1. La stratégie à la base de la reconstruction du Parti québécois
Le Parti québécois a amorcé sa reconstruction à partir d’un recul historique marqué par l’échec électoral de 2022. Le PQ n’a alors remporté que trois sièges à l’Assemblée nationale du Québec et n’a obtenu que 14,6 % des suffrages exprimés. Cette période de creux de la vague a forcé la direction péquiste à revoir sa stratégie. Cela a signifié la remise en question d’une orientation qui, en marginalisant ou en reportant sine die la tenue d’un référendum, ne visait en fait qu’à faire du PQ un parti se limitant à la gestion d’un gouvernement provincial.
Cette orientation, défendue par les différentes directions du PQ depuis la défaite de 1995, avait conduit le parti à recevoir un soutien beaucoup plus faible que la proportion de la population qui se disait souverainiste.
Sous la direction de Paul St-Pierre Plamondon, le PQ a choisi de placer l’indépendance comme son objectif stratégique central et a proposé de tenir un référendum dès un premier mandat. Le PQ a arrimé sa perspective indépendantiste à un nationalisme identitaire qui fait de l’immigration le bouc émissaire des maux sociaux du Québec. Il a cherché à concurrencer le gouvernement de la CAQ sur le terrain du nationalisme identitaire et à dénoncer l’incapacité du gouvernement Legault à obtenir des concessions significatives du gouvernement fédéral. Il a facilement pu démontrer que la « troisième voie » de Legault était une faillite et ne débouchait sur aucune réforme du fédéralisme permettant le renforcement de l’autonomie du Québec dans la fédération canadienne.
Combinée à l’échec de cette troisième voie, à la poursuite de politiques néolibérales dans les domaines de la santé et de l’éducation et à une politique économique fondée sur la distribution d’argent public aux multinationales — sans parler des nombreux scandales frappant ce gouvernement —, cette situation a conduit à l’effondrement du soutien au gouvernement Legault. C’est en s’appuyant sur les échecs et le discrédit du gouvernement de la CAQ à tous ces niveaux que le PQ a su se reconstruire, en profitant également de la crise de direction du PLQ et de la crise d’orientation de Québec solidaire.
2. Intégration directe et disciplinée au bloc américain
Historiquement, Jacques Parizeau et Bernard Landry soutenaient le libre-échange avec les États-Unis, car, pour eux, il permettait de désenclaver l’économie québécoise et de réduire sa dépendance historique envers le marché canadien. L’accès direct au marché américain devait permettre au Québec de se passer du cadre économique canadien après l’indépendance et de rassurer les organisations patronales qui soutenaient, à l’encontre des organisations syndicales, ce ralliement au libre-échange.
La question se pose maintenant dans un nouveau contexte. Le gouvernement Trump a lancé une guerre commerciale contre ses alliés, Canada compris. Il utilise les tarifs comme un instrument de chantage pour faire pression sur les politiques canadiennes et québécoises et pour favoriser le transfert d’une partie de la production manufacturière vers les États-Unis. Ce gouvernement mène une politique de militarisation à outrance de son économie. Il nie l’existence de la crise climatique et soutient la relance des industries fossiles. Il cherche à opérer une expulsion massive des personnes migrantes n’ayant pas de statut légal aux États-Unis. On assiste à une opération de fascisation de la société américaine et à des attaques systématiques contre les droits de la population.
Pourtant, la direction du PQ ne dénonce en aucune façon les dérives autoritaires du gouvernement américain. PSPP va même jusqu’à dénoncer le Canada comme un mauvais voisin des États-Unis, car il tarde à se rendre aux demandes du gouvernement Trump en ce qui concerne les politiques migratoires. Le PQ abandonne toute ambiguïté quant à son insertion dans l’ordre nord-américain et assume une intégration renforcée à cet espace dominé par les États-Unis, faisant de l’indépendance non pas un outil d’émancipation, mais un mécanisme d’adaptation à l’ordre impérial existant.
Ce repositionnement s’est cristallisé lors du congrès du Parti québécois, où s’est affirmé un réalignement géopolitique majeur. Le PQ y redéfinit non seulement ses alliances internationales, mais aussi le type de société et de rapports de classe qu’il entend promouvoir. La rupture avec le projet de souveraineté-association est désormais actée : il n’est plus question d’institutions communes négociées ni de rapports égalitaires, mais d’un affaiblissement stratégique de l’État canadien afin de mieux se positionner comme partenaire régional fiable de Washington.
Le PQ va jusqu’à s’appuyer sur les forces centrifuges qui minent l’unité canadienne, notamment certains courants séparatistes en Alberta, non pas par solidarité démocratique, mais pour servir une stratégie de recomposition favorable aux intérêts américains. Les intérêts du Québec seraient ainsi alignés sur ceux de l’empire américain.
Ce ralliement s’accompagne d’un silence assourdissant sur le processus de fascisation en cours aux États-Unis. Aucune critique de la dérive autoritaire du gouvernement Trump, aucune dénonciation de son bellicisme, de son extractivisme brutal, de sa négation de la crise climatique ou de ses politiques d’expulsion massive. Si l’adhésion à l’OTAN est au programme du PQ depuis la fin des années 1970, elle est désormais revendiquée sans nuance : un Québec indépendant serait un allié discipliné de l’impérialisme américain. Pire encore, le PQ reprend certains éléments du discours idéologique trumpiste, critique les accords commerciaux du Canada avec la Chine au nom des intérêts des entreprises québécoises et cherche une relation de bon-ententisme avec une administration qui vise ouvertement la vassalisation du continent.
L’indépendance proposée est ainsi néocoloniale : elle s’inscrit dans une logique d’accommodement avec l’empire américain, au moment même où celui-ci adopte des politiques d’extrême droite.
3. Un parti au service du patronat québécois
Sur le terrain économique, le PQ confirme son alignement de classe. L’abolition du Fonds de développement économique, combinée à la réduction du fardeau fiscal des PME, s’inscrit dans une logique de sécurisation du capital. S’il critique parfois les subventions massives aux multinationales, ce n’est pas pour remettre en cause le pouvoir du capital, mais pour mieux redistribuer les avantages fiscaux en faveur du patronat québécois.
La baisse des impôts, l’allègement des contraintes réglementaires et l’ouverture à l’exploitation des hydrocarbures témoignent d’une écologie d’ajustement qui ne remet nullement en cause l’extractivisme. Il n’y a aucune perspective de décroissance matérielle ni de rupture avec le capitalisme fossile. Les revendications sociales et culturelles mises de l’avant — défense partielle des travailleurs et travailleuses, défense de la langue française, critiques limitées du système scolaire à trois vitesses, appui à la culture québécoise — relèvent davantage du vernis social que d’un projet de transformation émancipateur. Elles ne s’opposent en rien à une inflexion conservatrice profonde.
4. La question migratoire : variable d’ajustement économique et identitaire
La politique migratoire du PQ s’inscrit pleinement dans cette orientation. La réduction massive des seuils d’immigration, les plafonds stricts imposés aux travailleurs et travailleuses temporaires et aux étudiant·e·s internationaux·ales ne visent pas à lutter contre la surexploitation, mais à réduire l’immigration. Le PQ de PSPP ne manifeste aucune volonté d’élargir les droits des personnes migrantes, ni aucune stratégie sérieuse pour combattre la précarisation structurelle de cette population.
Au contraire, ces politiques renforcent les divisions entre travailleurs et travailleuses, alimentent la concurrence par le bas et désignent l’immigration comme une menace pour la nation et la langue française. Le PQ reprend ainsi la rhétorique de la « louisianisation » du Québec, faisant écho aux discours de la CAQ et contribuant à banaliser une vision ethnicisée de la nation et à présenter une partie importante de la population du Québec comme un danger pour celle-ci.
5. Une souveraineté de façade ou une indépendance de pacotille
La souveraineté péquiste est une indépendance croupion, strictement compatible avec l’ordre impérial existant. Elle ne comporte aucune rupture avec le capital extractif, aucune émancipation populaire, aucune remise en cause du pouvoir des élites économiques et technocratiques. Elle vise avant tout à renforcer la position des capitalistes francophones au sein du marché nord-américain. L’indépendance n’est pas conçue comme une reprise collective du contrôle sur l’économie ou comme un processus ouvrant sur l’élargissement de la démocratie, mais comme une opération de sécurisation du capital visant à faire du Québec un espace encore plus compétitif, fiscalement attrayant et déréglementé.
L’indépendance devient un mot vide. La souveraineté économique et culturelle passe à la trappe. La politique étrangère n’est plus qu’une simple déclinaison des rapports de force imposés par Washington.
6. La libération nationale doit être liée à un projet de société
Soit l’indépendance s’inscrira dans une démarche anti-impérialiste claire, soit elle ne sera qu’une nouvelle forme de dépendance. Faire l’indépendance, c’est rompre avec l’État canadien promoteur du militarisme et du capitalisme fossile, et être capable de remettre en cause l’ensemble de ses institutions. Cette rupture ne pourra advenir sans la construction d’un vaste mouvement populaire, capable de se déployer à l’échelle du Québec comme du reste du Canada, en alliance avec les Premières Nations.
L’indépendance est la condition matérielle d’une rupture avec un État impérialiste qui sacrifie les territoires, l’environnement, les services publics et les droits démocratiques. Il faut redonner à l’indépendance son sens véritable : un outil de libération collective. Elle ne se fera pas en cherchant à amadouer un gouvernement américain autoritaire, qui ne sera jamais un allié de l’émancipation québécoise. Elle implique la sortie des alliances militaires et la construction de solidarités transnationales contre la guerre, l’austérité et l’autoritarisme.
7. Québec solidaire peut être comme alternative indépendantiste véritable
Pour incarner une alternative réelle, Québec solidaire doit assumer pleinement la construction des rapports de force nécessaires à l’indépendance. Cela passe par une implication directe dans les mobilisations syndicales, populaires et écologistes, par l’opposition frontale aux lois liberticides du gouvernement Legault et par la reconstruction de liens durables avec les classes populaires.
QS doit intervenir avec des revendications claires sur le logement, l’inflation, les services publics et le chaos écologique : gel des loyers, construction de 100 000 logements sociaux publics et coopératifs écoénergétiques, gratuité et extension des transports collectifs, investissements massifs en santé et en éducation, fiscalité réellement redistributive, soutien aux régions.
Cela implique une politique de frontières ouvertes, l’accueil des personnes réfugiées, la reconnaissance de la plurinationalité et un projet de pays où l’économie sert le bien commun. Nationaliser l’énergie et protéger Hydro-Québec de sa privatisation, nationaliser les mines et les forêts sous contrôle des travailleurs et des communautés, reprendre collectivement le contrôle de nos richesses : voilà les bases d’une indépendance réelle, inclusive et radicale, capable de rompre avec l’ordre impérial nord-américain et de construire un Québec solidaire, démocratique et écologiste.
Québec solidaire doit dire ouvertement : nous voulons un pays où l’économie sert le bien commun, où les richesses collectives sont partagées, où les Premiers Peuples participent à une refondation plurinationale du pays, où la transition écologique n’est pas un supplément d’âme mais le cœur du projet national, où la souveraineté énergétique, alimentaire et industrielle libère le Québec de la dépendance envers les multinationales et l’ordre impérial nord-américain. C’est une orientation stratégique indispensable à une indépendance réelle, à une véritable libération nationale. Voilà le sens du combat indépendantiste de Québec solidaire.



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