Édition du 22 juin 2021

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États-Unis

Le Congrès américain entend pour la première fois des victimes des drones

"J’ai entendu un cri. Tout est devenu noir. J’ai commencé à courir mais j’ai vu qu’il y avait du sang sur sa main. J’ai essayé de l’essuyer mais ça n’arrêtait pas de saigner. " Murmurant d’une voix timide, recouverte d’un voile bleu orné de fleurs jaunes, Nabeela ur-Rehman , fille pakistanaise âgée de neuf ans, a raconté au Congrès ce mardi la façon dont le 24 octobre 2012 une attaque de drones sur la région nord du Waziristan a tué Mamana Bibi sa grand-mère âgée de 68 ans et a blessé plusieurs de ses frères. C’est la première fois que des membres du Congrès et des sénateurs américains ont eu l’occasion d’écouter les victimes innocentes des bombardements de drones menés par la CIA.

(Tiré du journal El Pais, 29 octobre 2013 - traduction Presse-toi à gauche !)

Seuls cinq représentats, tous des démocrates, étaient présents pour entendre Nabeela, son frère Zubair de 13 ans, qui a d’abord été hospitalisé à Islamabad puis à Peshawar, où on a enlevé les éclats d’obus qui s’étaient logés dans sa jambe et son père, Rafiq ur-Rehman, un professeur d’école, qui a raconté en ourdou non seulement ce qui est arrivé à sa famille il y a plus d’un an , mais la façon dont cela a changé la vie de leur communauté et de la région, qui est l’objet d’un grand nombre d’attaques de drones dans le pays en raison de la forte présence des talibans, puisque Washington a adopté cette nouvelle stratégie de lutte contre le terrorisme.

Je n’aime pas les ciels bleus , je préfère quand ils sont nuageux car alors les drones ne peuvent pas voler" (Zubair ur-Rehman)

" Je n’aime pas les ciels bleus , je préfère quand ils sont nuageux, car alors les drones ne peuvent pas voler", a reconnu Zubair, habillé dans le costume de sa tribu. Son père a exigé la fin de ce type d’ attaques indiscriminées et la justice pour les victimes innocentes. « Vous vivez sans crainte en Amérique et je veux que mes enfants grandissent dans un tel environnement", a déclaré Rafiq . « Je demande aux Américains qu’ils nous traitent comment des égaux, qu’ils s’assurent que leur gouvernement reconnaisse les mêmes droits humains comme ils le font pour leurs propres citoyens. Ce massacre aveugle doit cesser et la justice doit être faite pour ces gens innocents qui ont souffert aux mains de gens injustes ", a déclaré Rafiq, dont l’interprète a dû arrêter sa traduction plusieurs fois pour pleurer.

Les membres du congrès qui ont assisté à l’audience ont été très critique de l’utilisation de la stratégie de drones." L’utilisation de drones est contreproductive et n’assure pas notre sécurité. », a déclaré le démocrate Alan Grayson de Floride, qui a défendu ce point de vue. Grayson a indiqué que ce type de bombardement débouche sur des « exécutions extrajudiciaires », mais il a évite de les qualifier de crimes de guerre parce que ces meurtres ne sont pas perpétrés de façon « délibérée ».

Les membres de la famille Rehman sont les seules victimes innocentes des attaques de drones menées par les Etats-Unis au Pakistan qui ont pu se rendre aux États-Unis pour raconter leur histoire. Il était prévu que leur avocat, Shahzad Ahkbar, accompagne les Rehman lors de leur visite au Capitole, mais le Département d’État a refusé de lui fournir un visa. Ahkbar représente plus d’une centaine de survivants des bombardements par drones faits par la CIA qui ont poursuivi le gouvernement américain et le Pakistan pour ces gestes.

19 civils ont été tués dans la région du Waziristan au cours de 45 attaques confirmés de drones depuis 2012, selon les chiffres rendus publics par Amnesty International la semaine dernière. L’administration Obama refuse de confirmer les détails sur les victimes innocentes de ces attentats pour des raisons de sécurité, mais elle affirme que les victimes sont moins nombreuses que ce que prétend la presse. "Des dizaines de membres de ma tribu, qui n’étaient que des citoyens ordinaires, ont trouvé la mort. Et alors comme leurs familles se voient refuser le droit de parler, je parle pour eux. Les drones ne sont pas la solution », a déclaré Rafiq .

« Je suis un enseignant et mon travail consiste à expliquer, mais comment puis-je expliquer cela ? Comment puis-je expliquer quelque chose que je ne comprends pas ? Comment puis-je faire en sorte que les enfants ne vont pas voir venir un autre drone qui va les tuer ? » a demandé Rafiq aux cinq représentants de la Chambre. Le membre du Congrès, Rush Holt, a demandé au Congrès une « enquête approfondie sur les conséquences et les effets de ces attaques et un « débat national » sur la façon dont les États-Unis peuvent en finir, à l’avenir, avec de telles politiques de sécurité. Son collègue du Parti démocrate John Conyers a appelé son pays à indemniser financièrement les victimes innocentes de ces attaques et a appelé le président Barack Obama à rendre publiques toutes les justifications légales pour autoriser l’utilisation de drones à des fins antiterroristes à l’étranger .

Il n’est pas le seul qui a demandé plus de transparence à la Maison Blanche. Le procureur Jennifer Gibson, qui a parlé au nom d’ Ahkbar, a demandé au président et à son administration d’en " finir avec cette guerre de l’ombre et d’apporter des réponses ». "C’est ainsi que doit fonctionner la démocratie, les démocraties ne peuvent pas fonctionner dans l’obscurité, elles doivent être transparentes , » a-t-il proclamé. Rafiq a été plus direct : « Si Obama voulait l’entendre », je dirais que ce qu’il a fait n’est pas juste et qu’il doit en finir le plus tôt possible »

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