Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/08/07/le-dialogue-sur-legalite-des-sexes-des-autorites-avec-elles-memes/
7 août 2026
Le 1er juin 2026, le Conseil des ministres a approuvé un nouveau règlement relatif au Conseil national de la politique de genre et a revu sa composition. La résolution n°274 est entrée en vigueur le 4 juin. Les médias de propagande d’État ont présenté cette décision comme un « élargissement des pouvoirs du Conseil national ». Officiellement, le Conseil est chargé de coordonner la politique nationale en matière de genre et de promouvoir l’égalité des droits et des chances entre les femmes et les hommes.
Sa composition montre toutefois comment les autorités belarusses conçoivent la participation du public à la prise de décision en matière d’égalité entre les sexes. La quasi-totalité des sièges a été attribuée à des représentant·es des ministères, des organes exécutifs, des institutions d’État et du parlement contrôlé par le régime. Le secteur dit « non gouvernemental » n’est représenté que par deux organisations contrôlées par l’État : la Fédération des syndicats du Belarus (FPB) et l’Union des femmes belarusses.
Il n’y a pas de pluralisme dans la représentation indépendante des travailleurs/travailleuses — ni même des employeurs.
Cela donne lieu à un modèle belarus bien connu : l’État ne reconnaît comme « syndicat » que la FPB, qui est intégrée dans la structure du pouvoir étatique, puis présente les consultations menées avec celle-ci comme un dialogue avec les travailleurs/travailleuses.
À la suite de la dissolution du Congrès belarus des syndicats démocratiques (BKDP) et de ses syndicats indépendants affiliés, les autorités ont effectivement consolidé le monopole de la FPB sur toute représentation officielle des travailleurs/travailleuses. Les Nations unies ont conclu que tous les syndicats indépendants de Biélorussie avaient été démantelés, tandis que l’Organisation internationale du travail a fait état de mesures interdisant directement ou indirectement les activités des syndicats indépendants et des organisations patronales.
La participation de la FPB au Conseil national de la politique de genre ne peut donc pas être considérée comme la preuve d’un véritable dialogue social. Il s’agit plutôt d’un exemple d’engagement sélectif entre l’État et la seule fédération syndicale autorisée et politiquement loyale.
Par rapport à sa composition antérieure, le Conseil national a vu ses effectifs réduits, tout en perdant une partie de sa diversité institutionnelle. Les représentant·es de la Cour constitutionnelle, de l’Institut de sociologie de l’Académie nationale des sciences, de la Société nationale de télévision et de radio, ainsi que les membres de la commission parlementaire chargée de la santé et de la politique familiale en ont été écarté·es.
Dans le même temps, le vice-ministre de l’Information et le président de la commission permanente du travail et des affaires sociales de la Chambre des représentant·es de l’Assemblée nationale de la République du Belarus ont été ajoutés.
Le changement le plus significatif réside dans le renforcement des dimensions familiale, démographique et idéologique — des domaines prioritaires pour le régime politique actuel.
Les missions du Conseil comprennent désormais explicitement le renforcement des institutions de la famille et du mariage, la promotion des « valeurs spirituelles et morales », de la maternité et de la paternité, l’encouragement à une parentalité responsable, ainsi que le soutien informationnel à ces politiques. Le ministère du Travail a également souligné le lien entre le règlement révisé, le renforcement des relations conjugales et le développement d’un système de valeurs familiales.
En conséquence, l’égalité entre les sexes est de plus en plus considérée non pas comme une question autonome relevant des droits humains, de l’indépendance économique et de la protection contre la discrimination, mais à travers le prisme de la politique démographique de l’État.
Il convient de noter que la situation dans ce domaine est catastrophique. L’indice synthétique de fécondité de la Biélorussie s’élève à environ 1,1 enfant par femme — l’un des taux les plus bas non seulement de la région, mais aussi du monde.
Le Conseil doit désormais revoir ses stratégies de communication, sensibiliser le public et soutenir le développement d’un environnement informationnel promouvant les valeurs de la famille, de la maternité et de la paternité.
Le Conseil a également perdu une partie de ses anciens pouvoirs.
Auparavant, il supervisait la préparation et approuvait les rapports périodiques du Belarus destinés au Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW). Désormais, il se contentera d’examiner les projets de rapports et de soumettre des propositions, ce qui témoigne d’une réduction de son autonomie institutionnelle.
Un changement similaire s’est produit dans le domaine législatif. Alors que le Conseil pouvait auparavant participer à l’élaboration des textes législatifs, il ne peut désormais que soumettre des propositions aux organes de l’État dotés des pouvoirs nécessaires. Dans la pratique, son rôle a été réduit à celui d’un organe consultatif.
Le Conseil s’est également vu attribuer de nouvelles compétences, notamment la coordination des groupes de travail d’experts chargés de mettre en œuvre la politique en matière d’égalité entre les sexes. Cependant, en l’absence d’organisations indépendantes de travailleurs/travailleuses, de défenseurs des droits humains et d’organisations patronales, une question s’impose : dans quelle mesure cette expertise peut-elle être objective et indépendante ?
Il est également révélateur que, tout en multipliant les discours sur la famille, la maternité et la parentalité responsable, le Belarus n’ait toujours pas ratifié la Convention n°156 de l’OIT concernant les travailleurs/travailleuses ayant des responsabilités familiales, qui traite de la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale comme une question d’égalité des chances, de non-discrimination et de protections concrètes en matière de travail.
Le Belarus n’a pas non plus ratifié la Convention n°190 de l’OIT sur l’élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail, y compris la violence et le harcèlement fondés sur le genre. Aucune de ces deux conventions ne figure parmi les normes internationales du travail ratifiées par le Belarus.
La composition révisée du Conseil national démontre une fois de plus que les autorités belarusses ne sont disposées à discuter de la politique de genre qu’à titre purement formel et uniquement selon leurs propres conditions. Ce sont elles-mêmes qui déterminent les participant·es, les limites et les conclusions acceptables de cette discussion.
Dans cette structure, la FPB n’est pas nécessaire pour défendre les intérêts de ses quatre millions de membres, mais pour donner l’impression qu’elles et ils sont représentés. Le Conseil ressemble à un énième mécanisme de consultation contrôlé par l’État, au sein duquel les autorités ne font avant tout que se parler à elles-mêmes.
Lire en russe
https://www.salidarnast.info/post/the-authorities-gender-dialogue-with-themselves
traduit par DE
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