critique que n’importe quel autre courant idéologique. Mais il n’est pas monolithique et il existe en son sein diverses approches dans leur analyse sociale. C’est normal. Il est plus flou que ne l’était le communisme des années 1970 et tout aussi marginal en fin de compte que le marxisme-léninisme et le maoïsme l’étaient dans le temps au Québec.

Précisément, quelle aurait été la réaction de Martineau et de ses semblables devant le noyautage des plusieurs organisations étudiantes et communautaires de cette époque par des groupuscules marxistes ? Ils auraient sombré dans un anticommunisme primaire et crié au déclin de la démocratie. Ils se seraient aussi alarmés du radicalisme de certains militants syndicaux.
L’antiwokisme représente donc la forme mise au goût du jour d’un certain antigauchisme propre à des fractions influentes des classes dominantes. Martineau et ses congénères s’en font les porte-voix, on les paie pour cela. Leurs jappements sont destinés à effrayer le bon peuple.

Jean-François Delisle

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