Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Le monde sociopolitique autochtone au Québec de septembre 2013 à avril 2014

Les relations « d’aide » entre les gouvernements et les premiers peuples continuent à se dérouler dans le cadre de la gestion des ressources naturelles. En septembre, la visite de Pauline Marois au Nunavik suscite beaucoup d’attente, mais lorsque la Première ministre accuse Ottawa de ne pas verser sa juste part de financement pour le logement social, les Nunavimmiuts se sentent encore une fois pris en otage entre Québec et Ottawa. En février, le gouvernement fédéral présente une « réforme » de l’éducation chez les Premières Nations dans le but avoué de former des travailleurs pour les industries reliées aux ressources naturelles, mais sans tenir compte des différences culturelles ni du droit à l’autodétermination, ce qui soulève une vague nationale de protestations. D’autre part, les revendications concernant le droit à la justice pour les femmes s’amplifient et, en octobre, le rapporteur du Conseil des droits de l’homme de l’ONU déclare que le Canada doit mettre sur pied une commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées. La suggestion est rapidement désavouée par le gouvernement Harper, et la GRC déclarera plus tard vouloir rouvrir tous les dossiers des femmes autochtones disparues.

(tiré de Recherches amérindiennes au Québec, XLIII, NoS 2-3, 2013)

Automne autochtone 2013 : revendications territoriales, pétrole, alliances et culture

Quatre mois bien remplis de conférences, débats et panels reliés à différents enjeux autochtones sont présentés en automne 2013, la plupart dans les locaux des universités québécoises. Les événements sont organisés directement par des départements ou des facultés, ou en cogestion avec des organisations externes.

•• 25 septembre – Mary Eberts : « Law VS Justice : How the courts are preparing for one last, fatal, round of treaty negociations with indigenous people in Canada » (Faculté de droit, Université McGill).

•• 26 septembre – Norman Achneepineskum : « Residential schools & violence against Native Women : My mother, a modern warrior » (Centre for Gender Advocacy, programme Justice for Missing and Murdered Native Women et Université Concordia).

•• 23 octobre – Alliance femmes autochtones et allochtones : l’espoir d’un monde en équilibre ? Formation avec Widia Larivière, Viviane Michel et Camille Robitaille (UPop Montréal, Café coopératif L’artère).

•• 24 octobre – Bruce Miller : « Oral history on trial : Recognizing Aboriginal narratives in the Courts » (First Peoples’ Studies Program, Université Concordia).

•• 5 novembre – Cristhian Teofilo Da Silva : « De la racialité du pouvoir dans les relations interethniques entre les peuples autochtones et les États nationaux en Amérique latine » (Ciéra, Université Laval).

•• 7-8 novembre – Louise Lachapelle et Shan dak Puana : « La recherche en milieu autochtone » (UQÀM et Mamu minu-tutamutau).

•• 18 novembre – Société civile autochtone et québécoise : quelle convergence ? Conférence-débat avec Mélissa Mollen-Dupuis, Viviane Michel, Widia Larivière et Natasha Dawn Latter (CRECQ, RÉSEAU, UQÀM).

•• 21 novembre – Shawn Atleo : « Indigenous rights are Human rights » (Fondation Trudeau – Hôtel Sheraton).

•• 27 novembre – Denys Delâge : « La peur de passer pour des « Sauvages » » (Les Belles Soirées, Université de Montréal).

•• 3 décembre – « Prendre sa place en ville. Les Premières Nations au xxie siècle : positionnement dans les lieux d’art, de savoir et de culture ». Journée d’études interuniversitaires avec Isabelle St-Amand, Renate Eigenbrod, Simon Harel, Amaryll Chanady, Will Straw, Véronique Hébert et Élise Dubuc (département de littérature comparée, Université de Montréal et Terres en vues, avec la collaboration avec le Conseil des arts de Montréal). Pour ce qui est des mobilisations, le 4 octobre 2013 a eu lieu à Montréal la 8e Marche commémorative en mémoire des femmes autochtones assassinées et disparues, organisée par le Centre for Gender Advocacy, qui rassemble quelques centaines de personnes.

Quelques jours plus tard, Idle No More/Fini l’inertie tente de monter une tente d’activités dans le Vieux-Montréal afin de souligner le 250e anniversaire de la Proclamation royale, mais la police les obligera à la démonter, sous la pluie1. Le 16 novembre, la communauté mohawk de Kanesatake organise un rassemblement de solidarité contre les pipelines au parc d’Oka dans le cadre d’une campagne nationale de sensibilisation organisée par les Premières Nations. Plusieurs organismes les appuient, dont Greenpeace Québec, Alternatives et le parti Québec solidaire, qui réclame que soit élargie la commission parlementaire concernant l’inversion du flux du pipeline 9B de la société Enbridge afin qu’elle aborde les enjeux environnementaux comme les déversements de pétrole2.

Le 4 décembre à 18 h, l’organisme Solidarité Lac Barrière organise une manifestation en soutien à la communauté algonquine de Lac-Barrière, et le 21 décembre l’année se termine avec une célébration organisée par le Cercle des Premières Nations de l’UQÀM, intitulée « Idle No More, un an ensemble ».

Hiver 2014 : contrôle de l’éducation, cinéma politique, sauvegarde du Festival Présence autochtone et autodétermination

•• 21 janvier – « Les Autochtones et le Québec : des premiers contacts au Plan Nord ». Table ronde et lancement du livre, avec Viviane Michel et Ghislain Picard (Musée de la civilisation).

•• 28 janvier – Journée d’étude sur la Loi sur l’éducation des Premières Nations avec Aurélie Arnaud, Jennifer Brazeau, Widia Larivière et Mélissa Mollen-Dupuis (Cercle des Premières Nations de l’UQÀM).

•• 10 février – Honour Your Word/ Tenez parole. Projection en présence de représentants de la communauté de Lac-Barrière (Cinéma politica, Université Concordia).

•• 13 février – « L’accès à la justice en matière de droits de la personne ». Table ronde des femmes autochtones (Commission canadienne des droits de la personne).

•• 14 février – Marche commémorative en hommage aux femmes disparues ou assassinées (Centre for Gender Advocacy, programme Justice for Missing and Murdered Native Women, Université Concordia).

•• 18 février – Kanehsatake – 275 ans de résistance. Projection en présence de la réalisatrice Alanis O’Bomsawin (département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques, Université de Montréal).

•• 19 mars – Mélissa Mollen Dupuis : Idle No More (Association des étudiants en histoire de l’art, Université de Montréal).

•• 20 mars – Concordia – Luttes d’autodétermination. Panel avec Denise Jourdain et Élyse Vollant (Alliance Romaine) qui parlent de la résistance au Plan Nord. En février, menacé d’une coupure de 100 000 $, le Festival Présence autochtone mobilise la communauté montréalaise et le grand public et organise une campagne de lettres auprès des gouvernements et institutions.

Le directeur de l’événement remet publiquement en question la gouvernance et la légitimité de la décision du « Partenariat du Quartier des spectacles3 ». Le 26 février, c’est la soirée de lancement du Forum social des peuples qui aura lieu du 22 au 24 août 2014 à l’université d’Ottawa.

En mars 2014, la campagne électorale québécoise ramène à l’avant-plan l’enjeu de la souveraineté du Québec et la possibilité d’un troisième référendum. Alors que plusieurs politiciens autochtones déplorent le peu d’attention que les politiciens leur accordent durant la campagne, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador met en garde le prochain gouvernement : les Premières Nations décideront ellesmêmes de leur avenir4.

Notes

1. Vidéo de l’intervention policière sur Idle No More le 7 octobre 2013, YouTube : <http://www.youtube.com/> (consulté le 14 avril 2014).

2. Rassemblement contre le pipeline d’Enbridge à Oka : « Il faut des consultations environnementales plutôt qu’un préjugé favorable aux pipelines », Québec solidaire : <http://www.quebecsolidaire.> (consulté le 14 avril 2014).


40e anniversaire de Femmes autochtones du Québec

L’association Femmes autochtones du Québec/Québec Native Women Association (FAQ) célèbre en 2014 son 40e anniversaire. Les fêtes ont commencé en novembre 2013 à Laval avec un colloque intitulé « Célébrons notre histoire, dessinons notre futur », dont l’objectif était de réveiller le leadership et de conscientiser les femmes autochtones. Au programme
des deux journées : témoignages d’anciennes présidentes, ateliers sur le leadership politique des femmes autochtones, l’environnement, la nouvelle loi sur les biens patrimoniaux, la langue et la culture, sans oublier des sujets plus difficiles comme la violence sexuelle, la traite des femmes autochtones et les traumatismes de la colonisation. La soirée est consacrée à la
reconnaissance des femmes leaders cries : sept organisations régionales cries sur dix sont actuellement présidées par des femmes. Un nombre impressionnant de personnalités féminines autochtones ont pris la parole et plusieurs organismes étaient associés à l’événement*.

Comme deuxième événement de célébration, FAQ organisait, le 8 mars 2014, une fête conjointe avec Wapikoni mobile (qui célébrait son 10e anniversaire) à l’Écomusée du fier monde, à Montréal. Une soirée festive composée de musique, poésie, danse, dégustations et défilé de mode autochtone.

Troisième et dernier événement : FAQ compte souligner de façon spéciale l’apport de ses anciennes présidentes lors de son assemblée générale en automne 2014.

* Mesdames Collette Boudrias, Bibiane Courtois, Ellen Gabriel, Sylvia Watso, anciennes présidentes de FAQ ; les chefs Anne Archambault (Grand Chef des Malécites), Alice Jerôme (Pikogan) et Salomé Mackenzie (Lac-Simon) ; les présidentes d’organismes cris : Dianne Ottereyes Reid, Violet Pachanos, Bella Moses, Kathleen J. Wooton, Darlene Cheecho, Pauline Trapper Hester, Virginia Wabano, Julie Ann Cooper ; les militantes Sheelah McLean et Mélissa Mollen-Dupuis (Idle No More/Fini l’inertie) et l’activiste mohawk Ellen Gabriel ; les membres de l’équipe de FAQ : Viviane Michel, Widia Larivière, Joanne Ottereyes et Josiane Loiselle-Boudreau ; les professionnelles Wanda Gabriel (intervenante sociale), Cassandra Opikokew (chercheure en santé) et Valérie Courtois (ingénieure forestier, Initiative boréale canadienne) ; le guide spirituel Mike Standup ; les représentants d’organismes : Marie Wilson
(Commission Vérité et Réconciliation), Dominique Peschard (Ligue des droits et libertés), Alexa Conradi (Fédération des femmes du Québec) et Louise Dionne (Coalition contre la traite humaine interne et internationale) ainsi que la ministre déléguée aux Affaires autochtones du gouvernement du Québec, Élisabeth Larouche.


Geneviève Beaudet

genevievebeaudet@videotron.qc.ca

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