La lecture de l’article laisse la désagréable impression qu’au bout du compte, l’OMHM n’arrive pas à remplir sa mission, qui serait d’offrir des logements à un prix suffisamment bas pour répondre adéquatement aux besoins des aînés désargentés.
Pourtant, ce n’est pas sa mission. La mission de l’OMHM et des quelque 2 500 autres fournisseurs de logements sociaux et communautaires, c’est d’offrir, sans recherche de profit, des logements répondant aux besoins d’habitation de la population qui ne trouve pas cette réponse sur le marché privé à profit.
À qualité égale, le coût de construction d’un immeuble de logement social ou communautaire est identique à celui d’un immeuble destiné au marché privé. Les coûts d’exploitation (assurances, entretien, gestion, etc.) sont les mêmes. Ce qui distingue les deux au niveau du prix des loyers, c’est que l’un cherche à obtenir les loyers les plus élevés possible pour se ménager une marge de profit et surtout augmenter la valeur de ses actifs lors de la revente (autrement dit, il spécule), alors que l’autre se satisfait de simplement couvrir ses frais. Le gouvernement, au moyen de subventions et d’avantages fiscaux dits d’« aide à la pierre » (aide à la construction, à l’exploitation, aux rénovations, exemption de taxes, garantie hypothécaire, etc.) ou d’« aide à la personne » (crédit d’impôt de maintien à domicile, allocation logement, CELIAPP, RAP), influence lui aussi les prix sur les deux segments de l’offre. Comme le démontre avec éloquence le parc immobilier communautaire, à terme, le coût pour l’État et pour les résidents est moindre dans la formule sociale et communautaire puisqu’il n’y a pas de profit à verser.
Mais, en habitation comme dans l’ensemble des infrastructures sociales et économiques, c’est l’investissement de départ qui détermine le rendement. Par exemple, les immenses investissements d’Hydro-Québec dans les années 1960 à 1990 font en sorte que nous avons aujourd’hui de l’électricité à bas prix et que l’État québécois reçoit des milliards de dollars en redevances annuelles, alors que les juridictions qui ont confié aux acteurs privés le soin de faire les investissements se retrouvent avec des prix élevés et pas de redevances pour l’État. Ainsi, en négligeant d’investir collectivement en logement social et communautaire, nous nous retrouvons avec un marché de l’habitation régi par la spéculation, des loyers inabordables et un marché d’accès à la propriété qui n’est accessible qu’à une part toujours plus mince de la population. Pour éviter l’effondrement du marché privé, les gouvernements adoptent de nouvelles mesures de plus en plus dispendieuses (exemption de taxes, CELIAPP, etc.) ou de plus en plus risquées (la valeur des garanties de prêts de la SCHL explose littéralement d’année en année), faisant porter à l’ensemble de la population le poids de ces mesures régressives (plus une personne est riche et dispose de biens immobiliers de grande valeur, plus elle bénéficie de ces mesures) qui ne font qu’alimenter la spirale inflationniste en matière d’habitation, pendant que les derniers budgets fédéraux et québécois diminuent le soutien au logement social et communautaire.
L’article de Mme Porter parle d’un logement à 1 875 $ chauffé, éclairé, eau chaude, internet, sécurité et… 30 repas par mois inclus, dans des immeubles récents et de bonne qualité. Pas un promoteur privé à but lucratif ne peut se comparer à cela.
Le problème débusqué par Mme Porter n’est pas celui de logements trop dispendieux, c’est celui de revenus trop bas.
L’écart entre les riches et les pauvres s’accroît, et cette situation est vécue avec encore plus d’intensité quand on compare les ménages composés d’une seule personne avec ceux de deux personnes.
Un simple coup d’œil à l’indice de Gini depuis 50 ans démontre que les inégalités de marché ont significativement augmenté (de 0,387 à environ 0,44), ce qui signifie que l’économie québécoise génère aujourd’hui plus d’inégalités qu’en 1976. La redistribution par les transferts sociaux et certaines mesures, comme la généralisation des services de garde à bas prix, a permis de ralentir l’effet de ce phénomène en permettant aux femmes d’accéder massivement au marché du travail, mais pas de le compenser entièrement.
L’impact de cet écart se constate chaque jour en croisant le nombre grandissant de nos concitoyens et concitoyennes en situation d’itinérance et en observant l’achalandage en hausse fulgurante des banques alimentaires.
Ce qu’il faut ajuster, ce n’est pas le prix des logements de l’OMHM, ce sont les tables d’impôt. Et si le budget du ministre Girard dévoilé il y a quelques jours est un indicateur de la direction que nous prenons, de plus en plus de gens devront payer de plus en plus cher, car la principale mesure en matière d’habitation qu’on y trouve, c’est 1 000 suppléments au loyer d’urgence pour les 1 000 prochaines personnes qui auront la « chance » de devenir itinérantes au Québec et ainsi se voir aidées pour le paiement de leur loyer !
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